Retour sur sondage(s)

Je saisi l’opportunité d’une petite accalmie dans mes rythmes de travail pour revenir sur les sondages parus en avril au sujet du MoDem.

Tout d’abord, les prévisions pour les élections européennes (pour ceux qui l’ignorent on vote le 7 juin, préparez vos cartes et votez pour votre futur). Selon l’IFOP on serait à 14%, selon OpinionWay à 12%. Sauf erreur de ma part, il y a peu de variation par rapport aux précédentes estimations (-0,5% pour IFOP, stable pour OW). Ce qui est fâcheux avec les sondages en France c’est qu’on donne une prévision ponctuelle là où on devrait déclarer une fourchette. Ni l’IFOP ni OW fournissent les données exactes pour recalculer les fourchettes. A mon avis strictement personnel et non scientifique, bien que basé sur mes expériences de sondages, la marge d’erreur doit être d’au moins +/- 3% pour OW et +/- 2% pour IFOP. J’en déduis que l’état du consensus pour le MoDem en vue des européennes a grandes possibilités de se positionner dans une fourchette comprise entre 10% et 15% : les deux sondages se chevauchent sur cette plage. Il me semble que ces sondages ne nous disent pas grande chose nouvelle : le MoDem est en stabilisation électorale, ce qui est normale après les deux ans qu’on vient de vivre. A la campagne européenne de produire de l’adhésion populaire. Et, ce qui est souhaitable, des élus de qualité comme, je le dis comme ça, Sylvie Goulard dans l’Ouest.

Deuxièmement le sondage « présidentiel » positionnant François Bayrou à 19% dans un nouveau premier tour. Contrairement à d’autres amis, ce sondage m’inquiète. Bien sur, Bayrou semble maintenir son attrait comme candidat de premier tour (le +0,5% n’est pas statistiquement significatif), ce qui n’était pas gagné après les départs massifs et cafouillages divers. Cependant, on ne doit pas négliger deux choses. Tout d’abord, le sondage propose Royal pour le PS : c’est une cause potentielle d’erreur. Le congrès de Reims (et en vérité ça remonte à la pré-campagne présidentielle) a laissé des traces : contrainte à l’agitation par sa marginalisation au sein même de son parti, Royal ne peut voir son consensus faire autre chose que fluctuer au grès des actions qu’elle mène, plus ou moins réussies. Et si des candidatures Sarkozy et Bayrou semblent probables pour 2012, rien est moins sur pour Royal, au moins comme candidate PS. L’autre point qui m’interroge, c’est le décalage entre le consensus du MoDem et celui de Bayrou. Si on prend les 14% pour le parti, cela fait 5% en plus pour le candidat potentiel. C’est un décalage important qui montre comme l’ancrage du parti dans la société française n’est pas encore à la hauteur du potentiel électoral du candidat. J’ai une diagnostic assez précis des raisons qui expliquent ce décalage et je sais que ce diagnostic n’est pas très populaire parmi mes collègues démocrates. Je respecte leur opinion et je maintiens la mienne. Le temps se chargera de montrer qui s’était le moins trompé. Par conséquent, aucun besoin de polémiquer.

[Mise à jour] Entretemps, OW a sorti son sondage de premier tour avec : Sarkozy 30%, Royal 21%, Bayrou 20%. Sur les analyses OW la valeur ajoutée du candidat Bayrou pèserait donc 8%.

En dernier, le sondage montrant que deux tiers des sympathisants du MoDem et de ceux du PS souhaitent une alliance entre ces deux partis. Bien évidemment, tant les démocrates que les socialistes souhaiteraient que « leur » côté soit le leader de cette alliance. Je trouve cela très sain, car c’est la manifestation plus pertinente du fait que ces sympathisants donnent la priorité à une vision politique plutôt que de se borner à l’anti-sarkozysme. En même temps, cela rend l’alliance objectivement difficile. Mais même au delà de ces envies de la base, est-que tout cela peut marcher ? Je crois que oui  mais à une condition précise.

Permettez-moi un détour à l’étranger. Je suis toujours un peu étonné de voir que la politique française actuelle tend à répliquer avec un certain retard la politique italienne. La vénération que Sarkozy voue à Berlusconi n’y est peut-être pas étrangère. Or, il se trouve que le seul homme politique qui à réussir à gagner contre Berlusconi, il s’appelle Romano Prodi. Un homme du centre. Achille Occhetto (ancien premier secrétaire de l’équivalent du PS) et Walter Veltroni (président du Parti Démocrate, issu de la gauche modérée) s’y sont cassé les dents. Par ailleurs, après des mois de dégringolade, le PD, partenaire du MoDem au sein du PDE et de l’ADLE, se redresse dans les sondages après l’arrivée de Franceschini, un autre homme plutôt du centre. Par ailleurs, les difficultés de cohésion interne du PD parlent de cette difficulté à faire dialoguer démocrates et socialistes. Et le problème vient plutôt du côté gauche de la table : un certain complexe du supériorité est persistant. Cela n’est pas sans rappeler un certain congrès en Champagne ….

De mon point de vue la balle est dans le camp des socialistes. A eux de se déterminer en fonction de leurs envies.

Voter !

3 Comments on “Retour sur sondage(s)”


  • Effectivement, l’expérience italienne nous dissuaderait d’aller vers une fusion avec le PS (ou avec l’UMP d’ailleurs) si tant est que nous en avions l’envie : comme les fusions d’entreprises ou de clubs sportifs, les fusions de partis se résument généralement à l’écrasement de l’un par l’autre. En effet chacun a sa culture, ses règles de fonctionnement, ses références explicites ou implicites, et il est improbable que tout cela évolue assez vite pour que l’alliage prenne. Dit autrement, les impératifs organisationnels de la fusion – qui commande, qui on présente aux élections etc. – shuntent le rapprochement culturel.

    Je pense qu’il existe en France une très solide tradition républicaine, et en particulier une importante tradition socialo-étatiste-libertaire, d’ailleurs créative dans de nombreux domaines de la vie nationale. Je pense que cette culture « socialo-étatiste-libertaire » a trop peu d’atomes crochus avec la culture démocrate pour qu’une fusion puisse prendre – en fait, elle est même plus proche de la culture sarkozyste, moins son noyau dur qu’est le culte de l’apparence de résultat, la croyance en la réussite par l’argent.

    Je crois en revanche les socialistes capables de comprendre l’obsolescence de leur modèle pour ce qui est de conduire l’Etat dans la mondialisation. Je les crois capables de comprendre que pour sauver leur culture politique, ils doivent reconnaître au moins provisoirement un leadership aux démocrates. Je pense que même des personnes comme J.-L. Mélenchon, M.-G. Buffet ou J. Bové s’en rendent compte. Mais il en reste, du chemin à faire !


  • Mon commentaire est parti trop vite, je voulais compléter :

    « Je pense que même des personnes comme J.-L. Mélenchon, M.-G. Buffet ou J. Bové s’en rendent compte, comme cela a été le cas il y a des années déjà, de leurs homologues italiens. Mais en France, il en reste, du chemin à faire ! »


  • Je l’espère, même si les appels au ralliement, régulièrement rejetés et à bon titre par Bayrou, ne plaident pas pour un scénario optimiste.

    Il nous reste l’alliance avec les électeurs ;-)