Je n’avais pas eu le temps de réagir aux propos du bactracien démocrate sur la résurgissance de ceux qu’il appelle des poujado-modémistes (P-M, ici pour la définition complète). Pour reprendre les mots du Crapaud, ce phénomène existe. C’est un fait. En ce qui me concerne je veux apporter une nuance et un complément de réflexion aux articles mis en lien.

Tout d’abord la nuance. Ce discours généralisé « anti-élus » n’est, au fond, pas étonnant : nous venons d’un parti que jadis fut riche en élus, bien que pauvre en militants, lesquels n’avaient que rarement développé un vrai sens du terrain préférant apporter de l’intelligence et de la qualité aux voix ramassés par les amis-ennemis du RPR. Ainsi, c’est sans surprise qu’une énorme vague d’élus quitta l’UDF en 2002 pour passer armes et bagages à la « nouvelle » UMP : contrairement à ce qu’on a pu entendre, ce n’était pas « aller à la soupe ». Simplement, c’était simplifier et même rendre plus saine la situation politique : un parti qui porte des voix à ses élus, quoi de plus normal ? Ensuite vint 2007 et son entre deux tours. Ces défections là, furent vécues comme une authentique trahison. Depuis, une partie des adhérents du MoDem estiment que toute élection avec alliance (c’est vrai que sans alliances c’est difficile d’avoir des élus dans le système français), en particulier avec la droite, est synonime de magouille et de recherche de l’enrichissement personnel, via les indemnités, le cumul et ainsi de suite. Le jugement de politique devient moral ce qui sape, bien évidemment, le dialogue. Les purs contre les pourris. Les Guelfes contre les Gibelins. L’OM contre le PSG. Le Nous contre Eux.

Sur ce socle de colère et d’insatisfaction, des démagogues essayent de bâtir un pouvoir. Ils ne sont pas des P-M mais ils se mimétisent facilement. Oh, il serait simple pour les vrais P-M de les reconnaître mais cela demanderait de la lucidité, ce qui est peu compatible avec la colère. Je crois que le fait de comprendre que dans ce sous-ensemble des adhérents il y a des manipulateurs et des manipulés est important.

En effet cela contribue à expliquer pourquoi la démarche P-M n’est pas simplement dommageable pour l’ensemble du Mouvement mais conduit à un cul de sac assez amusant, du point de vue intellectuel : le renforcement des notables-autistes (N-A).

Ceux-là, existent également. Il s’agit d’un nombre relativement restraint, à mon avis, d’élus, d’hommes de l’ombre et d’aspirants élus qui ont bâti leur parcours plus au travers du tissage d’un réseau de relations que par le contact avec la base militante et électorale. Souvent, ils méprisent même cette « base » qui les embête et de laquelle « n’ont pas à recevoir des leçons de politique ». Dans cette démarche, l’alliance prime sur les contenus : de toute façon on fera pas campagne sur le terrain (la base, quel horreur!) mais on s’affichera comme « Le » représentant d’un courant de pensée contre un autre. Contre les méchants riches et bourgeois si on choisi le cheval « de gauche », contre l’économie soviétique et cubaine si on choisi le cheval « de droite ». Les arguments sont bidon et, au fond, on ment à longueur de journée ? On s’en tape, on sera élus. Vous remarquerez que ce n’est pas un problème spécifique au MoDem, l’alliance de la carpe et du lapin étant assez courante en France. Mais nous ne sommes pas immunes. A noter que le N-A n’est nullement embêté par les P-M : il a appris à faire sans la base alors les gesticulations anti-élus, il s’en tamponne

Entre les deux, au moins au MoDem, on trouve ce que j’aime appeler les bâtisseurs (B). Ils sont suffisamment pragmatiques pour savoir qu’avoir des élus peut être une valeur ajoutée mais assez lucides pour se rendre compte que la visibilité de l’élu doit être utilisée pour renforcer le parti (là où le N-A cherchera uniquement à renforcer son aura personnelle). Plongés dans la réalité de terrain, ils savent que les figures en vue (les élus mais aussi les non élus qui prennent de la hauteur) doivent être protégés car ils seront attaqués de partout (oui, je pense que le MoDem dérange). Être un bâtisseur, catégorie dans laquelle je me reconnais, c’est un travail de fourmi. Un long travail de fourmi.

