Les chemins des démocrates
24 fév
Je réagis au billet de Frédéric, que je trouve intéressant. Il nous dit, je cite :
Et avec le recul, donc, il me semble évident qu’en termes de stratégie politique, trois chemins sont possibles pour les démocrates :
- soit devenir majoritaires contre ces deux forces politiques que nous jugeons dangereuses pour le pays (Cf. les accords proposés par F. Bayrou aux écologistes, et rejetés aussitôt par les Verts) ;
- soit nous associer à une gauche qui accepterait de renoncer à l’irréalisme socialiste (Cf. le projet de « Rassemblement » ou de « parlement de l’alternance » capable d’accoucher d’un projet alternative) ;
- soit nous associer à une droite qui ferait une conversion à 180°, revenant aux valeurs républicaines et rejetant le sarkozysme, ses réseaux, sa doctrine, sa pratique politique, ses orientations, ses budgets, et j’en passe.
Ces trois chemins seraient tous trois honorables et prometteurs pour le pays. Si nous faisons passer nos valeurs et notre projet démocrate en première priorité, nous n’avons aucune raison d’exclure aucune de ces trois options.
Je crois qu’il a raison et qu’il se trompe en même temps. Car il voit juste mais il ne va pas au bout de l’analyse.
Est que le chemin 3, est faisable ? Tout d’abord, cela implique de considérer le sarkozysme comme un accident de l’histoire. C’est possible, mais je n’y parierais pas mes sous. Plus simple, la « droite » veut gagner, ce qui est parfaitement légitime au demeurant. Ce qui implique qu’elle ne changera pas de « logiciel » jusqu’au moment où un autre se montrerait plus efficace. En clair, pour que l’association avec la droite puisse devenir une option acceptable pour la droite, il sera nécessaire, pour les démocrates, d’avoir fait la preuve de leur efficacité électorale. A combien de xx,x% on pourra considérer que la preuve est faite ? Ce qu’on a l’habitude d’appeler « le centre » n’a pas résisté au mauvais score des présidentielles 2002, avec l’aspiration de gros bataillons para-centristes par l’UMP naissante (où leur poids reste faible, Raffarin en sait quelque chose). Donc 6% c’est peu. Mais le score de 2007 n’a pas suffit à enrayer les glissements. Au contraire, le groupe à Morin est parti armes et bagages, ainsi qu’un député breton pourtant élu sous l’étiquette UDF-MODEM contre le candidat de l’UMP. Donc 18,5 % n’est pas assez.
La « preuve de l’efficacité électorale » se positionne, à mon avis, dans la capacité de faire jeu égal avec les « grands » partis : rien à espérer si on n’est pas capables de se positionner durablement et de manière stable au delà des 20 % avec pointes au delà des 25. Si on n’est pas capables de ça, mieux abandonner toute velléité d’indépendance. Ce qui explique mon agacement profond vis à vis de tout ceux qui considèrent 10% comme un « bon » score (et même moins, à en juger par la composition des listes ici et là).
Venons au chemin 2. C’est un peu la démarche Cohn-Bendit, il me semble. Et il me semble qu’avoir fait peur au PS dans une élection ponctuelle, n’a pas changé grand chose chez le grand éléphant rose. Là encore, 16 % n’est pas assez. Là encore vaut le discours fait pour la droite. C’est le PS qui en veut ainsi.
Désolé d’être dur, mais cette envie (qui n’est pas forcément de Fréderic) de rêver d’alliances me semble la réédition politique du garçon boutonneux qui veut sortir avec la plus belle fille de l’école, qui passe ses journées et ses nuits à imaginer quel cadeau lui faire et à combien il sera magnifique de se promener main dans la main. Sauf que la fille se fout éperdument de lui.
Le chemin 3 demande de 20 à 25. Le chemin 2 demande de 20 à 25. Où les prendre, ces 25% ? Que l’on veuille ou non, que cela nous plaise ou non, il nous reste que le chemin 1 : devenir majoritaires.
C’est d’ailleurs ce que je m’échine à dire à mes amis oranges avant même d’avoir pris ma carte (les bonnes mémoires se rappelleront d’une réunion à Landerneau en 2007 …) ainsi que sur la toile, dès mes timides débuts bloguesques.
Enfin, je ne crois pas qu’il soit trop tard pour entreprendre cette voie. Mais cela implique la capacité de changer radicalement de braquet : disposons-nous d’un matériel humain suffisamment costaud pour se taper Tourmalet, Galibier, Ventoux et autres Gavia (fallait bien une touche d’Italie) ? N’étant pas dopé aux médias ni aux réseaux divers ?
En toute franchise, c’est loin d’être prouvé par l’histoire, mais si on ne prends pas le risque on ne le saura jamais.
