Bien voila, le quatrième tome de la trilogie sur les alliances (im)possibles, (im)probables et (il)logiques que le Mouvement Démocrate pourrait envisager de nouer, au premier ou au deuxième tour (parfois au deuxième degré aussi) à l’occasion des Régionales 2010, et plus si affinités.

Ce quatrième volet est dédié à mon opinion sur le sujet. Qui, précisons-le de suite, n’a aucun poids dans le dossier. Je rappelle également que je ne suis pas candidat à l’investiture, au cas où, quelques mauvaises langues …

Bref. D’un point de vue abstrait, de réflexion sur un coin de table (ou de comptoir, d’ailleurs), les trois hypothèses se tiennent. Politiquement, c’est une autre histoire.

Partons de l’hypothèse moins compliquée à mettre en place : un rassemblement des centristes. Je crois que, pour séduisante que cette opportunité puisse paraitre à un certain nombre de mes amis, cela serait plus qu’une erreur. Cela serait une faute politique. Les fractures sont récentes, les blessures profondes. Et la simple mémoire d’un passé commun ne constitue pas, à mes yeux, un centre de gravité suffisante pour une convergence solide et durable. Car les faits ont montré qu’il n’y avait pas une famille centriste mais au moins deux, tout comme il y a au moins deux droites et deux gauches. Que partages-je avec un Hervé Morin ou un Jean Artuis ? A plus près les mêmes choses que je partage avec Xavier Bertrand ou Benoit Hamon. A vous de juger. Je ne les blâme pas pour être partis, mais je regrette la volonté affichée de nuire qui a été la leur. Cela signerait également le divorce de l’électorat, déjà un peu étriqué, qui est le nôtre aujourd’hui. D’ailleurs, il y a eu des candidats aux législatives pouvant se maintenir qui se sont désisté pour l’UMP : la gauche a gagné. Il y en a qui ont été élu aussi avec des voix de gauche et qui ont préféré tourner le dos à leurs électeurs. Sans oublier que la stratégie « Union Centriste » a été celle des sénatoriales, avec l’énorme succès qu’on connait. Les faits sont plus têtus que les opinions. Si c’est le choix de mon parti, je le respecterai. Mais cela serait un très mauvais choix.

Venons à l’ouverture vers la droite. Je vous avoue que travailler avec une certaine droite ne me poserait aucun problème, notamment à une échelle locale. Cependant cette droite est tellement invisible (ou presque), inaudible (ou presque) … Et surtout ses ténors ne songent aucunement à sortir du cadre de la majorité présidentielle, visant plutôt l’essoufflement et la patience. Donc, cela manque simplement d’objet.

Et enfin le positionnement de « UDF de centre-gauche« . Déjà, plutôt qu’une alliance, cela serait une convergence d’électorats : Cohn-Bendit ne s’y trompe pas d’un iota déplorant le « sectarisme latent » du parti dénommé « Les Verts ». Mais, justice oblige, le même sectarisme latent, et parfois affiché, existe également dans le parti dénommé « Parti Socialiste » tout comme dans celui dénommé « Mouvement Démocrate ». On pourrait se dire : c’est bien, l’électorat fout un coup de pied dans les boutiques politichiennes, les force à bouger. Mouais … il y a néanmoins un problème.

Je ne veux pas faire rabat-joie mais je ne peux faire l’impasse sur une mise en perspective.

Le Club de Rome, c’est 1968. Son célèbre rapport « Halte à la croissance » c’est 1972. Tiens, que faisait ce rapport à 23 ans ? Eh bien, en 1995 … il était considéré comme obsolète, une lubie d’intellectuels catastrophistes n’ayant pas su tirer enseignement de l’échec des prévisions de Malthus. Et vraiment on n’a rien d’autre que de la décroissance à proposer à nos concitoyens ? Une planification économique à l’inverse ? Une goutte de sueur froide perle mon front à l’idée des efforts en termes de contrôle des comportements … un monde qu’aurait ravi Orwell. Le concept de développement durable a bon être, théoriquement, fondé sur l’équilibre entre les sphères environnementale, économique et sociale, la pratique des faits montre combien cet équilibre n’a rien d’évident. Vous me direz, c’est la faute des hommes. Soit (je suis largement moins que convaincu) mais qu’est qu’on fait, on change les hommes ? Permettez-moi de dire que cela a été déjà tenté plusieurs fois et que les résultats ont été … ehu … disons … décevants.

Les plus honnêtes des intellectuels prêtés à la politique l’ont reconnu. Y inclus au Mouvement Démocrate, d’ailleurs. On doit inventer de toute pièce (ou presque) une nouvelle manière de vivre et aucun des modèles à notre disposition n’est réellement pertinent. Les Cohn-Bendit, les Lepage, les Peillon, même les Bayrou et les Duflot, je crois qu’ils le savent. Mais, si l’effort de réflexion est important, point de solutions convaincantes à mettre, immédiatement et de manière opérationnelle sur la table.

