Laissez-les partir
23 avr
C’est un sujet difficile qui me ramène sur ces pages un peu délaissées : Yves Leterme (re)démissionne pour la énième fois de son poste de Premier Ministre de la Belgique, toujours sur le même écueil, le vivre ensemble entre Flamands et Wallons.
Je crois qu’il serait sage de laisser les Flamands partir, s’ils en ont une vraie volonté. Qu’il serait sage de prendre du recul sur la nature, le rôle et même la pertinence historique des Etats, tels que nous les connaissons aujourd’hui. Défendre « l’unité » de l’Etat contre la volonté de citoyens qui se veulent se reconnaitre comme peuple, n’est-il une violation manifeste du principe de liberté ?
A mon sens, le problème tient à une certaine conception de l’Etat, telle qu’elle est arrivée à nous au travers quelques millénaires d’évolution. Des théocraties anciennes aux démocraties contemporaines, en passant par les étapes intermédiaires des « Rois par la volonté de Dieu », puis des oligarchies du XIXème (vote masculin, vote censitaire), la manière dont les citoyens se rapportent à l’Etat a changé. Et cela d’autant plus que la politique, entendue comme la participation aux « débat national », est devenue un produit de masse : le développement des niveaux d’études et de revenus, sans précédent dans l’Europe de l’après deuxième guerre mondiale, en a été le déclencheur.
Défendre l’unité de l’État à tout prix et contre les citoyens censés constituer le peuple qui s’autodétermine et s’autogouverne par le biais de l’État revient à affirmer que l’État fait le peuple, c’est à dire que l’État est prééminent par rapport aux citoyens. Et, par conséquent (pardonnez-moi le raccourci mais je ne veut pas alourdir trop) que la démocratie est une illusion d’optique valable que pour les « sujets ».
Le « vivre ensemble » c’est un choix renouvelé chaque jour, si ce choix est contraint il devient une prison de laquelle il y aura facilement des gens pour vouloir s’en échapper. Coûte que coûte. La Politique a le devoir de faire en sorte de ne pas en arriver là.
Mais quand cela arrive … cela arrive. Et faire l’autruche est une merveilleuse manière de faire empirer les choses, de les rendre destructrices. Cela dit, quoi faire ?
Et bien, je pense que c’est sur des dossiers comme celui là que l’Europe devrait montrer à ses citoyens qu’elle est un peu plus qu’un ramassis de (très bons) techniciens : qu’elle est capable d’être une Europe des citoyens, alors que les textes, même les plus récents, n’en font qu’une Europe des États.
Je pense que le droit de sécession devrait être prévu, et strictement encadré : personnellement je verrais bien un référendum des résidents des territoires demandant sécession avec résultat contraignant pour 50 ans. Tant la liberté est importante, tant il est nécessaire de ne pas remettre en permanence les choses en discussion. Aussi, il serait opportun de prévoir un cadre pour l’après de ces territoires : la création d’un statut de Région Européenne Autonome (pouvant ou pas demander un rattachement à un État existant) me paraît un bon compromis. La création d’un nouvel État devrait, en revanche, donner éventuellement lieu à des négociations d’adhésion identiques à celles des Pays tiers, avec les délais qui vont avec.
Enfin, en filigrane, il est à mes yeux évident que les textes européens sur la protection des minorités linguistiques et des langues minoritaires devrait devenir un élément contraignant du droit européen : de cette manière on éviterait que des questions de civilité soient prises en otage et utilisées comme paravent pour les vraies questions de rapports entre citoyens, peuples et États.

avril 23rd, 2010 at 11:22
L’ ancienne Tchécoslovaquie dans des circonstances bien moins faciles, a parfaitement réussi sa sécession…
avril 23rd, 2010 at 15:38
Je ne dirais pas « bien moins faciles ». Différentes, sans doute. Mais les conditions qui ont permis une dissolution pacifique (parfaitement réussie, je ne dirais pas non plus) de la Tchécoslovaquie étaient très particulières.
Les phénomènes sécessionnistes, c’est quelque chose qui pose des défis réels dans l’ancienne Europe de l’Ouest (France, Espagne, Italie, Belgique … ça fait quand même beaucoup, l’exception relative étant le Danemark).
Et, bien entendu, mieux ne pas parler des nouveaux/anciens États-puissances (Russie, Chine, Inde etc …)