(Ici une image d’amateur du « Gavia », et la montée fait 20% par endroit …)


février 24th, 2010 at 14:23
Tout à fait d’accord sur ce développement. La phrase suivante de mon billet était « Hélas, pour l’instant, aucun des trois scénarios n’apparaît probable. (…) Plus forts nous serons, plus probables deviendront chacun de ces trois scénarios. »
Et évidemment, le scénario de « prise de conscience de la droite » qui accepterait de renoncer à son pouvoir pour sauver le pays, est peut-être le plus improbable des trois. Ça s’est rarement vu dans l’histoire (la gauche en 1958…), cela suppose, hélas, une faillite telle que même le pouvoir n’est plus pouvoir. Or la « faillite » confirmée par François Fillon dès l’été 2007, si mon souvenir est bon, n’a fait ni chaud ni froid à l’Elysée et à la classe politique UMP-et-dépendances.
Maintenant, la question : « quelles conditions permettraient de créer un mouvement politique démocrate capable de réunir 25% des Français » (ce qui n’est pas encore une majorité, voir le cas des LibDems, mais peut donner du poids)…. cette question est excellente.
Et dès la 2ème quinzaine de mai 2007 au plus tard, chacun pouvait constater que le Mouvement Démocrate n’avait pas réuni ces conditions. Fallait-il pour autant se contenter de reconduire cinq ans de plus un reliquat d’UDF ? Je ne le crois pas. Fallait-il sacrifier le reliquat d’UDF, ses élus et réseaux, dans une grande lessive dont on ne voyait pas bien ce qu’elle pourrait produire ? Je ne le crois pas non plus.
Quelquefois il n’y a pas de solution gagnante à court terme ; il y a en revanche la liberté de persévérer, d’organiser la résistance (un r minuscule suffira !). Au MoDem, la persévérance a été là (au moins au sommet et dans une partie de la base), l’organisation moins…
Mais un peu plus organisés, un peu plus prêts collectivement à saisir les opportunités, on aura, je crois, du potentiel. Et les régionales en seront peut-être la preuve !
Il y a quelques jours une responsable départementale a qualifié notre circonscription de « la circonscription modèle », ce qui m’a inquiété pour les autres (une bonne partie de nos adhérents ont mis leur activité militante en sommeil). Mais en regardant la concurrence, je me console (?) : c’est pas possible que tant de propagande grossière, tant de conservatisme en quadrichromie, tant de bassesse et de mensonges, convainquent éternellement. Le vent finira par tourner
février 24th, 2010 at 14:53
Je suis (une fois n’est pas coutume
) d’accord avec votre analyse. Cependant, cette conclusion me conduit à un certain pessimisme. Comme vous, je ne pense pas que l’alternative au PS et à l’UMP puisse se situer dans l’écologisme. Là où le bât blesse, c’est que les partis « au centre », MoDem compris, n’ont pas prouvé qu’ils avaient le ressort doctrinal, ni le personnel politique pour sécréter cette alternative.
Je trouve l’illustration avec la portion non goudronnée du Gavia (au lieu du Mortirolo) correspond bien à cette situation. La pente est raide et la route n’existe pas (encore ?) vraiment. Ou alors je coupe les cheveux en quatre…
février 24th, 2010 at 15:24
@ Fulrad : bien vu.
Il y a la doctrine, elle est excellente – j’entends à longueur d’antenne de beaux esprits redécouvrir, et proposer comme de grandes innovations, ce que François Bayrou, l’UDF, Corinne Lepage, Cap21 et/ou le MoDem proposent depuis des années et des années. Encore ce matin, j’ai appris que si nous étions d’accord avec la CFDT sur les retraites … c’est la CFDT qui nous a rejoints après avoir d’abord poussé les hauts cris sur nos propositions.
Et pourtant cette doctrine manque de ressort dans l’opinion : faire des propositions justes est considéré comme « pas politique », « pas clivant », « pas mobilisateur ». Digne de techniciens, ou d’intellectuels, pas de candidats. C’est un problème que le centre n’a pas résolu depuis 150 ans (et les écologistes butent dessus depuis 40 ans).
Il y a « le personnel », des gens très capables et tout à fait d’accord pour mettre en oeuvre cette doctrine. Il est pléthorique. Je l’ai constaté lors de la campagne présidentielle. La répartition des votes dans les CSP++ le confirme d’ailleurs.
Mais ce personnel n’est pas « politique ». Il n’est pas prêt à boîter pendant des semaines, à tracter des jours et des jours sur les marchés avec les doigts gelés, à écouter pendant des heures et des heures les plaintes de personnes sans HLM ou sans emploi, à négocier de minuscules bouts de gras avec les détenteurs de minuscules pouvoirs locaux. Le personnel capable de porter l’alternative, a trop de travail ailleurs pour en porter le fardeau.
Un problème bien posé est à moitié résolu
février 24th, 2010 at 16:19
@ Fulrad
Au mortirolo, j’y ai pensé, tout comme au San Pellegrino. Mais ces deux montées (magnifiques au demeurant) sont raidissimes mais relativement courtes. Gavia (et Stelvio) c’est un calvaire infini (même motorisés).
Plus en général, je crois qu’il y a des éléments de doctrine, de vision, de projets. Ce qui explique la distribution électorale : nous portons des messages complexes, articulés qui excluent, de fait, la majorité de l’électorat. Frédéric dit que le centre bute la dessous depuis 150 ans. A nous (collectivement) de choisir, on reste se regarder dans la glace en se disant « qu’est qu’on est bons, qu’est qu’on est beaux, qu’est qu’on est intelligents » et on se tape claque sur claque ou alors on apprend à utiliser notre intelligence pour se mettre au niveau du quidam, on apprend à faire de la politique.
