Archive: Articles de Fond

Le cri

La politique en France, telle qu’elle est faite aujourd’hui, est irréaliste, surréaliste, irresponsable, irréelle, détachée du temps et des contingences, verbeuse, et pour cela dramatique. Laissez passer les élections et le poids de la réalité, comme la force de la pesanteur, lui remettra les pieds sur terre. Et alors là, fini de rire et de rêver. Le retour au réel que nous préparons, et qui suivra l’élection, sera à bien des égards triste et douloureux.

Chute de l’excellent article d’aujourd’hui de Jean-Michel Aphatie sur son blog.

Voter !

En ce lundi matin, juste un questionnement à partager, sans prétention d’y apporter une réponse : les ci-dits « leaders d’opinion », ça compte combien ? Quelque chose, sans aucun doute, mais sont ils réellement aussi « leaders » qu’ils le prétendent ?

En 2008 nous avons fait campagne pour les cantonales avec seulement 4 listes, ce qui est relativement peu (UMP, PS, MoDem, FN). La sortante socialiste ne se représentait pas et la nouvelle candidate était relativement peu connue. Le candidats UMP, Maire de la ville centre (50% des électeurs du canton), était également candidat à sa succession à la Mairie contre la candidate PS (cumul des candidatures pour pallier au manque de notoriété, un classique). Pour la Mairie, seuls UMP et PS étaient en lice, nous ayant choisi de nous concentrer sur les cantonales et ne pas éparpiller l’énergie d’une équipe très hétérogène et, à l’époque, encore en devenir.

Le candidat de l’UMP gagna la ville 55-45. Un score important. Dans sa campagne cantonales, il avait le soutien de six Maires sortants du canton (qui en compte huit, donc un seul lui manquait) avec tant de photo et déclarations dans les documents de campagne. De même, le président départemental du MoDem de l’époque, depuis passé à l’Alliance Centriste, lui affichait son soutien dans la presse malgré la présence d’une candidature démocrate que lui même avait consenti. Enfin, notre canton est en grande majorité agricole et les Maires sont souvent nettement plus à droite qu’à gauche (souvent, pas tout à fait toujours).

Si ces relais avaient été efficaces, il aurait du passer dans un carrosse au premier tour … eh bien non. Avec un MoDem à 16% (avec des candidats à la première grosse expérience) et un FN frôlant les 4%, il fut obligé de repiquer au deuxième tour. Où, avec la tenue du MoDem (à presque 14%) et un électorat FN fortement abstentionniste, il continua à ne pas dépasser la barre des 50% (48,18). En effet, l’écart de deuxième tour entre UMP et PS (10%) est drôlement proche de l’écart du duel sur la ville centre.

Mais ces leaders d’opinion, étaient-ils en vacances ?

ps : je ne pourrai pas y être car retenu pour des raisons professionnelles, mais la liste « soutenue par le MoDem » tient réunion publique sur ce canton ce soir à 18h30, espace Yves Quéguiner. Si vous êtes électeurs oranges, allez-y : les candidats apprécieront votre soutien. Si vous êtes électeurs indécis ou si vous envisagez de vous abstenir, allez-y. Au pire, vous ferez votre choix en connaissance de cause.

Voter !

Petit scoop qui fera plaisir à mes ennemis (peu) démocrates : je me prépare à abandonner mes activités politiques stricto sensu.

Petit hic : ce n’est absolument pas pour tout de suite. Car, avant de reprendre le rôle qui me sied le mieux, celui d’un producteur d’idées capable de dialoguer avec le monde politique, j’ai un travail à faire. Un travail qui demande une implication directe et personnelle en première ligne de ma part. Mes lecteurs les plus anciens, qui sont devenus de vrais amis malgré les kilomètres qui nous séparent, savent que j’ai une façon assez particulière de mener mes combats : là où le comportement politicien est souvent fait de coulisses, de grands bluffs et de petits chantages, je préfères avancer à visage découvert. Paradoxalement, afficher la couleur permet de mieux se protéger et aussi de concentrer l’énergie sur l’essentiel.

J’estime, avec toute l’incertitude qu’il faut accorder à une prévision, que décembre 2011 marquera la fin de mon « job ». Car, il s’agit d’un travail qui ne peut être mené correctement qu’en fin de cycle électoral. Dès janvier 2012, rien de nouveau ne pourra être construit : la campagne présidentielle, qui va démarrer le 22 mars et qui, en réalité, n’a jamais connue de véritable arrêt, va s’intensifier. Dans la foulée les législatives et, cette fois, une vraie échéance de mi-mandat en 2014 qui va voir municipales, européennes et nouvelles élections territoriales (si je ne me mêle pas les pinceaux) en même temps. Calendrier trop encombré pour éviter que les ambitions diverses (et légitimes au demeurant) ne phagocytent l’espace de travail. Construire, c’est maintenant. Car le 22, et pour certains endroits le 15, sera déjà le temps des questionnements. J’ai mes réponses. Discutables. Personnelles. Mais également robustes, je crois. Les garder pour moi serait stérile. Libre à mes collègues de suivre ou pas, en tout ou en partie.

