Il fut un temps quand les annonces des réductions d’effectifs étaient saluées par les marchés financiers avec beaucoup d’enthousiasme : pour faire grimper le cours boursier de l’action de l’entreprise xy, c’était suffisant de préparer un plan « d’optimisation des coûts », voire de « rationalisation de la production ». C’était l’époque de l’opulence. Ou au moins de l’illusion de l’opulence. Avec une économie globalement en croissance et une demande soutenue à grand renfort d’endettement, ces « rationalisations » ne se traduisaient pas en baisse des ventes. Ainsi la baisse des coûts s’identifiait à une hausse des profits qui mettait tout le petit-beau-monde d’accord. L’actionnaire était content, d’autres voulaient devenir actionnaires (d’où la hausse des cours boursiers), le dirigeant payé à la stock option voyait sa rémunération se gonfler sans effort et sans devoir négocier avec ses patrons.
Aujourd’hui, présenter un plan « de restructuration » est la meilleur manière pour se faire flinguer par les marchés. Car licencier ou en tout cas réduire les effectifs est considéré comme un aveu d’un risque de défaillance. De faillite. Alors il peut arriver que les destructions d’emploi aux Etats Unis glacent les Bourses de la planète entière.
A la limite, on pourrait se réjouir de ce changement d’optique.
Pour ma part j’aimerais pouvoir croire que les marchés sont devenus éthiques, en quelque sorte. Que leur pression peut être un frein à la destruction d’emploi. Mais je ne peut pas partager cet optimisme. Si cette crise, qui est de plus en plus une crise de l’emploi, se résumait à un défaut d’éthique, la résoudre serait simple. Ça ne le sera pas, au delà des illusions que les statistiques pourraient nous fournir.
Nous avons le choix. Faire l’autruche en cherchant des boucs-émissaires. Ou remettre profondément en cause notre système de croyances économiques afin d’être plus pertinents dans la compréhension, et donc dans les décisions.

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