J’ai souvent écrit sur la crise économique qui occupe l’actualité et notre quotidien depuis désormais deux ans, notamment pour défendre l’idée que, au fond, la gravité de cette crise avait peu d’exceptionnel et que les références à 1929 étaient abusives. En revanche, j’ai eu occasion de manifester mon insatisfaction la plus complète par rapport au G20 et de dire combien, selon la grille d’interprétation qui m’est propre, le diagnostique de la crise était erroné, donc trompeur. Ainsi, je me disais qu’on allait sortir de la crise pour des raisons de respiration de l’économie (si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, les trous n’arrivent pas en Australie non plus …) et qu’il fallait travailler pour anticiper la prochaine crise, probablement encore plus grave, induite par des réactions assez hystériques des responsables économiques. Pour cela, je comptais sur la vraisemblable période de calme relatif, dont j’estimais la durée à trois ans environ.
Aujourd’hui je suis extrêmement inquiet.
En effet, avant la crise, on pouvait détecter trois mouvements sur les marchés des biens, de la monnaie et de l’investissement financier pour lesquels il y avait peu d’explications rationnelles, bien que certaines pistes aient été avancée à l’époque. Ces trois éléments qu’on a vu apparaitre en même temps étaient (en 2007) :
1. La hausse des cours de l’euro, alors qu’on considérait que l’Europe allait être frappée durement par la crise ;
2. La hausse des cours du pétrole (en dollars et en euros), alors qu’on anticipait une baisse de la demande mondiale ;
3. Le développement de fonds spéculatifs sur les matières alimentaires, alors que les programmes de bio-carburants était remis en cause
Or, il se trouve que ces trois « témoins » se rallument à nouveau.
1. L’euro côtait le 3 mars 1,25 dollars. La monnaie unique côte ces jours-ci autour de 1,40 dollars : 12% de hausse sur moins de deux mois. C’est très rapide. Et c’est relativement étonnant quant aux fondamentaux macro-économiques (si quelqu’un a des explications solides, je suis preneur). En l’état, je dois penser que c’est de la spéculation monétaire.
2. Le cours du pétrole (en dollars) était de 34,57 le 12 février. Le brut côtait hier 62,42 dollars, ce qui fait une hausse de 80%. Si on exprime en euros, le 12 février on peut estimer le cours à 34,57 / 1,29 = 26,8 €. Le 26 mai le cours indicatif peut être retracé en 62,42 / 1,40 = 44,6 €. La hausse est certes plus faible mais cela reste de 66% sur un tiers d’année. Là encore des efforts spéculatifs peuvent être à l’oeuvre.
3. Pour la spéculation sur les matières agricoles, je me permetterai deux considérations. Tout d’abord, regardez ce graphique : c’est la performance d’un fond alternatif sur matières premières à spécialisation agricole. Il est à son maximum. Autre élement, ce type de fonds continuent de se créer, signe d’une attente de performance financière de la part de gestionnaires en mal de rentabilité. Pas plus loin qu’il y a 15 jours, voici le communiqué d’un gérant luxembourgeois :
Pictet annonce le lancement pour le 29 mai prochain du fonds PF(LUX)-Agriculture, qui sera géré par Gertjan van der Geer, gestionnaire d’investissement senior chez Pictet.
Ce fonds axé sur l’agriculture viendra ainsi compléter la palette originale de produits thématiques de Pictet, avec la sélection de secteurs tels que l’eau, le bois, les énergies propres, la sécurité, les biotechnologies, les télécommunications numériques, les génériques ou bien encore les marques haut de gamme. Il offrira aux investisseurs l’accès à des sociétés cotées jouant un rôle prépondérant dans la chaîne de production alimentaire, qui a pour vocation de nourrir une population mondiale appelée à croître de 40% entre 2005 et 2050, selon les estimations de la Banque mondiale (décembre 2007).Selon Gertjan van de Geer, gestionnaire du fonds, « Pictet est l’un des principaux investisseurs reconnus dans le secteur des produits thématiques et bénéficie d’une longue expérience en matière de gestion de fonds environnementaux. Avec une originalité pour les investisseurs, puisque si ces derniers s’intéressent depuis longtemps aux matières premières agricoles, le domaine de l’agriculture dans son ensemble – de la production et du conditionnement au transport des produits – leur est longtemps resté ignoré. »
« Selon l’approche environnementale de Pictet, le fonds investira dans un secteur bénéficiant de solides facteurs de croissance à long terme, liés à la nécessité d’augmenter les rendements et à améliorer l’efficacité sur le long terme ». Et Gertjan van de Geer d’ajouter: « Près de 70% de la production agricole sont perdus entre le lieu de production et la table du consommateur. Il est dès lors essentiel de réduire cette inefficience afin de répondre à la demande d’une population croissante et d’une classe moyenne en progression . Ainsi, afin d’atteindre cet objectif, nous pensons que le secteur de l’agriculture devra investir dans de nouvelles technologies, processus et moyens de production. »
Le processus d’investissement du fonds PF(LUX)-Agriculture offrira aux investisseurs une forte exposition au secteur de l’agriculture, tout en intégrant des aspects de base en matière d’efficience des ressources, en favorisant par exemple les sociétés qui produisent plus de produits alimentaires avec moins d’intrants. Toutefois, afin d’éviter de participer au phénomène de spéculation sur les prix des produits alimentaires, le fonds n’investira pas dans les matières premières agricoles. Il conservera en outre une approche prudente face aux organismes génétiquement modifies (OGM). Ainsi, les sociétés dont plus de 10% des ventes totales proviennent de ce type de produit seront-elles exclues du portefeuille. Enfin, le fonds sélectionnera les entreprises avec l’aide de la société Ethos, spécialiste de la gouvernance d’entreprise et dont le siège est situé à Genève.
