D’accord, c’est de l’intox.

Cependant, permettez-moi une chronologie comparative entre la France et l’Italie. Pourquoi ? Mais parce que, comme je disais ailleurs, la France a décidé, drôle d’idée par ailleurs, de suivre la marche de l’Italie avec au moins dix ans de décalage. Vous n’y croyez pas ? Place au calendrier.

Tout juste une précision de langage : en Italie le « Parti Socialiste » a été plutôt le parti des affaires, l’homologue du PS français devant se rechercher plutôt au Parti Communiste Italien.

Bien. En 2009 Manuel Valls souhaite que le PS change de nom. En 1991, le PCI, sous l’impulsion de Achille Occhetto, décide d’abandonner les références au communisme et change de nom pour adopter celui de « Parti des Démocrates de Gauche » (PDS en italien). Les « durs et purs » quittent le parti pour défendre des positions plus radicales mais ouvertes à des pactes de gouvernement (un Front de Gauche avec 15 ans d’avance). Manuel Valls trouve que le mot « parti » enferme la proposition politique dans quelque chose d’étroit et lui préfère le mot « mouvement« . Sans enfoncer le clou rappelant que cette distinction entre « parti » et « mouvement » était un cheval de bataille de la Ligue du Nord dès l’acte de sa création en 1991 (tiens, encore) au point que dans ses statuts on utilisait jamais le mot de « parti », cette réflexion a existé également au sein du PDS : en 1998 le mot « parti » est abandonné et la force politique prend le nom plus large de « Démocrates de Gauche » (DS). En effet, à cette époque, pratiquement aucune force de l’échiquier politique n’arbore le nom de parti. Je cite en vrac : Forza Italia, Alliance Nationale, Ligue du Nord, Démocrates de Gauche, Centre Chrétien-Démocrate, Marguerite, Démocratie Européenne, Réfondation Communiste, les Verts, Fiamma Tricolore, Liste Di Pietro, Liste Bonino … Voyez-vous des « partis » là dedans ? Et pourtant ça couvre un spectre politique très (mais alors très très) large. Manuel Valls se déclare favorable à une ouverture vers les Démocrates et vers la société civile. Je suis épatté par sa capacité de vision innovante : en effet c’est le projet de Romano Prodi de 1995 (l’Olivier). Par ailleurs, ce projet (le seul capable de mettre Berlusconi à l’opposition sur les derniers 15 années) a toujours capoté « grâce » aux alliés de la gauche radicale. Pour autant il me semble que le PS (français) ne puisse pas laisser tomber le PCF, ni Mélenchon et son « Die Linke à la française ».

Le constat de l’incapacité de cette alliance à tenir le rênes du Pays (deux victoires at aucune législature portée à terme) conduira à la création (ô combien complexe et difficile) du Parti Démocrate par la fusion des socio-démocrates modérés et des démocrates de la Marguerite (co-fondateurs du PDE).  La litigiosité, la volonté hégémonique et le complexe de supériorité intellectuelle existant dans l’aile « gauche » de ce parti ont empêché jusqu’à présent le succès de l’opération, conduisant aux démissions de Walter Veltroni (ex PCI) de la Présidence du Parti. Son successeur par intérim, Dario Franceschini (ex Marguerite) semble avoir réussi à stopper pour l’instant l’hémorragie de suffrages.

Si je me permets ce rappel historique à Manuel Valls c’est que l’histoire de nos voisins nous apprends deux choses : qu’il existe un espace politique majoritaire susceptible de se reconnaitre dans une proposition démocrate, qui considère l’argent au service de l’homme et pas le contraire et que cette proposition, au delà des Alpes, n’a été crédible que quand elle a été portée par un homme du « centre » (Prodi, Franceschini).

Manuel Valls demande, dans les faits, la création d’un Parti Démocrate à la française mais préfère parler de Mouvement. J’ai un scoop pour lui : le Mouvement Démocrate, existe déjà.

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7 Comments on “Manuel Valls au Mouvement Démocrate ?”


  • C’était il n’y a pas si longtemps… nous nous appelions le MoDem, mais le modem n’était pas encore né. Une idée pourtant nous réunissait tous. Il faisait beau, très beau même. Comme j’étais un “régional” à Seignosse, j’y ai passé la semaine entière. Et j’ai vu des militants arriver dès le lundi, pour un congrès qui ne commençait que le jeudi. Oui, on peut parler “d’esprit de Seignosse”.

    la suite sur branaa.free.fr, parce que c’est un peu long…


  • J’adhère à 100% à une évolution « à l’italienne » avec 2 bémols :
    - Pour autant que je sache, Romano Prodi n’est jamais resté bien longtemps premier ministre. Les années qui se terminent par « 8″ ne semblent pas lui porter bonheur.
    - Le Mouvement Démocrate existe peut-être déjà mais les alliances à large spectre fonctionnent difficilement comme des absorptions.


  • @ Oaz

    bémol 1) oui, et je le dis dans le billet : la gauche « dure » n’a pas été un partenaire fiable en Italie. Or, c’est le PS qui veut « réunir la gauche » : la balle est dans leur camp

    bémol 2) tout à fait d’accord avec toi. Jusqu’au moment où les socialistes n’arrêteront pas leur obsession hégémonique on saura toujours au milieu du gué. Comme en Italie. Donc, la balle est dans leur camp « again ».

    En attendant qu’ils grandissent, nous (les Démocrates) devons grandir aussi. Ça, c’est notre affaire.


  • je n’ai pas lu ton billet mais Vals serait au modem si nous étions le plus grand parti , comme bcp au PS ou à l’UMP d’ailleurs :-)


  • Sans aucun doute. Mais le billet t’aurait intéressé :)


  • Et bien… heureusement que tu devais lever le pied !!


  • :-)

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