Or, il est assez aisé de comprendre que les B sont considérés dangéreux par les N-A : si les élus se multiplient le poids du N-A dans les réseaux s’affaiblira. Sans réseaux solides et sans ancrage dans la base, leur aventure politique serait en péril. Mais les B posent également des problèmes aux démagogues qui mènent les P-M. Des élus qui travaillent pour le collectif, cela invalide le discours anti-élus. En réalité, les vrais P-M seraient contents de dire « on s’est trompé, tout le monde ne trahit pas, tout le monde n’est pas pourri ». Mais les démagogues, eux, y perderaient leur biftek. Alors on fait la seule chose qu’on sait faire : on essaye de detruire.

Ainsi, pour des raisons diverses, les B se retrouvent sous le feu croisé. Sans oublier que les adversaires extérieurs ne se priveront pas, et c’est normal, de saisir les moments de faiblesse. Ce qui est « marrant » (noter les guillemets svp) c’est que si l’opération de sape par la base conduite par les P-M est couronnée de succès, cela profitera uniquement aux N-A : « Les réseaux sont toujours en place, hors de portée, de la base on s’en tape ……. »

Il serait bien, au niveau de la base, qu’on grandisse.

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14 Comments on “De l’alliance objective entre poujado-modémistes et notables-autistes”


  • Très belle analyse !

    J’ajouterai simplement que la situation n’est pas forcément figée. Chacun, à un moment ou à un autre, sur un sujet ou sur un autre, peut fort bien ou fort mal réagir, en P-M, en N-A ou en B. Seuls quelques cas désespérés sont systématiquement P-M ou N-A.


  • Idem. Analyse très pertinente mais à nuance tout de même. Toutes les fédérations ne rencontrent pas ce type d e »problème ». Tout dépend du dosage entre P-M, N-A et B en leur sein.


  • Merci de vos commentaires :-)

    @BGR
    Je ne suis pas si sur que cela concerne « seulement quelques cas désespérés », hélas.

    @OS
    Bien évidemment, heureusement.


  • Je trouve ça en effet très bon sur le fond !


  • Très juste je trouve.

    Le B n’a t il pas intérêt, finalement, à être comme le piaf qui nettoie les dents du crocodile (le NA) ? :)


  • @LCDM
    :)

    @KaG
    Je ne suis pas sur de comprendre la métaphore


  • Claudio,
    Tu évoques le cas où les P-M réussissent à détruire et où donc les N-A en tirent profit en restant en place.
    Que penses-tu du cas où les B arrivent à construire et finissent par multiplier par 2 ou 3 le nombre de N-A ?
    Dit autrement, en supposant que le Modem développe son nombre d’élus, qu’est ce qui, dans le système actuel, empêche ces élus de devenir des N-A ? C’est d’ailleurs ce qui s’est toujours passé avec tous les partis qui ont eu du succès…


  • Je ne partage pas ton diagnostic.

    Par ce que j’ai pu voir, mais j’accepte volontiers que mon ignorance est forcément infinie comme Popper dirait, les B et les NA ont deux démarches complètement différentes. Et cela dès le départ. Bien entendu, j’ai vu des bâtisseurs devenir des notables mais pas des autistes.

    Je vais même te dire, j’ai même vu des anciens ministres, députés et députés européens renoncer à des réélections faciles. Et cela, chez les démocrates français aussi.

    Cela existe, mais pour les PM, devrais-je dire pour leurs … références, c’est plus facile (et fort pratique au demeurant) de ne pas s’en apercevoir.


  • Claudio,
    Oaz n’a posé aucun diagnostic, il a simplement posé des questions!? Restées sans réponse.


  • @Martine
    Il a dit : « C’est d’ailleurs ce qui s’est toujours passé avec tous les partis qui ont eu du succès… »
    Pour moi c’est un diagnostic. Que je ne partage pas. Et, à mon humble avis, réponse il y a. Même si elle n’est pas complètement explicite. Ce qui est un choix.

    Tout de même je dis : « j’ai vu des bâtisseurs devenir des notables mais pas des autistes ». C’est une réponse claire.


  • Ok pour les batisseurs, et plus généralement les nouveaux élus qui deviennent notable mais pas autiste. D’ailleurs, des autistes, il n’y en a finalement que très peu. Le problème AMHA est avec les notables.

