Hier soir, ou plutôt aujourd’hui, à peine la minuit passée, j’ai enfin envoyé ma « Proposition au débat » en vue des élections régionales, notamment en ce qui concerne les approches économiques.

C’est une proposition que j’ai décidé d’assumer seul, bien que je me suis fait un point d’honneur de permettre à tous les adhérents de s’exprimer. Deux réunions ont été organisées dans les deux villes principales du département et un brouillon intermédiaire a été mis à la disposition, via les référents locaux, de tous les adhérents pour observations et retours.

A cette occasion j’ai pu encore une fois mesurer le décalage qui existe entre ma vision du fait économique et les approches majoritaires dans mon parti, tant au niveau des adhérents qu’à celui de mes amis et collègues de la commission économie nationale. C’est un décalage dont je suis conscient depuis longtemps et que c’est tout à fait normal : là où je me concentre sur la construction d’un modèle hétérodoxe, la plus part des économistes (et par conséquent la majorité des commentateurs, des formateurs et des acteurs) sont focalisés sur l’application de modèles existants. Déjà à l’Université de Cap Estérel (2008), j’avais signalé à Jean Peyrelevade mon souci de ne pas être élément perturbateur. Aujourd’hui je fais le constat que la diversité de langage est telle que le débat ne peut pas s’instaurer. En tout cas, il ne s’instaure pas. Je devrais peut-être réfléchir à quitter la commission économie. Je vais y penser sans presse.

Je suis à plus près sur que ma proposition au débat sera jugée décevante par la plus part de ses lecteurs : elle ne répond assurément pas à l’image qu’ils se font de ce qu’un document de programme économique devrait être. En quelque sorte, il s’agit d’un document « non conforme« .

En effet, j’ai refusé de prendre position de façon explicite sur tel ou tel dossier : j’estime que le catalogue d’actions ne fait pas un programme. En revanche j’ai souhaité proposer des critères pour la décision : c’est ma vision de ce que « le fond » devrait être. Cela me vaudra probablement un jugement d’apport général, confus et inutile. Je l’accepte dès maintenant.

Je vais faire un exemple : le problème des algues vertes. Dépassé le stade de constater que la compétence primaire sur le dossier est étatique alors que les citoyens demandent à la Région de s’en charger, quoi faire de concret ? Mettre en place des filtres à nitrates ? Bloquer les exploitations polluantes (agricoles et non) du bassin versant ? Commander un reportage à Yann Arthus-Bertrand ? Ce que je propose est, plus simplement, de reconnaitre qu’il y a un problème de santé publique (car on a des évidences de malaises humains répétés, voire un décès suspect) et qu’il faut le traiter en tant que tel. Flou ? Je ne crois pas et je ne serais pas discourtois au point de penser que des élus et/ou des candidats ne connaissent pas les obligations en matière de santé publique.

Avec la remise de ce travail, une phase s’achève : pour moi les élections régionales s’arrêtent aujourd’hui. Ce n’est pas vraiment une décision, d’ailleurs, mais un constat. J’ai fait le choix, que je continue à considérer juste, de jouer pour le collectif et de ne postuler que aux postes où j’estimais pouvoir faire un bon travail. Je ne le regrette pas, même si cela me coûte aujourd’hui en termes de visibilité et de marges de manœuvre. Ça doit être mon côté homme de sport : hors l’équipe, pas de salut. Mais cela a des conséquences pratiques.

Je n’ai, en l’état, aucun moyen d’influencer la trajectoire du Mouvement : ni mon rôle de Conseiller Départemental ni celui de membre de la Conférence Nationale ne permettent, dans la pratique des faits, d’avoir des mots utiles à dire. Alors, sauf modifications imprévues du contexte, pour ce tour c’est déjà terminé.

D’ar c’hentañ tro, neuze, comme on dirait par ici.

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22 Comments on “J’ai remis « mon » travail”


  • J’aimerais bien connaître le contenu de ce travail pour les régionales.


  • Les algues vertes sont effectivement un problème de santé publique….


  • Cher ami,

    Tu écris: « Aujourd’hui je fais le constat que la diversité de langage est telle que le débat ne peut pas s’instaurer. En tout cas, il ne s’instaure pas. Je devrais peut-être réfléchir à quitter la commission économie. Je vais y penser sans presse. »

    Mais ton blog, C’EST la presse, puisque tu publies. Mais n’aies crainte, je partage profondément ton point de vue.

