Délusion italienne
26 oct
C’était dans l’air, maintenant c’est une réalité. Le Parti Démocrate italien a choisi son nouveau numéro un : Pierluigi Bersani.
Voté par la majorité absolue des inscrits et par la majorité absolue des sympathisants au cours de primaires (bien que des journalistes aient montré des failles dans le procédures car ils ont pu voter plusieurs fois et même dans le même bureau de vote), il est sans doute légitime.
Cependant, je trouve que ce choix représente un recul inquiétant.
Le Parti Démocrate était né de la fusion des Démocrates de Gauche (que pour simplicité on assimilera au PS) et des centristes à tendance humaniste et démocrate de la Marguerite (une espèce d’aile gauche du MoDem, mais c’est un gros raccourci). L’idée étant de structurer une offre politique « démocrate » (Walter Veltroni, initiateur du projet a toujours été un fan de Kennedy) à vocation majoritaire, capable à la fois d’offrir une alternative au berlusconisme et de ne pas être soumise au chantage de la gauche radicale dans une logique d’alliances à tout prix.
Pour mémoire, s’il est vrai que Prodi gagna deux fois les élections (et trois défaites, mais Prodi n’était pas candidat) il est autant vrai que pour 2 fois il tomba bien avant la conclusion de la législature.
Avec Bersani, à en croire ses arguments de campagne, la vocation majoritaire est abandonnée et on revient à la saison des alliances. De même, avec Bersani l’équilibre du parti revient clairement dans le giron de la gauche : ce sont les héritiers des DS (à son tour héritier du PCI) qui ont été sacrés. Ceux mêmes qui, ce n’est qu’un avis personnel, ont sabordé la présidence Veltroni par crainte de perdre des rentes de position importantes (et quand on connaît les soutiens de Bersani … bref, passons à autre chose avant de se choper une plainte pour diffamation). Ceux-mêmes qui ont tout fait afin que les députés européens du PD siègent dans l’ancien PSE, maintenant S&D, avec par conséquence l’affaiblissement du PDE et, indirectement, le glissement de l’ADLE sur les positions de l’ELDR.
En somme, ce n’est pas une bonne journée pour ceux qui, comme moi, se cassent la voix à crier le besoin de donner structuration et représentation à l’espace politique qui existe hors des clivages du XXème siècle.
Certes, on me dira, avec les primaires les électeurs se sont exprimés et Bersani a été jugé le meilleur. Certes, mais combien de gens ont voté à ces primaires ? Soyons généreux, disons trois millions de personnes. Ce qui est beaucoup. Sauf que, si aux prochaines élections le PD ne touche que trois millions de voix cela risque fort de faire un pourcentage à un seul chiffre.
Comme j’ai eu occasion de dire ailleurs, j’ai été un électeur du Parti Démocrate. Aujourd’hui je m’interroge sans beaucoup d’espoir sur le futur politique de celui qui reste, malgré tout, mon pays.

novembre 1st, 2009 at 10:35
Il semblerait que Francesco Rutelli ait tiré les mêmes conclusions que vous sur le glissement simplement à gauche du PD (http://www.francescorutelli.it/index.php?option=com_content&view=article&id=103:corriere-della-sera-intervista-margherita-pd-bersani-casini-dalema-franceschini-giovanni-paolo-ii-&catid=3:quotidiani-periodici&Itemid=5)
Sinon, j’aurais une question concernant ce billet : vous qui êtes un connaisseur de la chose politique italienne, vous ne qualifiez pas la Marguerite de parti démocrate-chrétien. C’est une appréciation personnelle ou un positionnement propre à ce parti ?
novembre 1st, 2009 at 11:50
Oui, j’ai lu l’interview de Francesco Rutelli et je la partage en grande partie. Maintenant, je ne suis pas certain que la confluence dans/avec l’UDC de Casini soit vraiment une grande idée mais bon, s’il le fait, c’est qu’il a ses raisons.
Sur la Marguerite … ou plutôt sur les démocrates chrétiens.
A risque de choquer dans mon propre parti, j’estime (c’est donc personnel) que « démocrate chrétien » ne veut pas dire grand chose. En Italie, où la Démocratie Chrétienne (nom du parti) a été au pouvoir sans interruptions de 1948 jusqu’au scandales des années 90 qui balayèrent deux tiers de la classe politique et qui entrainèrent la disparition pure et simple du parti, on retrouve des ex-DC simplement partout.
Avec la Ligue, avec AN et FI (maintenant PDL, le parti de Berlusconi), bien sur avec l’UDC (proche de l’UDF « à l’ancienne ») et la Marguerite, avec les nombreux « buisseaux » de centre-gauche plus ou moins éphémères, avec l’IDV de Di Pietro et même avec les Démocrates de Gauche (fusionnés avec la Marguerite dans le PD). Et, en même temps, dans tous ces partis existent des courant pleinement laïques, voire radicalement opposés aux références « religieuses » dans la vie publique.
On a pu voir ces déchirements transversaux au cours des débats sur la bioéthique ou le cas Englaro.
Par conséquent, j’estime (à nouveau personnel bien qu’étayé) que la référence « démocrate chrétienne » n’est pas pertinente pour définir le positionnement d’un quelconque parti en Italie.
Ensuite, je comprends que tout le monde s’en réclame : selon une étude qui désormais date un peu (3 ans je crois) le symbole de l’ancienne DC vaudrait encore, à lui seul, entre 3 et 4 % de l’électorat … (oui, le vieillissement a des impacts politiques importants)