Economie : le Grand Espoir trahi
05 juil
Un économiste français de grande valeur, Jean Fourastié, avait intitulé son plus célèbre ouvrage le « Le Grand Espoir du XXe siècle. Progrès technique, progrès économique, progrès social« . Édité pour la première fois en 1949, ce texte postulait que la saturation de la demande par rapport à un produit aurait rendu nécessaire de l’innovation et que cette innovation aurait nécessité de développer des connaissances dans un processus entrainant une amélioration progressive des conditions de vie. Le tout, avec de la croissance économique en prime.
En très grande partie, les intuitions du « Grand Espoir » ont trouvé un pendant dans la réalité des Trente Glorieuses, formule dont Fourastié est d’ailleurs l’auteur.
En 1989, à l’occasion de la réédition de l’ouvrage, Fourastié fait un point de la situation. Son outils ce sont les statistiques. Et il nous livre cet intéressant constat.
« Le processus peut en être résumé ainsi: le progrès technique, augmentant le rendement du travail dans des secteurs importants de l’activité économique, a permis d’accroître la production, donc la consommation. Mais la consommation croissante ne s’est pas laissé imposer la structure de la production croissante ; alors qu’elle paraît, a court terme, serve de la production, la consommation s’est révélée dominante à long terme ; elle a peu à peu imposé sa loi à la production. »
C’est le scénario idéal, tant aux yeux de l’économie théorique que de l’empiriste humaniste qui est Fourastié (pour l’anecdote la première citation de son livre est dédiée à Jean Monnet, « vivre mieux en produisant mieux ») : le consommateur impose sa loi au producteur. Le bonheur du plus grand nombre (Adam Smith) est en marche.
Mais Fourastié est beaucoup plus lucide que ses contemporains (et de beaucoup d’économistes amoureux de leurs théories). Avec une très grande honnête intellectuelle, il admet dans sa postface de 1989 que l’avenir lui paraît « grandement imprévisible ».
En effet, c’est là la grande limite des travaux basés sur l’analyse statistique : la mesure ne détecte que ce que l’on cherche et elle n’est valable que de manière rétrospective.
Je pense que Fourastié avait raison d’être prudent et que, à partir des années 90 environ (que lui ne pouvait pas connaître en 1989 …) on a changé de paradigme. Là où l’homme, même réduit à sa fonction d’agent économique, imposait sa loi au système de production le pliant à la satisfaction de ses besoin, on a vu émerger une « économie de l’offre », avec son corollaire d’endettement-consommation-insatisfaction-endettement qui a pris une allure de catastrophe.
Le « vivre mieux » de Jean Monnet est devenu le « gagner plus » de Henri Gauino si bien mis en scène par un avocat de Neuilly su Seine aux talents d’orateurs incontestables.
L’effondrement du mythe de l’économie planifiée avec l’écroulement du soviétisme et la « conversion » au marché de la Chine a favorisé la résurgence de l’économie de spoliation (qui n’a rien de libérale) qui avait caractérisé le capitalisme des années 20. Avec, par ailleurs, des effets assez similaires.
Mais cela n’aurait pas été possible sans une réelle faiblesse de l’économie « socio-libérale » qui était celle du Grand Espoir. Celle du modèle rhénan. Celle des coopératives (d’inspiration catholique ou pas) en Italie (Vénétie, Emilie) ou, plus près de chez moi, en Bretagne.
Certes, le Grand Espoir a été trahi. Mais il n’était déjà plus un espoir. Le comprendre, nous éviterait de poursuivre une chimère et de commencer à inventer la nouvelle pensée économique sur la quelle bâtir un Grand Espoir pour le XXIème siècle.

juillet 5th, 2009 at 13:25
oui … mais un nouvel espoir est né …
http://www.youtube.com/watch?v=hVrIyEu6h_E&hl=fr
juillet 5th, 2009 at 13:25
» Là où l’homme, même réduit à sa fonction d’agent économique, imposait sa loi au système de production (…) on a vu émerger une « économie de l’offre» »
–>> oui. On en voit une conséquence toute simple sur la profession des études de marché et d’opinion : les entreprises spécialisées sur l’étude de la société, du changement social, des attentes profondes des gens, ont beaucoup perdu en prestige, chiffre d’affaires et dynamique d’innovation par rapport aux années 80.
juillet 5th, 2009 at 13:43
Frédéric si tu as des données viables je suis preneur
juillet 5th, 2009 at 14:07
@FLN,
Cela est vrai, sauf en ce qui concerne le milieu publicitaire ou il existe des services aidant les enterprises à établir une stratégie utilisant toutes les facettes que vous avez développées, la grande différence est que via le net elles peuvent cibler au mieux en personnalisant le message.
Elles paraissent ainsi, plus proches plus « humaines »
juillet 5th, 2009 at 23:00
@Claudio : très intéressant ! Pourriez-vous développer un peu votre pensée en ce qui concerne les deux derniers paragraphes ? Merci…
juillet 6th, 2009 at 09:36
Certes
C’est bien pour ça que juillet est le mois de la skepti-économie