La Roue de l’Histoire

Le constat est sans appel : à même pas 40 ans, je suis vieux.

De toute manière, je suis vieux depuis tellement longtemps que j’ai oublié le jour où cela m’est arrivé de vieillir. Peut-être, ce jour le long de la voie ferrée, Antonio. Où quand j’ai découvert ton destin, Massimo. Ou encore, et peut-être encore, grand-père. Qu’importe : c’est comme ça.

Et un vieux, c’est connu, ça radote. C’est chanceux, d’être vieux.

Et c’est connu, le vieux n’aime pas les jeunes. Vous savez, ces jeunes de 20 à 90 ans (et plus) qui remplissent le monde contemporain. Agités à défaut d’être énergiques. Maniérés à défaut d’être brillants. Verbeux à défaut d’être profonds.

Et quel meilleur point d’observation, pour un sceptique, de l’arène politique ? Tout l’Homme y est. Toute l’Histoire de l’Homme. Toute l’Histoire de la Pensée de l’Homme. A chaque époque, son philosophe de référence. Aujourd’hui la modernité s’appelle Hobbes. J’ai toujours préféré Sénéque, au moins sur coup là. Je suis vieux. Ah, je l’ai déjà dit. Excusez-moi, je radote. Ah, je l’ai déjà dit, aussi.

Non parce que il ne faudrait pas pousser le stoicisme trop loin. Vieux. Pas vieuxcon. Le scepticisme, en revanche … ah si seulement ces jeunes avaient cette graine de sagesse … Ah oui, ils sont jeunes, j’avais oublié. Même à la retraite, même en carrière. Surtout en carrière. Dommage, car les illusions ne sont pas les rêves. Bien qu’il puissent y rassembler à l’œil peu expérimenté. Et Pyrrhôn vous le dira, tout ce que vous voyez est, peut-être, une illusion.

Mais j’en conviens, pour échapper au pièges des illusions et trouver la voie de ses rêves il faudrait une âme. Vous savez, ce truc vieuxjeuetdémodé sur lequel Descartes s’est cassé la figure. L’âme, quoi. Ce truc que ces jeunes n’ont pas. Qu’ils ont décidé de ne pas avoir. Trop lourde, encombrante et emmerdante. Mieux courir, et sans âme on est plus légers. Cyniques et fiers de l’être ils oublient néanmoins que Diogène ne voyageait jamais sans lanterne. Eärendil, négligée, s’est endormie. Nihil est maître.

Il se raconte qu’on dansait au palais de Néron pendant que Rome était dévastée par l’incendie. Qu’on dansait sur le Titanic. Qu’on dansait dans le QG de la Berlin nazie.

Qui est prêt pour la dernière danse ?

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