    Et sur ce point là, je veux bien concéder qu’il y ait quelques élus qui savent d’où ils viennent et n’évoluent pas en mal. Mais, pour chacun d’entre eux, combien de petits maires, de petits conseillers généraux, de petits députés qui se reconvertissent en distributeurs de faveurs ?
    Je ne veux pas que ces mots soient pris dans le sens du « tous pourris ». Bien souvent ces élus ne choisissent pas. C’est le système et leur situation qui s’imposent à eux. Pour beaucoup de gens, l’élu est encore la personne qui va pouvoir faire quelque chose pour lui régler son petit tracas personnel.

    L’élu devient la plupart du temps un notable et c’est un problème. Si dire ça, c’est tenir un discours « anti-élus » alors je l’assume complètement.
    Et puisqu’il est désormais clair que ce phénomène de notabilisation est intégré au fonctionnement du modem, je souhaite bien du courage aux B.


  • Tu soulèves un point de vue intéressant. Je dois avouer que je ne sais pas si on a une vraie divergence de fond ou un simple problème de partage d’un langage.

    Personnellement, le fait que dans un parti il y ait des personnes en vue, voire des notables au sens propre du terme, ne me choque pas ni me gêne si les personnes en question savent mettre leur ambition individuelle au service d’un projet collectif.

    Ce que je reproche aux « autistes » (pas si rarissimes que cela, hélas) c’est d’inverser la logique des choses. Autrement dit, de mettre la dimension collective au service de l’ambition individuelle.

    Quand quelqu’un bafoue une décision collective et prend des positions individuelles au nom du Mouvement simplement parce que il doit soigner son réseaux personnel d’alliances, cela est un problème grave. Car la crédibilité et l’élan collectif est cassé. Et quand le Mouvement refuse de sanctionner, cela me gêne profondément. Cela existe également dans notre Mouvement, je ne le nie pas. Par ailleurs, c’est quelque chose que je combats, même si ce combat me cause quelques ennuis comme quelque commentateur pourrait témoigner (en ayant l’envie bien sur …)

    Au contraire l’élu ou le notable qui utilise la notoriété/position acquise pour faire avancer la dynamique, qui sert le projet, qui sait se mettre en péril quand cela en vaut la peine, moi j’en redemande.


  • « l’élu ou le notable qui utilise la notoriété/position acquise pour faire avancer la dynamique, qui sert le projet »

    Concrètement, cela se traduit donc par « qui est connu localement et qui constitue donc un important apport de votes lors d’un scrutin ».

    C’est un des points qui m’ont amené au billet où j’explique que je ne voterai pas Modem aux européennes. Les listes semblent avoir été constituées (en tout cas au moins celle du sud-ouest) de la manière suivante :
    - sur les 1 ou 2 places éligibles : des députés européens en exercice ou des personnalités connues recrutées par le modem lors du dernier mercato.
    - sur les places « visibles » : des notables locaux en aspirateur à suffrages.
    - en fin de liste : s’il reste quelques places des nouvelles têtes qu’il faut commencer à promouvoir pour préparer la génération suivante.

    D’un point de vue marketing, c’est certainement ce qu’il y avait de mieux à faire pour maximiser le score du Modem.
    Sur le plan des idées et des valeurs, c’est un zéro pointé. Ce n’est pas de la politique « autrement ».

    A la lecture de tes billets, je pense que l’on a quand même une petite divergence sur le fond mais ce n’est pas un problème. Localement, je connais quelques adhérents avec qui j’ai pas mal bossé l’an dernier et certains, même après avoir pris pas mal de claques, continuent. Ce sont, eux-aussi, des « B ». Je comprends leur engagement et donc je pense comprendre le tien.
    Pour ma part, je vais me tenir à l’écart du Modem. Je reconsidèrerai les choses si les lignes évoluent à l’approche de 2012.


  • Concrètement, cela se traduit donc par “qui est connu localement et qui constitue donc un important apport de votes lors d’un scrutin”.

    Aussi mais pas seulement : quelqu’un qui a accès aux dossier et qui les travaille bien, quelqu’un qui favorise l’émergence des personnes de qualité, qui utilise son accès média pour consolider le parti …

    Mais je comprends ta position.