Je reçois cet appel à projet et je me réjouis de la bonne idée du Conseil Régional de l’Ile de France. En effet, depuis longtemps, j’estime que la recherche en économie théorique (axe 4) est largement défaillante dans nos pays : se limiter à la vérification empirique de modèles n’est pas une activité à la hauteur des enjeux. Rappelons-nous que le modèle astronomique de Ptolemée fonctionnait très bien. D’ailleurs il fut considéré comme « scientifiquement vrai » pendant plus d’un millénaire. N’empêche, il était faux. Et il sera utile de remarquer que personne n’avait commencé à chercher les trous noirs avant qu’Einstein les théorise. Normal, comment penser de chercher des données sur un sujet dont on ignore l’existence ?
Autre élément très intelligent de cet appel à projet c’est la mise en lien d’aspects différents mais interdépendants : l’économie de la santé ou l’étude des inégalités ne peuvent pas être décorrelées du cadre théorique de référence.
C’est donc une initiative excellente. D’ailleurs, si vous êtes concernés, ne traînez pas les pieds, l’échéance pour le dépôt des dossiers est le 7 septembre.
Cependant, elle est aussi un signe de la vision étriquée portée par les pouvoirs publics sur la recherche fondamentale (et non seulement). Voyez-vous, je développe justement une théorie du développement dans un cadre de théorie économique non conventionnelle. Normalement, ce travail tombe bien dedans les objectifs de l’appel. Sauf que ce dernier ne concerne que les étudiants des écoles doctorales franciliennes. Normal, c’est la Région qui finance. Par conséquent, j’en suis exclu (inscrit depuis deux ans à Brest). Pas de prise en compte possible de collaborations inter-écoles. Bon, je me passerai de ces financements.
Cependant je m’interroge : est-il normal que, sur des sujets qui sont largement a-territoriaux et fondamentaux pour la collectivité (je rappelle que la politique fiscale, économique, industrielle et même de formation n’est autre chose que l’application d’un cadre théorique de référence) l’Etat brille tellement pour son absence que les régions, chacune avec ses moyens et ses ambitions, doivent jouer les suppléants ? Se livrer une micro concurrence idiote alors que le « système France » (et le « système Europe ») qu’il faudrait conforter.
Décidément, l’inconséquence et le manque d’ambition collective ne sont pas l’exclusivité d’un certain (voire plusieurs) parti(s) politique(s).
Y a-t-il quelqu’un qui a la force de faire autrement ?