    Tu viens d’Italie, je vis en Allemagne, nous avons tous les deux un regard extérieur sur le pays que ne peuvent avoir ceux qui ont bu le lait maternel de l’Education nationale puis des « Grandes Ecoles » ou de l’Université. Ils ont ce dont ils sont fiers « une méthodologie » – qui les fait tourner en rond dans de petits tiroirs…

    Ils ne sont pas capables – pour la plus grande majorité – de penser de manière latérale, en prenant en compte toutes les composantes d’un problème. Ils ne pensent qu’en « tiroirs » sans regarder hors des bords de celui-ci. C’est assez effarant pour qui connaît un autre mode de pensée transversale.

    Je pense que tu t’épuiseras, comme je l’ai fait, à essayer de faire penser autrement, hors des bords, mais c’est impossible. Ils te regardent de haut, avec leur « méthodologie », et te prennent pour un « nul »…

    Passe plutôt ton temps pour la Recherche , qui elle est internationale, pour ta famille…

    A mon avis, ce pays n’a pas encore suffisamment souffert pour vouloir changer. Il n’y a RIEN à faire.


  • j’ai vu ton article j’ai remis mon travail et ta déception ; ok, on a du mal à penser « politique » et je le constate aussi et c’est décourageant ; pour moi, c’est une question de « savoir penser politiquement », c’est-à-dire de façon globale, transversale et historique, prenant l’ensemble des paramètres, cherchant les véritables causes et prévoyant à long terme la suite, pas au coup par coup traiter les symptômes ; ce n’est pas une affaire de méthode (la méthode n’est qu’un outil au service de qq chose, outil que l’on peut aussi adapter), c’est plus une question de formation et de culture, liée également à l’évolution de notre société où l’on est plus dans la réaction immédiate, la recherche absolue de solution avant même de poser le vrai problème. Ceci est général , et n’est malheureusement pas exclusif au MoDem. je le déplore et, régulièrement, j’agis contre ça, par la répétition au niveau local (certains militants commencent à entendre et évoluer en ce sens, mais c’est une attention constante à avoir), par des écrits dans certains groupes ou commissions, et aussi en m’adressant directement en haut lieu. Cela ne sert à rien de se taper la tête contre les murs pas plus que de fuir qui n’apporte rien ; c’est une action lente, répétitive et pédagogique (non agressive) qui peut, à terme faire bouger.
    Nous sommes plus nombreux que tu ne le crois à penser et faire ainsi. J’attends l’arrivée de Robert Rochefort en responsabilité des commissions pour voir si ça change, car il est plus sur ces axes de travail.
    en attendant, évitons de désespérer et soutenons-nous dans ces démarches, mais avec modestie, car parfois nous pouvons aussi rater des aspects du problème.
    à +
    Nicole de Sète
    participante à la commission sociale et vie en société, où je me retiens pour ne pas piquer trop de colères ! …. je prépare un document sur l’évolution des politiques sociales et familiales, sens et enjeux, car je suis effarée de la méconnaissance de ceux qui font des propositions


  • @Claudio,
    Effectivement vos travaux sont peu adaptés à un travail en commission, vous devriez dans le meme temps prendre contact avec RR qui préside aussi un Think Tank, l’observatoire, un certain doc dommage qu’il soit parti en serait heureux je pense.
    Amitiés


  • @ Danièle
    ah mais je disais « sans presse » dans le sens de sans être pressé :-) Voici un extrait du CNRTL :

    Action de se hâter, le fait d’être pressé, impatient. Je ne suis pas plus avancé pour de Maistre: pas un document de ceux que j’attendais ne m’est venu (…). Un beau jour, de guerre lasse, je décrocherai; mais il n’y a pas de presse (Sainte-Beuve, Corresp., t.4, 1841, p.105). Quatre fois par jour, les détenues de la salle ébranlant de leurs sabots les escaliers, apparaissaient (…), leur figures hagardes, la presse de leurs besoins physiques (E. de Goncourt, Élisa, 1877, p.257). Je n’ai rien perdu, à mon âge, de ma fièvre, de ma presse, de ma hâte en toutes choses (Léautaud, Journal littér., 3, 1921, p.375).

