Les dernières estimations de l’évolution du PIB viennent d’être publiées par l’INSEE. Sans surprise, les chiffres ne sont guère réjouissants. Cependant, il est opportun de regarder les données de plus près. Tout d’abord, crier que la France est « entrée en récession » est simplement faux et contribue à entretenir un climat d’angoisse généralisée. Ce n’est peut-être pas anodin dans notre monde marqué par une campagne électorale permanente et par une certaine instrumentalisation des médias. C’est faux simplement parce que, selon les chiffres mis à jour, la France est en récession depuis le troisième trimestre 2008, ce que M.me Lagarde n’a jamais voulu reconnaitre niant toutes les évidences de terrain. L’autre aspect intéressant de ces chiffres c’est que la consommation ne baisse pas : ces baisses importantes de PIB viennent de la contraction des investissements et de la réduction des stocks. D’ailleurs, c’est la nature même de la crise qui le veut : pas de crédit, pas d’investissement. Et cet effet est multiplié en puissance par la manière dont la croissance de certaines industries, pour exemple l’automobile, s’est faite par le passé. Selon les informations du CCFA, le parc automobile français au 1 janvier 2009 atteint 37,2 millions de véhicules, dont 30,9 millions de véhicules particuliers, en croissance. Cela malgré les lourdes chutes des ventes. En effet, le marché français est saturé, donc les ventes se font uniquement par renouvellement : avec un âge moyen de retrait du parc à 13 ans et un nombre de transactions sur l’occasion à plus près double que les nouvelles immatriculations, on peut estimer à 3 ans la durée de possession d’une voiture neuve. Un tel turnover n’est pas indispensable. Fonder la croissance sur une réduction continue de ce délai, irrationnel. Trouver de nouveaux modèles économiques pour les industries, c’est le métier des gens de l’entreprise, qu’ils prennent leurs responsabilités.Certes, la crise existe. Et ceux qui en paient le prix ce sont les faibles du marché. Comme les intérimaires (-224.000 postes, -33,8%) en un an. Cela est d’autant plus grave que les vraies forces vives de l’économie française, les TPE/PME (93% des entreprises, 82% de la création d’emploi) sont les grandes oubliées des décisions de relance. En tant que Démocrate, je rappellerai uniquement que le « Small Business Act à la française » était au programme d’un seul candidat à l’élection présidentielle, François Bayrou, et que le prochain Parlement Européen doit se pencher sur le principe du « penser petit d’abord » (think small first).

Des femmes et des hommes politiques on attend de la capacité d’anticipation. Entre la fascination pour les « grands patrons » et la chimère d’une protection juridique omnipuissante du statut de salarié, une révision idéologique s’impose : donner à chacun la dignité de sa liberté. Pour arrêter de jouer à se faire peur et s’en sortir durablement.

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5 Comments on “Récession ? Comprendre avant de réagir.”


  • Un autre angle d’analyse mettant en lien récession et décroissance ; http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/05/15/la-%c2%ab-recession-%c2%bb-n%e2%80%99est-pas-la-%c2%ab-decroissance-%c2%bb/


  • Inquiétant quand même la « contraction des investissements ».Est-ce que l’avenir ne sera pas moins gris pour ceux qui auront maintenu des investissements coûte que coûte ?


  • Non ce n’est pas si inquiétant que ça. Plutôt c’est logique. C’est même sain, je dois reprendre mes billets sur la satiété pour expliquer le tout.

    Cette « respiration » des stocks qui induit des oscillations dans les investissements est assez normale. Bien évidemment, la restriction du crédit s’ajoutant, cela a été beaucoup plus violent que d’habitude.

    Et il y a un point qu’on oublie souvent. Avec des taux de croissance « ordinaire » à 5/6 % une « crise » c’est une croissance à 1/2 %. Mais quand on part de 1/2%, ça nous ramène tout de suite en récession.

    Ma conviction d’économiste (minoritaire) c’est que le taux « normal » de croissance devrait progressivement se réduire : de façon peu académique tu peux voir cela comme une application en analogie du cycle de vie des produits et des marchés (ce n’est pas le chemin que je prends mais les conclusions sont proches).

    Or on n’est pas préparés à travailler avec une contraction du PIB. Et en gros on se retrouve à prier pour la croissance, y inclus au MoDem. Je crains qu’on ne se fout un doit dans l’oeil.

    Car l’alternance de croissance molle et de récession temporaire est un scénario possible de la future physiologie des systèmes économiques.


  • Ah bon, pas grave alors si ne chante plus « Oui je croîs… »


  • Toute situation devient grave si on ne sait pas par quel bout la prendre.

    La théorie économique est née, en gros, en 1770. L’économie spécialisée théorisée par Ricardo et autres a commencé à prendre pied un siècle plus tard. Si on pense à la France, jusqu’en 45 les guerres ont émaillé le temps beaucoup plus que la paix.

    L’ère européenne et la période de paix qui dure encore aujourd’hui nous a permis une vraie accumulation de richesses. Pas de routes, de maisons, d’usines à reconstruire continuellement. Pas de classes d’âge décimés. Mais la consolidation d’un capital physique et humain de pointe.

    La théorie économique est adaptée à la pauvreté (pas à l’indigence). Elle n’est pas adaptée à notre monde et elle nous laisse seuls. Un jour je montrerai dans un billet le nombre d’applications des théories économiques dans la vie de tous les jours.

    Dépasser cette impasse est une des missions que je me suis donné.

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