Réunifier l’économie
03 sept
Comme il est notoire, la situation de la théorie économique m’inquiète : je trouve les évolutions récentes d’une grande pauvreté intellectuelle et souvent pétries dans une confiance complétement incompréhensible dans la mesure. Un excès d’empirisme qui montre, à mes yeux, combien les Ecole de Commerce devraient intégrer des modules d’histoire de la philosophie. Que l’on puisse approcher un travail comme celui de l’économiste sans connaitre Hume, Locke, Bentham, Popper (pour ne rester qu’à des philosophes « récents ») c’est une aberration sans nom.
Cela est encore plus pernicieux quand on sait le poids que les idées économiques exercent dans la structuration de l’espace politique contemporain. La « droite » épouse depuis les années 80 l’économie de l’offre. La « gauche » reste fondamentalement keynésienne (ou post keynésienne). Les altermondialistes et autres extrêmes anticapistalistes se calent sur la les théoriciens de la décroissance et sur une lecture incomplète de Karl Marx. L’extrême droite retrace à l’infini son histoire de perversion des approches de gauche radicale.
Par ailleurs, cela reste notre plus grande faiblesse de démocrates : si l’accusation de ne pas avoir un programme et des idées est fausse jusqu’à la caricature, nous n’avons pas porté, ni produit, une pensée économique originale et distinctive. Ainsi, on oscille entre les positions établies par les autres, ce qui donne l’idée d’un ancrage idéologique faible, d’une proposition trop vague et, par conséquent, essentiellement tactique et opportunisme.
Peu importe que cela soit non seulement faux mais également injuste. C’est un fait qu’il est aisé de constater et nous serions bien inspirés de prendre en compte la grille de lecture des électeurs si on souhaite être compris.
Aujourd’hui le domaine de l’économie théorique est néanmoins en mutation : pour citer De Vroey et son « Keynes, Lucas. D’une macroéconomie à l’autre », l’ambition de dépasser la distinction entre macro et micro économie pour revenir à la « théorie écomique » dont on parlait à l’époque de Ricardo et Smith semble être en bonne voie.
Cependant, je crois que ce n’est pas suffisant. Je pense que la pensée économique se portera mieux quand on aura réussi à surmonter le fossé entre l’économie « politique » et celle « d’entreprise ».
C’est peut-être parce que ma formation et mon métier de base ce sont les entreprises et plus en général les organisations (j’ai une spécialisation en management public) et que le fil de mes réflexions m’a porté vers un intérêt théorique que je m’en aperçois. C’est peut-être parce que cette double expérience est relativement rare que j’ai du mal à me faire comprendre.
A moi d’être meilleur.