Ce nouveau produit sera par ailleurs inclus dans le portefeuille équipondéré en fonds thématiques maison du PF(LUX)-Global Megatrend Selection, lancé récemment; fonds thématiques qui permettent de bénéficier des mégatendances séculaires découlant de changements structurels (telles l’évolution démographique, du train de vie, des différentes législations ou bien encore la prise de conscience environnementale). Ces mégatendances recèlent en effet un potentiel de forte croissance à long terme, indépendamment des variations ponctuelles ou des mouvements spéculatifs.
Le fonds PF(LUX)-Agriculture est proposé aux investisseurs institutionnels, aux banques privées et aux particuliers en Autriche, en Belgique, en Finlande, en France, en Allemagne, en Grèce, en Italie, au Liechtenstein, aux Pays-Bas, à Singapour, en Espagne, en Suède, en Suisse et au Royaume-Uni.
* Selon McKinsey, environ 1,1 milliard de Chinois et d’Indiens rejoindront, entre 2005 et 2025, le niveau de la classe moyenne.
Là encore, la spéculation semble être à l’oeuvre. Les positions du Commissaire Européen Charlie McCreevy sur la régulation des « hedge funds » est elle étrangère à la dynamique ? Le sentiment que les spéculateurs se soit sentis protégés s’insinue, bien qu’on n’ait pas la preuve d’un lobbying effectif visant une régulation franchement molle.
Dans ce contexte de regain de la spéculation financière, des incertitudes sur le système monétaire international s’accumulent. Les décisions de la Chine, du Brésil (et de la Russie?) de se passer du dollar comme monnaie de référence sans qu’il y ait une value étalon de substitution pourrait préconiser des instabilités fortes.
En résumé on est face à :
1. un mauvais diagnostic (donc à des mauvaises solutions préconisées) au niveau du G20
2. des comportements spéculatifs toujours aussi florissants
3. des éléments de « choc des puissances » susceptibles de déstabiliser le marché monétaire mondial
Tout est donc réuni, donc, pour que la prochaine crise s’embrique sans solution de continuité avec celle en cours. Là, pour le coup, les similitudes avec les années 30 serait plus pertinentes, l’embellie de 1930 ayant été de très courte durée.

mai 27th, 2009 at 17:29
Oui, et tu oublies aussi la crise des États qui cherchent à lever tous en même temps massivement des capitaux…
mai 27th, 2009 at 19:42
Elle va etre longue, cette crise…La meme, pas une nouvelle! pas de perspective à la hausse, d’après mes infos optimistes avant fin 2010.
mai 28th, 2009 at 13:34
@L’Hérétique
Ai-je dit que les Etats sont étrangers à la spéculation ?
@Martine
En effet cela dépend de quel paramètre et quelle aire géographique on prend en considération. Pour la zone euro, notamment en ce qui concerne l’emploi, en effet la sortie n’est pas attendue avant la mi/fin 2010. En revanche, en ce qui concerne les USA (où les problèmes se sont cristallisés plus tôt) et leur PIB, des articles parlent même de l’été prochaine. En réalité ce n’est pas surprenant, car la bulle a explosé chez eux avant qu’ici.
Par ailleurs, dans mon billet je ne dis pas qu’on en sortirait tôt. Je dis que je pensais (à tort?) que la sortie de crise serait due à la « respiration » des systèmes. Or, statistiquement, à partir de l’éclatement des problèmes, cela prend entre deux et trois ans, ce qui nous emmène en … 2010
Cela dit, ces mouvements à la hausse sont illogiques dans le contexte de crise. D’où ma crainte d’une nouvelle vague de « créativité financière » (3ème degré) qui, agissant sur un système fragile, pourrait empêcher tout simplement la sortie de crise, même en 2010/11.
Vous imaginez un nouveau cycle économique baissier duquel on pourrait sortir en 2013/14 ? Moi oui, et ce n’est pas un doux rêve ….
mai 29th, 2009 at 18:42
Bon, Claudio, je vous laisse faire la « roue ».
Vous savez bien que je ne parle que de la zone Euro !
mai 30th, 2009 at 00:51
Qui fait la roue se retrouve plumé
mai 30th, 2009 at 09:53
Ecouteriez-vous enfin mes conseils ?