    Sinon, m’épuiser … non, je crois que j’ai dépassé ce stade.

    @europium
    tiens, on est d’accord parfois :-)

    @Yann
    Je ne peux pas le rendre public. Tu es adhérent ? Rapproche toi dans ce cas des jeunes d’Ille et Vilaine, ils devraient en avoir une copie.


  • @Claudio,
    Je n’avais jamais croisé Nicole, j’ai bien aimé « son coup de G  » elle parait intéressante :)


  • @ Nicole:
    J’ai aimé lire votre contribution. Surtout:

    « pour moi, c’est une question de « savoir penser politiquement », c’est-à-dire de façon globale, transversale et historique, prenant l’ensemble des paramètres, cherchant les véritables causes et prévoyant à long terme la suite, pas au coup par coup traiter les symptômes ; »

    Je dirais « savoir penser » tout simplement et pas seulement « politiquement ». Depuis l’école primaire, les enfants français apprennent à penser en « tiroirs », sans apprendre la transversalité, le regard en arrière (historique d’une chose), en avant, en examinant les détails des causes.

    Non, on apprend par coeur en oubliant de penser. Que ce soit en mathématiques (vous comprendrez plus tard) ou en droit (spécialisation sans transversalité, c’est la formation des avocats, il faut faire appel à des « confrères » qui eux sont spécialistes d’autres domaines…), en Histoire (en « oubliant » d’étudier l’Histoire vue par les autres pays ou continents), etc. etc…

    C’est un mal français qui vient de l’Education de tout un pays.

    Alors comment voulez-vous que les « politiques » pensent autrement? Ils n’ont que la prochaine élection, le court terme, leurs « électeurs » en vue, et non le pays et ses citoyens. Impossible de planifier sur le long terme en pensant de manière transversale et complexe.

    « ce n’est pas une affaire de méthode (la méthode n’est qu’un outil au service de qq chose, outil que l’on peut aussi adapter), c’est plus une question de formation et de culture, »

    Oui, c’est la formation et la culture.

    Ce qui rejoint ce que j’exprimais plus haut. Et la formation suit, en France, une « méthodologie » que prônent les enseignants. Je pourrais écrire des pages entières à ce sujet tant la marque de la pensée irrigue toute l’Education du pays. Le tout étant renforcé – et justifié – par le système des « Grandes Ecoles », une aberration au niveau national et international, mais qu’il est tabou de toucher.


  • @ Martine

    Oui (pour RR) et oui (pour Nicole ;-) )

    @ Nicole
    Bienvenue par ici. Votre commentaire est très intéressant. Je me permet simplement un bémol. Il n’y a pas de déception dans mon esprit. Du détachement, ça oui. Et un regret : que les difficultés de partager un langage m’aient rendu difficile, justement, d’identifier ce que j’ai raté des problèmes. Car je suis le premier à savoir le poids de ce risque.

    Un jour, peut-être, j’écrirai sur les raisons qui m’ont poussé à rentrer en thèse ….


  • @ Nicole:
    L’Education selon la maxime « JE pense donc JE suis » ou « connais-toi TOI-MEME » produit des « individualistes » avec peu de volonté de cohésion sociale et sentiment d’appartenir à un groupe qui est dans le même bateau.

    Alors que la maxime de Kant dans son « Impératif catégorique »: « Agis de sorte que tous tes actes puissent devenir une loi universelle » qui est la base de toute la cohésion sociale du Nord de l’Europe amène dès la plus petite enfance la vision de la société à laquelle on appartient. L’enfant de 2-3 ans se pose donc la question: « Si tout le monde faisait ce que je veux faire, comment serait mon entourage? » Il se sent partie prenante de la société à laquelle il appartient.

    C’est un vaste débat avec une importante implication dans toute une société.


  • CP a écrit
    « @europium
    tiens, on est d’accord parfois »

    Nous sommes souvent d’accord mais notre logique du détail fait que nous débattons que sur nos contradictions et notre façon de penser différent… a quoi ça sert d’intervenir pour dire je suis d’accord, c’est une perte de temps….


  • http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/environnement/20091021.OBS5280/algues_vertes__le_prefet_vise_les_agriculteurs.html

    a propos des algues vertes, le préfet a raison….. mais changer un des fondements de l’économie Bretonne, est-ce réaliste?


