Dans ma vie précédente, j’ai eu occasion d’être en même temps militant politique et responsable syndical. Cela sur une période d’environ deux ans dont je garde un excellent souvenir. A cette époque j’ai pu apprécier combien la nature de l’engagement politique et syndical est proche seulement en apparence. De même, j’ai pu constater les dégâts que l’ingérence du politique dans le syndical est dommageable pour ce dernier qui perd alors toute crédibilité tant dans la négociation avec les directions des différentes structures que dans la relation avec les salariés. Par conséquent je partage pleinement l’opinion des syndicalistes dénonçant le « mélange des genres » (Jean-Claude Mailly, FO) de l’extrême gauche, accusée jeudi de se prendre pour un « simili-syndicat » par Bernard Thibault (CGT) et déjà traitée de « rapace » par François Chérèque (CFDT) en mars dernier.

Par ailleurs, j’ai écouté Chérèque ce matin et j’ai trouvé beaucoup de bon sens dans ses paroles (François Chérèque sur RTL – 1/5/2009). J’ai particulièrement apprécié ces passages :

[à propos du Gouvernement] … je crois qu’il faut qu’il sorte de la compassion et de l’observation. Non, moi ce que j’attends d’un gouvernement et en particulier, d’un ministre du Travail, ce n’est pas qu’il soit un observateur des problèmes du social, c’est qu’il soit un acteur. Donc, je crois que la difficulté qu’on a aujourd’hui, c’est qu’on a un gouvernement qui dit : allez-y ! Manifestez !… En fait, ça nous arrange ! Non, je crois que le gouvernement doit sortir de cette observation et allez plus loin par rapport à ce qu’il a dit ; mais ce matin, je dois insister particulièrement : cette manifestation s’adresse aussi au patronat parce qu’aujourd’hui, on a des preuves que le comportement patronal est en train de changer dans les entreprises et la tension monte dans les entreprises ; et il y a une grande responsabilité patronale.

[...]

Le gouvernement, je lui dis très clairement : le problème, c’est pas seulement de traiter la crise, c’est aussi de prévenir l’avenir.

[...]

Notre problème, c’est de ne pas manifester contre la crise, c’est de prévoir l’avenir pour que demain, nous ayons encore du travail et que nos enfants aussi aient du travail.

[...]

il ne suffit pas de la part du patronat de demander des aides du gouvernement, encore faut-il de négocier les contreparties dans les entreprises ; et je dis très clairement aujourd’hui, on sent dans beaucoup d’entreprises un durcissement patronal. On dit qu’il y a une radicalité. La radicalité part d’abord par un durcissement patronal où on prend des décisions de fermer les entreprises ou licencier. Il faut une exécution sans des dialogues, c’est ça le problème aujourd’hui.

Je suis plus nuancé que le responsable de la CFDT sur le patronat : comme je l’ai déjà dit je fais la différence entre les entrepreneurs, qu’on peut légitimement appeler « patrons » et les hauts dirigeants lesquels ne sont autre chose que des salariés de très haut niveau. Des salariés, pas des patrons. Or force est de constater que les vrais problèmes sur l’emploi ne viennent pas du comportement des vrais patrons. Une enquête KPMG/CGPME (ici article du Figaro) montre combien ces structures résistent bien à la crise (55% déclarent maintenir leur activité ou être en croissance) et même dans les cas de difficulté (14% craignent pour leur survie) l’emploi est loin d’être vu comme une variable d’ajustement : si 28% des PME pensent réduire la rémunération des dirigeants pour se soulager et 26% pensent réduire, donc retarder, des investisseents, seulement 17% envisagent de réduire leur effectif. C’est un pourcentage très proche de celui des entreprises qui se perçoit en péril : cela montre bien que l’emploi c’est la dernière rubrique à laquelle ces entreprises envisagent de toucher pour traverser la crise. Et de toute manière, ces emplois seraient perdus en cas de faillite. On est très loin des cas de réorganisation de la production à l’échelle internationale conduisant à des fermetures d’usines.

Le devoir du politique est de voir ces phénomènes et d’être juste dans son diagnostique. Pratiquer la généralisation si chère aux extrêmistes et au démagogues est une facilité dangereuse. Quand, ne fut-il qu’indirectement, le pouvoir cautionne le refus de la part de certaines directions de négocier en entreprise, quand il cautionne une violation de la lettre et de l’esprit des lois, cela va à l’encontre de la nature profonde de la République. Il ne peut y avoir ni de liberté, ni d’égalité, ni de fraternité quand on bafoue les règles du vivre en commun. Mais quand certaines forces politiques cautionnent la violence de certains salariés, certes poussés à bout, elles se rendent coupables des mêmes atteintes au valeurs républicains.

Notre devoir, de démocrates mais plus en général d’hommes et femmes engagés en politique, est d’être justes et de prendre de la hauteur. Si on le fait on verra aisément que le vrai problème n’est pas la crise en elle-même, bien qu’elle soit réelle. Si on regarde les chiffres avec l’oeil froid du statisticien, on s’aperçoit que la richesse produite en France et en Europe restait, fin 2008, supérieure à celle de fin 2006. On verra que la « Grande Dépression » des années 30 avait été marquée par une baisse du PIB de 30% environ. Aujourd’hui on nous fait peur avec des -2/3 %. On verra également que le taux de chômage dans la zone euro se positionne à plus près au niveau de fin 2005. Et on se rappelera des critiques au statistiques en baisse, gonflées disaient certains par le travail précaire et à temps partiel : il suffit de travailler une heure par semaine pour ne pas être considéré chômeur mais pas pour vivre de ce « travail ».

Si on regarde avec l’oeil du politique, au contraire, on verra que si cette petite (statistiquement) crise n’a pas repliqué 1929 c’est parce que on en su s’en souvenir et en tirer les lessons, au moins aux USA après la faillite de Leheman Brothers. De même, on verra combien les courants de pensée majoritaires dans ce Pays ne sont pas armées pour l’affronter. L’Europe, et dans l’Europe la France, ont les moyens de s’en sortir et de bien s’en sortir. Mais pour cela, et l’exemple des PME est parlant, il est nécessaire que toutes les forces vives de la société travaillent ensemble, dans le respect mutuel, pour inventer de nouvelles pratiques adaptées aux nouvelles conditions. Et bien évidemment, le respect se nourrit du respect. Chose que les extrêmes oublient.

Pour ces raisons, en ce premier mai, je ressens ma responsabilité de politique de manifester mon soutien aux énergies saines du monde économique sans distinction entre patrons, dirigeants, salariés et leur représentants qui organisent la négociation en manière responsable. Et de manifester mon désaccord avec tous ceux qui, dans les faits, n’oeuvrent que pour empêcher le Pays de se retrouver. Contre tous les extrêmistes, même quand ils s’autoproclament être des « modérés »

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