Olivier analyse depuis quelque temps le positionnement des différents députés européen, avec un oeil particulier dédié aux députés français. Curieux comme il convient de l’être pour compredre les choses, il met en parallèle le comportement des parlementaires français avec certains de leurs homologues étrangers, dont les italiens. Ainsi il note que la « Gauche Démocrate » (j’aurais plutôt dit les « Démocrates de Gauche ») ont un comprtement assez dispersé et il s’interroge sur les raisons de ce manque de cohésion. Je ne suis pas un expert des DS (composante du PSE en Italie) mais je peux avancer quelques hypothèses.

Tout d’abord, si on regarde la carte d’Olivier on verra aisément que cette dispersion est valable un peu pour tous les groupes sauf les plus extrêmes. Prenons la droite italienne : on en retrouve quelques éléments avec les UMP, quelques uns dans un « no man’s land » de la droite (un peu comme Cornillet en France) mais la plus grande partie d’entre eux occupe une place plus proche du centre. Dans cet espace, on retrouve également un ancien ministre « socialiste-caviar » (De Michelis), des membres italiens du PSE, le leader historique des radicaux (libertarien, inscrit à l’ADLE au titre de l’ELDR). Le reste des membres italiens du PSE est également proche des députés du MoDem, sur l’aile « gauche », nettement plus que des socialistes français. Dernier , Giulietto Chiesa, répertorié comme démocrate/libéral dans la carte et qui vote pratiquement comme les verts a rejoint le PSE en cours de route. Enfin, pour anectodique qu’il soit, les représentants italiens du groupe de l’Union pour l’Europe des Nations (pas de parlementaires français) votent pour certains avec l’UMP, d’autres on les retrouve dans ce positionnement hybride déjà montré et quelqu’un relativement peu éloigné du FN (plus que le MPF néanmoins).

La dispersion est donc monnaie courante parmi les parlementaires italien. Ceci dit, en ce qui concerne les membres du PSE cela prend une dimension différente car il sont « à cheval » des deux camps traditionnels. Cela se justifie, je crois, par l’histoire de la « gauche » italienne. Et je crois qu’il y a là dedans quelques enseignements pour le MoDem.

Permettez-moi un brin d’histoire. Quand j’ai commencé à m’engager directement en politique, au début des années 90, on avait une alliance de gouvernement de centre-droit (DC-PSI-PRI-PLI-PSDI) qu’on savait rongée jusqu’à la moëlle par des pratiques de corruption et en face le Parti Communiste Italien, avec des nostalgiques du fascisme (le MSI) qui avaient été tenus à l’écart bien que le système proportionnel pur existant à l’époque leur permettait une petite représentation parlementaire. L’éclatement au grand jour des scandales de corruption et la montée en puissance de la Ligue du Nord, gangant sans alliés, en 1993, la ville de Milan, induit de grands changements dans la structure même de la politique italienne.

Un premier tournant, qui structure encore aujourd’hui la vie politique italienne, en 1994 Berlusconi s’engage directement (le PSI, son allié politique ayant été presque rayé de la carte). Autre élément, considéré presque anectodique à l’époque, le PCI change de nom pour devenir le « Parti Démocrate de la Gauche » (PDS). Berlusconi gagne avec une stratégie d’alliances à géométrie variable (avec la Ligue et contre le MSI devenu AN au nord, avec AN au sud). Dans ce bouleversement, l’ancienne DC, écornée elle aussi par des scandales à répétition, éclate. Une parti rejoint AN, une autre le parti berlusconien, une partie s’allie avec la gauche, une partie reste indépendante.

Dans un système majoritaire Berlusconi gagnera, ce qui n’a pas vraiment changé depuis, à mon plus grand regret. Certes, la Ligue le fera tomber une première fois en janvier 95 et Romano Prodi (auquel Formentini, ancien Maire leghiste de Milan  se ralliera suite au glissement vers l’extrême droite imposé à la Ligue) gagne les élections en 96 mais au prix d’une alliance avec la gauche radicale (le PDS ayant perdu des morceaux sur sa gauche un peu comme le PS avec Mélenchon) qui s’averera intenable. Et Berlusconi gagnera même les élections perdues de 2004 (un demi-million de voix en plus par rapport à Prodi). Le tout avec un argument autant couillon qu’efficace : eux ce sont les communistes, ce sont toujours les mêmes personnes, celles qui croyaient à l’URSS ; moi je suis la liberté. C’est con mais ça marche.

Depuis 94, l’histoire de la gauche (et de plus en plus du « centre ») italienne est celle de chercher une alternative durable au berlusconisme. Cela a forcé des gens d’horizons différents à se mettre ensemble. La naissance du « Partito Démocratico », fusion d’une partie des héritiers de la DC et d’une partie des héritiers du PCI, rentre dans cette logique. Cette compression des identités politiques de chacun est visible dans les votes au PE.

L’Italie a un système politique en recomposition permanente depuis 15 ans. J’espère vivement que l’expérience du PD puisse être couronné de succès. Cependant, ce que j’ai vu c’est que le complexe de supériorité d’une certaine gauche socialiste (en Italie comme en France) empêche le dialogue concret et apaisé des différentes âmes « démocrates ».

L’ancien « centre », tant en Italie qu’en France a pris ses responsabilités. Mais on ne peut pas évoluer à la place des autres.

Voter !

2 Comments on “Parlement Européen : un regard sur la « Gauche Démocrate » italienne”


  • Beau boulot ! Je n’attendais pas une explication aussi détaillée !
    Si j’ai bien compris la conclusion, en France comme en Italie, ce qui correspond peu ou prou au « centre » a déjà fait un pas vers la gauche et c’est à cette gauche, ou a une partie d’entre elle de faire maintenant éventuellement un pas vers le centre ?


  • Pas exactement. C’est l’espace politique qui a changé. Mais ces « centres », il me semble, l’ont accepté et intégré (parfois avec difficultés) alors que la gauche modérée reste ancrée, pour l’instant, à un socialisme réformiste qui avait du sens il y a 40 ans mais qui a perdu de pertinence.

    Et merci pour le compliment :-)

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