Dans son discours de clôture de l’Université de Rentrée du Mouvement Démocrate, François Bayrou a souhaité lancer la préparation du Congrès d’Arras notamment en portant « comme militant » (sic) douze propositions. Cher François, de militant à militant, voici ce que j’en pense à chaud (et même à tiède). Mais d’abord un rappel des propositions.
L’alternance doit donner à la France un projet de société fondé sur la solidarité que j’ai expliquée entre concitoyens et entre générations.
Il n’y a pas de solidarité sans liberté, les citoyens doivent être protégé dans leur liberté individuelle et leur liberté collective.
Le principe de solidarité suppose que les efforts soient équitablement répartis, demander à chacun en fonction de ses moyens, notamment par la progressivité effective de la fiscalité.
Le principe de solidarité exige de protéger et de restaurer, quand il le faut, pour le transmettre le patrimoine écologique terre, eau, atmosphère, climat, biodiversité.
Le principe de solidarité exige de donner la première place dans l’action publique aux devoirs d’éducation en moyen et en exigences.
Une société n’est viable que si elle permet authentiquement la mobilité sociale, l’accession aux situations de reconnaissance, d’influence et de responsabilité, les parcours de réussite, quel que soit le milieu social et culturel d’origine.
Le pouvoir n’est pas une domination, il ne peut pas être un monopole. Les institutions doivent garantir à tous les citoyens une vraie représentation et un authentique et équilibre des pouvoirs. L’impartialité est un impératif catégorique de l’État républicain.
Il n’y a pas de justice s’il n’y a pas d’indépendance de la justice.
L’économie ne doit pas assurer seulement la production de biens au plus bas coût, elle doit aussi assurer l’équilibre de la société par l’abondance du travail et la limitation des disparités de revenus. La protection des citoyens dans leur travail et leur épargne exige la régulation notamment des marchés financiers et de l’univers bancaire.
La liberté d’entreprendre et la liberté d’entreprise sont les piliers d’une économie vivante. Les petites entreprises ont droit à une protection particulière.
L’Europe est un moyen précieux de notre influence dans le monde et du progrès de nos sociétés. L’Europe doit considérer que sa mission est de protéger l’intégrité des sociétés européennes et de leurs avancées sociales et pas seulement l’efficacité des marchés.
La France défend un ordre mondial fondé sur l’équilibre de la puissance, l’égale dignité des peuples et leur co-responsabilité dans leur obligation de développement.
Mon cher François, tout ça est bien beau mais il présente deux défauts de taille, au moins à mes yeux. D’ailleurs les deux sont intimement liés.
Tu aimes la langue française, les beaux discours, l’élégance de l’écrit : c’est quelque chose que j’ai toujours apprécié dans ton personnage et que, je crois, parle aussi de la vérité de l’homme au delà de l’apparence du politicien. Cependant, cela te conduit à parler trop, à être inutilement prolixe. Et, dans le cas présent, à te concentrer sur les apparences de la réalité plutôt que sur son essence.
Tu as dit que le clivage est entre ce qui acceptent d’en prendre pour dix ans de cette majorité et de ce Président et ceux qui pensent, comme toi, que cela serait grave. Mais pourquoi tu l’estimes « grave » ? Certes, la réponse détaillée est dans tes livres mais je crois qu’il y en a une, synthétique et pertinente qui fait que moi et toi, nous sommes militants dans le même parti.
Nous croyons à la liberté de l’homme. Et à sa responsabilité. Toi le catholique et moi le mécréant, nous arrivons exactement au même point et c’est ça aussi la magie de l’esprit humain.
Mais, qu’est c’est la liberté ? Je sais que tu n’as pas le temps de feuilleter le blogs pour le plaisir, pourtant c’est une question qui a donnée des débats passionnés. Personnellement, je pense qu’on nie la liberté en deux occasions : quand on met des interdits, a fortiori arbitraires, et quand on ne donne pas les moyens et les opportunités de faire.
Tu évoques le mode de scrutin : il est une évidence que le mode actuel affecte la liberté d’avoir des opinions politiques hétérodoxes et de participer à la vie de la collectivité à certains citoyens. Travaillons pour améliorer la liberté de nos concitoyens.
Tu évoques la progressivité de l’impôt et la solidarité : est-qu’un pauvre ou un handicapé ont le même espace de choix de vie qu’un riche ou qu’une personne en parfaite santé ? Travaillons pour améliorer la liberté de nos concitoyens.
Je pourrais continuer longtemps mais je sais que tu es pressé.
La devise de la France est Liberté, Egalité, Fraternité. Réinterpréter la Liberté, en assurer l’accès égal à tous les citoyens dans le respect de la différence de chacun, voilà en une seule ligne un projet de société novateur.
N’acceptons pas d’être esclaves de l’Etat. N’acceptons pas d’être esclaves des marchés. N’acceptons pas d’être esclaves de la « sagesse conventionnelle ».
Soyons Libres.
Avec amitié et respect.

septembre 9th, 2009 at 16:37
« Tu aimes la langue française, les beaux discours, l’élégance de l’écrit : c’est quelque chose que j’ai toujours apprécié dans ton personnage et que, je crois, parle aussi de la vérité de l’homme au delà de l’apparence du politicien. Cependant, cela te conduit à parler trop, à être inutilement prolixe. Et, dans le cas présent, à te concentrer sur les apparences de la réalité plutôt que sur son essence. »
+1….
