Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 5 a été publié pour la première fois le 31 juillet 2008. Je le reprends ici dans le cadre des articles économiques de juillet en laissant la formulation d’origine.
Le constat développé dans le chapitre précédent quant à la recherche fondamentale en économie, mérite que l’on esquisse quelques traits des ce qui nous parait être un point de départ pour la conceptualisation d’une « économie responsable ».
Tout d’abord, il est important de s’attarder sur un mot spécifique de l’économie : le mot « libéral ». Au prix d’en choquer plus d’un, il faut libérer le champ de la réflexion d’une imposture tenace. Non, les systèmes économiques que nous appelons « libéraux » ne le sont pas.
Un système « libéral » se fonde sur la « libre rencontre de l’offre et de la demande ». Or, il est simplissime de montrer que, dans les systèmes contemporains, la « demande » est tout sauf que libre de « rencontrer l’offre ». Elle n’est pas libre car soumise à une formidable pression publicitaire. Elle n’est pas libre car elle ne peut pas choisir son niveau de revenus. Même à un niveau plus « théorique » elle a la liberté de choisir ses achats mais pas la liberté de ne pas acheter.
D’ailleurs, il serait intéressant de se pencher sur le concept de liberté. A ce sujet, même si notre vision de l’économie est assez différente de la sienne, on estime que l’approche d’Amartya Sen en matière de liberté négative et liberté positive aboutissant au concept de « capabilité » semble pertinente : il n’est pas suffisant de ne pas interdire pour assurer la liberté d’un comportement (liberté négative), il est également nécessaire que la personne concernée puisse réellement accéder au comportement (liberté positive).
Pour prendre un exemple de l’actualité française, il n’est pas suffisant de permettre la rémunération sans charges des heures supplémentaires pour « gagner plus », il faudrait également que les personnes souhaitant « travailler plus » puissent le faire. Ce qui n’est évidemment pas du ressort de leur liberté « positive ».
Si on regarde sous cet angle nos systèmes économiques, ils pourraient être même considérés comme des « dictatures de l’offre », une offre qui possède de plus en plus les clés des niveaux et de la qualité de vie des populations et qui peut même se faire « assister » par les Etats, tout en tapant sur les effets pervers de « l’assistanat » aux personnes. Northern Rock, Fanny Mae, Freddy Mac ce ne sont pas des clochards de banlieue. C’est des institutions financières que les gouvernements américain et anglais ont mis sous perfusion. Pourtant, ces pays sont réputés parmi les plus attachés à l’orthodoxie « libérale ».
A l’opposé du spectre des opinions économiques, les tenants des idées de redistribution massive (via les revenus garantis ou via un emploi public à la demande) ne sont guère convaincants quant aux moyens de produire la richesse à redistribuer. De surcoût, les expériences de renationalisation, comme on en a pu connaître en France à une époque, n’ont pas été couronnées du succès escompté. De même, l’échec des systèmes à économie planifiée a été cuisant.
Même la « social-économie », économie de marché tempérée par l’intervention publique à la recherche d’un équilibre entre liberté de poursuivre des intérêts privés et exigence de cohésion sociale, est mise à mal, notamment par les pratiques opportunistes des très grandes firmes. Entendre que les salariés chinois sont trop chers aux yeux d’Adidas, interroge le bon sens.
Dans ce panorama assez sombre, nous croyons que l’Europe peut porter le message d’une économie plus humaine, plus respectueuse, plus « démocrate ». Même plus efficace.
Comment la décrire ?
Dans un article comme celui-ci, on ne peut pas rentrer dans les détails, forcément assez techniques, du raisonnement économique. D’autre part, sans illustrer le chemin conceptuel qui en est à la base, les conclusions sembleraient sortir du néant. Entre les deux, on fait le choix d’adopter une posture volontairement naïve, voire provocatrice, afin de stimuler le débat et la réflexion de chacun.
Tout d’abord une banalité : nous nous occupons de politique. Donc des citoyens. D’êtres humains. Les Institutions politiques aussi. Ce n’est donc ni à nous ni à elles de dicter aux acteurs économiques leur comportement.
En revanche, il est notre rôle propre d’assurer la mise en place des conditions permettant à tout citoyen de jouir de sa liberté. Pour ce qui concerne de domaine économique, un constat s’impose : bien que nous ayons des occupations et des rôles très divers en tant qu’acteurs de l’offre, nous tous sommes, sans distinctions des consommateurs.
Etant donné que le citoyen est économiquement ambivalent, il est souhaitable de garantir que les acteurs de l’offre et de la demande puissent jouir de leur « liberté positive ». Cela implique, à titre d’exemple, de faciliter l’accès au crédit, d’avoir un code du travail équilibré, une répartition équilibrée des établissements commerciaux et des services.
Cela implique aussi l’abandon des « politiques publiques de croissance », car la croissance est un résultat de la liberté des consommateurs de consommer plus et des entreprises d’investir plus. Mais ils ont également la liberté de consommer ou investir moins, s’ils le souhaitent. La croissance doit être possible mais elle ne doit pas être imposée.
Cependant, il est possible que les libertés des producteurs et celles des consommateurs entrent en conflit : dans ce cas, les pouvoirs publics devront arbitrer à l’avantage du consommateur, car c’est la condition qui regroupe le plus grand nombre.
A regarder plus de près, d’ailleurs, le monde des producteurs n’est pas homogène : on a des personnes physiques (surtout salariés, petits entrepreneurs et professions libérales) et des personnes morales. Les libertés de ces deux mondes peuvent entrer aussi en conflit mutuel. C’est aux libertés des personnes physiques que doit aller la priorité. Et ainsi de suite dans une sorte de « pyramide des libertés ».
Si on accepte cette perspective, on s’apercevra du fait que, pour exemple, les politiques de concurrence peuvent être inutiles, voir pernicieuses.
Que la façon d’aborder l’aide au développement (et l’aide économique tout court) répond à un modèle en décalage permanent avec les vraies priorités de l’action publique.
Que la « markétingisation » (oui c’est un néologisme barbare) de l’économie (et de la société) met en péril la nature même de notre démocratie.
Que la puissance publique est fonction de la liberté positive des citoyens.

juillet 8th, 2009 at 20:44
Je déteste l’économie…
Pour la peine, je t’ai tagué
juillet 9th, 2009 at 17:59
Déjà ?
Bon … je viens voir