L’Europe et Sarkozy : un strabisme franco-français

Cette campagne pour les européennes est décidément intéressante pour ceux qui aiment décortiquer les messages des différents compétiteurs. A ce jeu de com’, il faut bien avouer que la majorité présidentielle sait bien jouer.

Pleinement conscients des faiblesses de leur offre politique et des risques pour leur crédibilité qui résident dans une analyse fine de leur efficacité (veut-on parler de la sécurité aux Karchër ?), il se tournent vers une valeur sure dans la communication de masse. En ramenant tout à Sarkozy, ils se donnent les moyens de stigmatiser tout contradicteur comme un « anti-sarkozyste primaire ». C’est à dire, quelqu’un qui vise la personne et pas le projet.

C’est tout bête mais comme disait Chirac, plus c’est gros mieux ça passe. Est qu’on a jamais entendu qu’à l’UMP sont des « anti-bayrouistes » ou des « anti-royalistes » primaires ? Pour autant, quand un député non élu affirme que la Présidente de Poitou-Charentes a besoin d’une « aide psychologique » …

En cela, le sarkozysme est en réalité un berlusconisme mais ce n’est pas l’objet de ce billet. L’objet est la campagne de l’UMP, toute basée sur le bilan de la Présidence de l’Europe (ehu … ça n’existe pas, plutôt du Conseil de l’Union … mais bon on ne demande pas à des supporters de savoir de quoi ils parlent) qui aurait été formidable et reconnue partout.

Détrompez-vous. Les gens qui affirment une telle chose ne savent simplement pas comment ça marche les réactions des uns et des autres. Rappelez-vous que les Etats sont partenaires, donc on évitera déjà de trop se froisser. Ensuite, cette Présidence tournante ne dure que six mois. Cela a des conséquences.

Prenez la Présidence tchèque. Elle est sans doute une des plus faibles qu’on ait connu. Est-que pour autant dans la presse étrangère (dont française) on y tire dessous à boulets rouges ? Certes que non. Car c’est très simple : elle est impuissante mais de toute manière le 30 juin c’est fini. Alors on ne charge pas la barque.

Et la Présidence française ? Elle a été une mauvaise présidence, qui a bafoué les institutions européennes et qui n’a produit aucun résultat tangible. J’y reviendrai. Mais c’était « volontaire ». Alors, poliment comme il se convient dans des relations diplomatiques, on a loué l’effort. De toute manière, six mois ça passe vite. Prendre cela pour une approbation massive c’est aussi lénifiant que stupide.

Venons alors aux résultats de cette Présidence française du Conseil de l’Union. L’agenda prévoyait :

- Faire de l’Europe un modèle de développement durable. Le « paquet énergie », qui devait être un chaînon clé du processus reste à définir. Pas fait

- Une Europe financière au service de l’emploi. Aucune coordination réelle entre les plans de relances nationaux et initiative laissée aux britanniques (plan Brown). Des vagues déclarations de principe énoncées au G20, sous impulsion essentiellement américaine. Pas à la hauteur.

- Solidarité, innovation, compétitivité. Inconnu à l’adresse.

- L’Europe comme espace de liberté, sécurité et justice. Tentative de démolition des garanties sur le temps de travail (contrée par le Parlement), « paquet télécom » et lutte à l’amendement Bono (anti-Hadopi). La bonne blague

- Le rôle de l’Europe sur la scène internationale. Ah oui, la courbette aux Russes … Pitoyable

Alors, je veux bien qu’on en parle de cette présidence ….

Voter !

2 Comments on “Skeptipost #3”


  • Ben oui, Sarko se nourrit de l’exclusivité des choix à la télé (et du forcing politique par individu). Cela fait beaucoup comme avantage. Ma tante, elle croit que Sarko fait de son mieux et a été un trés bon Président européen, que M. Aubry est compétente, François Bayrou ne fat rien puisque l’on ne le voit jamais, que Ségolène n’est qu’une excitée stupide etc …
    Enfin elle n’est pas seule à voter, ni non plus à à regarder le 20 h …


  • En effet. J’ai essayé maintes fois de mettre mon expérience spécifique de ce problème précis au service du Mouvement Démocrate. Pour l’instant, je n’ai pas été entendu et ceci malgré mes prévisions électorales aient été, surement par chance, particulièrement précises.

    Beaucoup de mes amis se demandent pourquoi je me suis engagé à fond dans cette campagne alors que … bref, passons les détails. La raison est simple : être en minorité ne m’a jamais mis en émoi. Le parti a fait des choix, je les respecte comme un petit soldat.

    Cela ne m’empêche nullement de continuer à penser que j’ai raison et que le temps se chargera de le démontrer à ma place