Evoquer le mode de scrutin ne sert à rien. c’est à prendre en compte c’est tout. les règles du jeu sont claires , au Modem de s’y adapter….
septembre 9th, 2009 at 17:19
@ europium : pas d’accord du tout. Le mode de scrutin n’est pas fixé par un dieu supérieur. Il est fixé par la loi électorale, c’est-à-dire par le Parlement, c’est-à-dire par le vote des citoyens. Il fait partie de ce dont nous décidons quand nous votons.
Et il est absolument essentiel. On consacre tant d’énergie à réformer la gouvernance des entreprises, des associations, des collectivités locales, et on ne ferait rien pour la pire de toutes, la gouvernance de l’État en France ? Ce serait dérisoire.
Par ailleurs, skeptikos, je suis bien d’accord avec ce plaidoyer pour la liberté. Le combat pour la liberté des personnes est essentiel pour les démocrates. Mais que serait une liberté sans responsabilité ? Quid de la liberté de polluer, de la liberté de se verser des primes exorbitantes aux frais de l’entreprise dont on est mandataire, de la liberté de spéculer sur une monnaie aux risques de l’économie réelle d’un pays entier ?
Pour moi, le devoir des Etats est de traduire la solidarité de destin entre humains, en règles qui les rendent responsables des conséquences de leurs actes. Qui empêchent le « chacun pour soi » d’être destructeur de la maison commune. Qui conduisent les libertés individuelles à être constructives pour la collectivité …
septembre 9th, 2009 at 17:52
« N’acceptons pas d’être esclaves de l’Etat. N’acceptons pas d’être esclaves des marchés. N’acceptons pas d’être esclaves de la « sagesse conventionnelle» « .
Je reprends cette dernière phrase avec laquelle je suis complétement en phase. Mais pire, nous ne sommes pas seulement les esclaves des marchés, de l’Etat, nous sommes esclaves de la pensée unique qui enferme, mure tout mouvement, toute évolution, toute innovation.
septembre 10th, 2009 at 07:39
@FrédéricLN
Pas d’accord du tout car votre approche est trop idéaliste. le parlement représente-t-il tout le spectre de l’électorat français? NON malheureusement…..
Les modes de scrutins vont-ils changer afin de pallier a cela? non, évidemment car le pouvoir en place persuadé d’avoir raison fait tout pour favoriser le bipartisme et qu’une majorité se dégage même si cette dernière représente moins de 50% des suffrages exprimés. c’est un fait, un point c’est tout!!!!
Alors pleurnicher sur les les modes de scrutins ne sert a rien, il faut faire avec? le modem de fixe pas les règles du JEU.
la situations dans les entreprises est différente car ces dernières dans un but de compétitivité pour résister a la concurrence font évoluer leur mode de gouvernance.
les politiques sont dans leur grande majorité dans une logique de carriérisme afin de rester en place coûte que coûte.
je suis un fervent défenseur de la proportionnelle, mais la logique de fonctionnement des deux grands partis français y est fortement opposée uniquement par intérêt.
septembre 10th, 2009 at 07:55
@ Frédéric
Je dis texto « Nous croyons à la liberté de l’homme. Et à sa responsabilité. Toi le catholique et moi le mécréant, nous arrivons exactement au même point et c’est ça aussi la magie de l’esprit humain. ». La responsabilité c’est le pendant de liberté. Ou, plus pertinemment, l’irresponsabilité est le corollaire de la contrainte. C’est toute la différence entre l’homicide et la légitime défense. Mais cela n’a strictement rien à voir avec la solidarité.
Les problèmes que tu évoques tiennent à deux questions, j’en conviens, fondamentales : quelles libertés et quel rôle de l’Etat.
Ma réponse est simple, limite simpliste : les « libertés » à prendre en compte sont celles de la Déclaration des droits de l’homme (sinon pourquoi l’intégrer dans la Constitution ?), le rôle de l’Etat celui d’être arbitre dans les conflits de liberté (et d’assurer autant que possible le même espace de choix à tous).
Il n’y a pas de liberté de polluer, ni de spéculer sur la monnaie.
Je suis démocrate, pas libertarien et la liberté ce n’est pas le foutoir
septembre 10th, 2009 at 15:50
Exact Claudio, mon opinion aussi, la liberté ce n’est pas le n’import Nawak
J’aime votre démarche, à proposer un débat sur ces douze points, je le suivrai mais très busy en ce moment, donc en pointillé.
Amitiés
octobre 13th, 2009 at 06:55
Une tribune dans Libé d’hier éclaire ce débat. En gros, la conception d’hier des responsabilités (individuelles, à hauteur d’homme) ne fait plus l’affaire dans un monde petit et interconnecté (complexe, dirait Edgar Morin).
http://www.liberation.fr/culture/0101596448-responsabilite-le-vrai-nom-de-la-fraternite
Le titre de l’article est d’ailleurs frappant pour nous démocrates (selon le lieu commun qui résume les positionnements politiques à partir de la devise nationale : la droite est pour la liberté, la gauche pour l’égalité et le centre pour la fraternité).