  • Laisser proliférer un danger pour la santé de tous afin de protéger l’existant de quelqu’un, est-il responsable ?

    Le problème est que l’on cherche des boucs-émissaires. Excellent méthode pour braquer tout le monde et ne pas avancer.


  • Je pense que le problème des algues vertes est un excellent cas d’école mis en exergue par la société actuelle : le « combat »entre l’écologie objective et le réalisme économique. les deux sont-ils compatibles en ces temps de crise économique, même or période de crise?

    la seule seule solution pour endiguer la prolifération des algues vertes est le développement d’une autre économie en Bretagne c’est à dire mettre fin a l’agriculture et l’élevage intensifs, mais est-ce réaliste?

    Si on considère que les algues vertes sont un problème de santé publique, comme en médecine il faut s’attaquer à l’origine du mal : l’utilisation d’engrais et la production de lisiers….

    Beaucoup de questions mais peu de réponses sur un sujet aussi complexe….


  • Tiens un préfet d’accord avec moi :)
    Oups, je sors


  • @Claudio,
    La clef réside peut-etre via le traitement des problèmes laitiers ?


  • Un anecdote peut être utile.

    En 1999 je travaillais à Novara, où sont situés un nombre important d’usines pharma-chimiques qui plus est noyés dans un tissu pleinement urbanisé. Je ne sais pas si le droit en France est similaire à l’italien dans la matière mais le contraire m’étonnerait, vu le sujet.

    Un jour, une fuite de gaz (non toxique mais extrêmement puant) se produit dans un réservoir. Le Maire dut fermer temporairement l’usine. Car le risque potentiel pour la santé et la sécurité était élevé (les autres réservoirs contenant du gas nettement moins odorant mais aussi plus dangereux). Peu importe que l’usine ait risqué de perdre des contrats et qu’une centaine de salariés ait vu leur job en danger.

    Il fallait faire des contrôles (c’est la loi) et ils ne pouvaient être faits qu’à l’arrêt.

    En revanche tous les acteurs se sont mobilisés pour faire très rapidement leur job, et cela, en plein été, ce fut un vrai exploit.

    Résultat des courses : l’usine put montrer à ses commanditaires que le retard aurait été très faible et avoir un délais sans pénales.

    La santé de tous (ville à 100.000 hab, dont 40.000 environ dans le quartier concerné plus directement) a été protégé et l’économique sauvegardé.

    Je pense que c’est une bonne façon d’approcher les choses.

    Sans oublier que le phénomène « algues vertes » ne concerne pas uniquement la région de Plestin évoquée par le Préfet mais un nombre très important de site côtiers, y inclus en présence de faible activité agricole.


  • Pas d’accord du tout avec CP. Son anecdote n’ a rien a voir avec le problème des algues vertes. Arrêter une usine c’est facile…. le problème des algues vertes est ultra complexe.faut-il arrêter l’agriculture et l’élevage en Bretagne? Ca permettrait au moins de savoir pendant combien de temps les sols saturés vont relarguer des nitrates….

    Pour arrêter la prolifération des algues vertes il faut atteindre une concentration en nitrate inférieur a 10mg/l . Est-ce réalisable avec une agriculture et un élevage intensifs?

    La proposition de ramasser les algues vertes en mer est stupide comme certains l’ont démontré, donc pour gérer le problème il faudrait s’attaquer a l’origine de la pollution qui est liée a l’utilisation abusive d’engrais mais indispensable a une agriculture intensive.


  • Les problèmes laitiers ont eu des répercussions bien antérieures aux notres, en Suisse par exemple :) )))
    Disparition des petites exploitations au profit de plus grosses…
    Che vrai koaa, faut « thinker big » !
    Oups, vais jouer les im-pertinantes ailleurs, dsl Claudio pas su résister


  • @europium
    n’empêche, c’est bien de l’équilibre/conflit entre santé publique et économie dont on discute …

    @Martine
    méchante :p


  • Oui Claudio, c’est exactement le débat, mais aussi l’ Etat n’a pas à assumer l’irresponsabilité de certains acteurs.
    Car à mon sens les agriculteurs ne sont pas seuls coupables.
    @+


  • Je suis atteri sur ton site via , il est vraiment bien ! Je t’ai ajouté dans mon igoogle :-D