Un nouvel économiste ?
07 juil
Benoit XVI vient de publier Caritas in Veritate, lettre encyclique qui est axée « sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité ». Cette lettre s’inscrit dans la continuité de la « Populorum Progressio » de Paul VI et constitue un changement d’orientation par rapport au positions, assez libérales, exprimées par Jean-Paul II dans sa « Centesimus Annus« .
Est que l’Eglise, par voix du Pape, a des titres pour parler de développement et par là d’économie ? La réponse de Benoit XVI est positive : « Dans Populorum progressio, Paul VI a voulu nous dire, avant tout, que le progrès, dans son apparition et son essence, est une vocation: « Dans le dessein de Dieu, chaque homme est appelé à se développer car toute vie est vocation ». C’est précisément ce qui autorise l’Église à intervenir dans les problématiques du développement. Si ce dernier ne concernait que des aspects techniques de la vie de l’homme, et non le sens de sa marche dans l’Histoire avec ses autres frères ou la définition du but d’un tel cheminement, l’Église n’aurait aucun titre pour en parler » (page 10).
Et, à ôter tout doute possible, on est bien dans le domaine de l’interrogation économique : « Par le terme « développement », il [Paul VI] voulait désigner avant tout l’objectif de faire sortir les peuples de la faim, de la misère, des maladies endémiques et de l’analphabétisme. Du point de vue économique, cela signifiait leur participation active, dans des conditions de parité, à la vie économique internationale; du point de vue social, leur évolution vers des sociétés instruites et solidaires; du point de vue politique, la consolidation de régimes démocratiques capables d’assurer la paix et la liberté. Après tant d’années, alors que nous observons avec préoccupation le développement des crises qui se succèdent en ces temps, ainsi que leurs conséquences, nous nous demandons dans quelle mesure les attentes de Paul VI ont été satisfaites par le modèle de développement qui a été adopté au cours de ces dernières décennies » (page 13). On dirait même que Paul VI avait bien lu Adam Smith (C’est dans l’état progressif de la société lorsqu’elle est en train d’acquérir successivement plus d’opulence, et non lorsqu’elle est parvenue à la mesure complète de richesse dont elle est susceptible que véritablement la condition des pauvres qui travaillent, celle de la grande masse du peuple, est plus heureuse et plus confortable; elle est dure dans l’état stationnaire; elle est misérable dans l’état de déclin)
Dans les 60 pages de la lettre, il y a beaucoup de réflexions intéressantes que l’économiste non catholique ne peut pas se contenter de balayer d’un revers de la main prétextant l’origine spécifique du texte. Benoit XVI, c’est mon sentiment, vise a réincarner l’Eglise dans une « doctrine sociale », fondée sur les principes de liberté et responsabilité (page 10), eux mêmes s’appuyant sur le dogme de la Vérité.
Dans ces 60 pages il y a aussi de nombreux passages peu convaincants aux yeux du non catholique. Par exemple on y retrouve l’opposition entre l’Humanisme chrétien et l’Humanisme laïc : « La plus grande force qui soit au service du développement, c’est donc un humanisme chrétien, qui ravive la charité et se laisse guider par la vérité, en accueillant l’une et l’autre comme des dons permanents de Dieu. L’ouverture à Dieu entraîne l’ouverture aux frères et à une vie comprise comme une mission solidaire et joyeuse. Inversement, la fermeture idéologique à l’égard de Dieu et l’athéisme de l’indifférence, qui oublient le Créateur et risquent d’oublier aussi les valeurs humaines, se présentent aujourd’hui parmi les plus grands obstacles au développement. L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain. Seul un humanisme ouvert à l’Absolu peut nous guider dans la promotion et la réalisation de formes de vie sociale et civile – dans le cadre des structures, des institutions, de la culture et de l’ethos – en nous préservant du risque de devenir prisonniers des modes du moment » (page 59).
Ce qui est certain est que le texte mérite d’être lu et cela pour trois raisons :
- c’est bien écrit, fluide et, si on accepte les axiomes de départ (réligieux/moraux) il peut s’avérer assez solide
- la doctrine sociale de l’Eglise est loin d’être sans écho dans le comportement de nombreux décideurs à l’échelle mondiale
- il illustre parfaitement bien, au yeux du non catholique, les risques implicites dans une approche d’absolu éthique au développement
En effet, quand Christine Lagarde prend des mesures pour faciliter la « finance islamique« , n’est pas elle en train d’appliquer ni plus ni moins les suggestions papales (Les opérateurs financiers doivent redécouvrir le fondement véritablement éthique de leur activité afin de ne pas faire un usage abusif de ces instruments sophistiqués qui peuvent servir à tromper les épargnants) ?

juillet 7th, 2009 at 23:22
« L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain. »
Des fois je trouve de bons arguments pour m’éloigner de Rome, en voici un… l’ironie voudra que c’est un italien qui me le fait lire… (dans la version british: « for christ’s sake… »)
juillet 9th, 2009 at 17:53
un européen né en Italie, nuance