Tout cela a deux conséquences. La première est qu’un parti responsable ne peut se permettre de chevaucher bêtement le glissement de la sensibilité de l’électeur, car on connait les limites de la démarche. La deuxième est qu’on a pas de « projet » sur le quel discuter mais au mieux d’idées générales sur un projet. Ce type de discussions n’ont pas vraiment leur place dans des discussions d’alliances. Il m’est avis que le lieux pertinent serait plutôt le débat au sein d’un grand parti populaire à vocation majoritaire structurant l’espace politique du XXIème siècle.

On somme tout cela à la « réforme » des collectivités territoriales et on s’aperçoit qu’on a des Régions qui, dans leur équilibre actuel, sont en fin de vie, des mandats probablement raccourcis, un système électoral qui donnera une grosse prime à l’implantation territoriale des partis et des candidats, des enjeux importants mais des moyens limités, une présidentielle qui va bloquer la machine publique pendant les deux années centrales du mandat régional, des projets à repenser …

Dans ces conditions, des alliances ? Est-que c’est vraiment raisonnable ? Est-que c’est vraiment opportun ?

Je suis plus que réservé sur les réponses à ces questions.

Voter !

4 Comments on “Alliances démocrates, suite et fin (ou pas ?)”


  • Fais tu allusion à Démocratie Libérale en parlant de François goulard ? Je sais d’ailleurs d’un ami que le Parti Libéral démocrate et alternative libéral vont s’allier avec Jean Arthuis pour les régionales. Si cela peut encore piquer des voix au Nouveau Centre :)


  • Malheureusement, plus personne ne veut s’allier avec le modem, car il pèse de moins en moins. Les régionales vont être délicates, reste la future présidentielle pour FB.


  • Bonjour Claudio,

    Bonjour à toutes et à tous,

    Pour concevoir un nouveau modèle politique il faut commencer par acter les impasses dans lesquelles se sont engagées les « vieux » partis historiques.

    Ma théorie (toute personnelle bien sûr) est que les partis ayant intégré un modèle de répartition de la production économique sont obsolètes, tout comme ceux qui s’en définissent par antithèse. J’explique un peu ma pensée…

    Selon ma grille de lecture et de compréhension, le communisme, le socialisme ou le capitalisme sont des modes de production et n’ont rien à faire dans la définition d’une politique. Leurs pendants politiques sont le totalitarisme, la démocratie ou l’anarchie (anarchie au sens politique et non au sens état de désordre). On devrait donc, pour éviter de sombrer de nouveau dans l’archaïsme, commencer par définir la forme politique d’organisation de la société que nous voulons. cette nouvelle construction politique devrait alors abolir comme valeur centrale le travail qui est aujourd’hui devenu plus une forme d’aliénation ou d’exclusion que de réalisation.

    Ce serait selon moi la seule façon de construire une alternative politique crédible en plaçant au centre de nos objectifs et de nos valeurs celle qui fait profession de foi pour les démocrates, l’humanisme.

    La question est donc la suivante : en aura-t-on le courage ? C’est parce que j’ai cru à un tel développement politique que j’ai adhéré au MoDem. Pour remettre l’homme au centre de la société et non pas en disposer selon les besoins de l’économie.

    PS : je suis adhérent MoDem finistère et nous nous sommes croisés à de multiples reprises lors de réunions sans pour autant jamais entrer en contact direct.


  • @ José
    Ravi de voir un finistérien par ici :-)

    Je comprends votre observation et je crois que nous partageons largement ce point de vue. Peut-être qu’on utilise des « étiquettes » différentes mais le fond reste proche.

    Dans ma « Contribution au débat » (que vous pouvez demander à votre responsable de circonscription) j’écris :

    A noter que, toute différence gardée, les deux discours [UMP - PS] vont rester probablement centrés sur les entreprises, les structures, demandant aux volets « sociaux » la gestion de l’humain dans la crise. Je crois qu’il y a là quelque chose de profondément inacceptable pour un Mouvement authentiquement humaniste : la personne y est absente. Sa capacité à inventer, progresser, rebondir est absente. Sa capacité à être corps social, territoire, moteur de projet est absente. Cet espace vide constitue un créneau auquel nos électeurs potentiels sont sensibles et dans lequel le positionnement « ailleurs » ou « devant » du MoDem peut prendre toute sa consistance.

    @ Disp
    Et alors ? C’est bien qu’ils montrent à quel point le « sectarisme latent » (DCB) n’est pas si latent que ça …

    @ Luc
    Je prends juste l’exemple d’un député-maire ump qui râle et râle et râle encore …