Je sais que j’enfonce une porte ouverte pour vous mais ces CSP++ qui se regardent le nombril de leur prétendue supériorité intellectuelle, me gavent.
Je suis diplômé d’une école de commerce prestigieuse, j’ai un master en France, je complète mon doctorat presque dans les temps tout en bossant temps plein, j’ai une femme et deux enfants. Mais j’ai toujours trouvé le temps pour tracter, boiter, afficher et discuter avec les gens. Si certains ne le trouvent pas, c’est qu’ils ont d’autres priorités.
février 24th, 2010 at 19:49
Il ne nous reste que cette solution, la montée du « Gavia » ou la traversée du désert appelons le comme bon nous semble. Il s’agit de trouver le chemin et de le rendre moins dur pour ceux qui suivent, si comme le grimpeur de la photo, nous souffrons seul sur notre route, ce n’est pas demain que notre mouvement deviendra un mouvement de masse. Les précurseurs que nous sommes doivent avancer dans l’adversité et faire face à toutes les difficultés et elles sont nombreuses, mais nous devons participer à cette construction qui fera que le chemin sera plus facile et moins semé d’embûches pour ceux qui suivront. Le MoDem n’a que deux ans, il nous faudra beaucoup de patience et de persévérence, ce qui ne veut pas dire que nous ne devons pas mettre les bouchées doubles.
février 26th, 2010 at 19:03
En parlant de chemin des démocrates, il serait bien que les démocrates indiquent un chemin pour nous sortir du piège financier dans lequel nous nous trouvons et dont les attaques sur la Grèce et l’euro montrent la gravité. Or je ne les ai guère entendus jusqu’ici.
Je pense que des mesures chirurgicales comme celles que propose Paul Jorion rentreraient tout à fait dans un programme à la fois libéral et démocrate :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=8523
Ce n’est sans doute pas un hasard d’ailleurs si comme le dit Jean Quatremer « seul Guy Verhofstadt, le patron du groupe libéral du Parlement européen, a demandé une commission d’enquête sur ce qui s’était passé en Grèce ».
http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/02/goldman-sachs-dans-l%C5%93il-du-cycloneam%C3%A9ricain.html
Il n’y a rien en effet plus illibéral et anti-démocrate que le capitalisme financier opaque dans lequel quelques grandes banques, quelques hedge-funds et les agences de notations décident de notre sort. Tocqueville en son temps mettait les démocrates en garde contre le risque d’émergence d’une nouvelle aristocratie industrielle et financière. Elle est là désormais ! Que fait-on ? Il est inquiétant de voir que c’est la FED qui enquête, comme si l’UE et les États qui la composent ne se sentaient pas vraiment concernés !
Démocrates et libéraux, encore un effort si nous voulons vraiment être démocrates et libéraux !
février 26th, 2010 at 19:07
« on reste se regarder dans la glace en se disant « qu’est qu’on est bons, qu’est qu’on est beaux, qu’est qu’on est intelligents » et on se tape claque sur claque ou alors on apprend à utiliser notre intelligence pour se mettre au niveau du quidam, on apprend à faire de la politique.
Je sais que j’enfonce une porte ouverte pour vous mais ces CSP++ qui se regardent le nombril de leur prétendue supériorité intellectuelle, me gavent. »
C’est EXACTEMENT ça !!!
Combien de fois ai-je écrit que lorsque FB ou autres « leaders » du Mouvement Démocrate parlent à la TV ou radio, les gens « normaux », le Français de base, ne comprend R I E N !!!
J’ai moi-même été secouée d’entendre un membre éloigné de la famille – ouvrier, sa femme coiffeuse – me dire sincèrement qu’ils entendaient bien FB parler à la TV, mais qu’ils ne comprenaient pas du tout ce qu’il voulait dire…
Il y a du boulot pour apprendre l’empathie avec les artisans, les agriculteurs, les ouvriers, les chômeurs, les RMIstes, etc…
Non pas la « compassion » qui voit le tout d’en haut, mais l’empathie, qui se met au même niveau…
Est-ce que tous ces « bobos » qui s’admirent dans leur intellect le pourront un jour ? Car ce n’est pas de ce « haut » dont la France a besoin, elle est gouvernée depuis des siècles par des pseudo-monarques et leur cour…
Les gens ne voteront pas pour ceux qui leur ressemblent sans en avoir les réseaux ni les sous…
février 26th, 2010 at 19:56
@Danièle ou Etoile 66….
))
Allez vous faire « mousser » ailleurs…Merci.
février 26th, 2010 at 21:04
@ Jean Michel
soyez-en assuré, personnellement j’ai une idée du problème et même une idée de solution. Saviez vous que l’actuel Président des Etats Unis a été surnommé « Goldman Sachs Obama » pendant la campagne et son vice « plastic Biden » en référence aux intérêts de groupes financiers qu’il a souvent défendu ?
L’émotion, rien de plus beau, rien de plus dangereux, pour un politique.