Beaucoup de gens se sont émus de la possible (probable ? certaine ?) élection (nomination ?) de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD. Pour autant la question est extrêmement simple si on prend l’optique de la liberté.

Selon l’approche « orthodoxe » de la liberté, la liberté dite négative, la liberté comme absence de contrainte, on doit constater que rien n’empêche tout un chacun de postuler pour la direction de l’EPAD. Par conséquent, le pistonnage du fils du Président (on est bien d’accord, un autre Jean Sarkozy, 23 ans, étudiant en droit n’aurait pas causé le même tabac) ne peut être vu que comme le produit d’un comportement immoral (le népotisme). Ainsi, le problème est identifié dans le comportement individuel. Le Président pouvait faire un autre choix que « soutenir » son enfant, il a choisi. Donc il est coupable.

Si cela semble bien logique, cette vision laisse planer une illusion pernicieuse : avec d’autres personnes, au comportement plus moral, tout serait résolu. Je crois, je le redis, que c’est une illusion pernicieuse. J’y reviens tout de suite.

Si on approche le sujet dans l’optique de Sen, des capabilités, des libertés positives, le regard change. Jean Sarkozy a, manifestement, la capabilité de prendre la tête de l’EPAD. Il n’est probablement pas le seul mais il est tout aussi évident qu’une grande majorité de français n’ont pas un accès réel à la possibilité réelle de prendre ce poste. L’espace réel de liberté est différent d’un individu à l’autre. Le nier en raison de la confusion entre une vision philosophique de l’homme « qui nait libre et égal en droit » et la réalité des sociétés humaines rend vide de sens le mot « politique ».

Je discutais avec Abdoulatifou Aly en marge de l’UR de la Grande Motte de ce point précis : je crois que l’objectif ultime d’une politique démocrate devrait être de permettre « au plus grand nombre » (clin d’oeil à Adam Smith) de jouir du plus grand espace de liberté. Je trouve que c’est une formulation plus complète et pertinente de l’égalité des chances. Car l’égalité des chances peut être également poursuivie en réduisant les capabilités d’une partie de citoyens. C’est un peu le débat sur les différents quotas et autres discriminations positives.

Donc, plutôt que de pointer le comportement immoral du Président (des banquiers, des traders, des managers, des conducteurs de voitures, des fumeurs, des agriculteurs, des faucheurs d’OGM …), l’approche « à la Sen » permet de se poser la bonne question : pourquoi une situation de ce type se produit et, notamment, se reproduit.

Ce qui en emmène une autre.

Mais Sarkozy (Nicolas) avait (et a) vraiment le choix ?

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