Première étape, l’écriture d’un texte, relativement court, en guise de testament (ou manifeste, ça dépend des points de vue) politique. Le titre provisoire est : La route de la liberté.

Clin d’œil à l’ouvrage probablement le plus connu, bien que certainement pas le plus abouti, de Friedrich Hayek (La route de la servitude), ce titre résume toute ma vision politique. Tout est question de liberté. Mais la liberté, avant même d’être un droit et très loin d’être un état naturel, c’est une conquête issue d’un combat de tous les jours. La route de la liberté, est un chemin pierreux de montagne. Jean Lassalle, à qui je souhaite le meilleur pour son difficile combat en Aquitaine, apprécierait, je crois.

Cependant, ce texte, je ne peux pas l’écrire seul. Mon français ne me satisfait pas, compte tenu de l’exigence de précision, de synthèse et de lisibilité du texte à produire.

En toute humilité je cherche donc une plume. Qui aura comme seule rémunération le plaisir d’avoir joué un rôle dans ce parcours. Ce qui revient, de ma part, à partager l’intégralité des bénéfices que je vais tirer de l’opération.

Voter !

Les aléas des liens mi-virtuels mi-réels dans la blogosphère font que c’est en passant par la Porte d’Italie que j’ai découvert un blogueur breton, costarmoricain pour la précision, engagé politiquement sur un autre bord que le mien, nettement plus rose, virant rouge. Il tient un carnet de notes.

En période de campagne électorale, souvent, chacun ne fait qu’encenser son poulain. Il est grand, il est beau, il est intelligent, le poulain. Normal, on le soutiendrait pas, autrement.

Sauf que l’on oublie un détail extrêmement important : dans un système politique comme celui français, le nombre de gens qu’on arrive à convaincre est toujours infiniment plus petit de ceux qui restent pas convaincus. Et ce n’est pas l’artifice du deuxième tour qui peux faire oublier la réalité : combien votent tout juste pour le moindre mal, dans un deuxième tour ? Demandez aux gens de gauche en ce qui concerne 2002. Demandez aux électeurs de Bayrou en 2007 qui n’ont pas pu faire confiance à l’égérie de la « bravitude ». Aucun jugement, juste le constat.

Comprendre le regard des autres, il est essentiel, en politique. En tout cas, dans ma façon de concevoir la politique.

Alors, si Yann, costarmoricain de gauche, avait l’envie de nous restituer un portrait, sans sombrer dans la caricature, de Bruno Joncour, costarmoricain centriste, cela m’intéresserait. S’il le veut, j’essaierai de faire un portrait de Le Drian en retour, bien que j’ai une opinion plus précise des personnalités finistériennes.

Voter !

Premier tour des élections régionales, dimanche 14 mars.

Démarrage de la campagne officielle, aujourd’hui. J’ose espérer que cette campagne saura mobiliser les citoyens et leur donner, tout bêtement, au moins une bonne raison pour se lever du lit, enfiler une paire de chaussures et faire un détour pour les bureaux de vote.

Mon parti, le Mouvement Démocrate, semble aborder l’échéance en situation délicate, à s’en fier aux sondages : 4% au niveau national (entre 2 et 6 si on prend en compte une fourchette d’erreur raisonnable), ce n’est pas folichon. Pas de sondages pour la Bretagne mais même un élu localement connu et implanté comme Olivier Henno en Nord-Pas-de-Calais semble avoir toutes les peines du monde pour faire un score suffisamment important (5% dans les sondages). Seul Jean Lassalle, qui a déjà été capable de gagner la seule triangulaire de France aux législatives 2007 semble faire figure d’exception.

Si j’utilise aussi fréquemment le verbe « sembler », c’est que je sais combien la politique est un jeu dynamique. Le consensus d’aujourd’hui est différent de celui d’hier et sera différent de celui de demain. Et cela devient d’autant plus vrai que le délitement des idéologies du vingtième siècle a laissé place, pour le moment, à un faux pragmatisme nourri du mythe du « concret » qui n’est rien d’autre qu’un court termisme agité dopé à l’incapacité d’imaginer un demain autre que purement reproductif. Au moins en ce qui concerne les « grands partis ».

Dans cette moulinette, grande productrice d’insatisfaction en grande série, les électeurs viennent à se repartir en trois grandes familles : les « fans », les « swing » et les « swear ».

Les fans, constituent le socle théoriquement inébranlable de consensus. C’est la clé de la réussite politique de Berlusconi et, en moindre mesure, de Sarkozy. Des fans, ça ne réfléchit pas. Impulsifs et conditionnés, le cerveaux disponible parfait pour le markéting à vendre la lessive politique. Bien évidemment, des fans il y en a aussi à gauche, parmi les euroécologistes et dans l’électorat démocrate. Mais, résultats docent, moins que chez la minorité dominante.

Les swing, ça a longtemps décidé des élections. Ils lisent les programmes, ils regardent le parcours des personnes, ils se renseignent. Électeur rationnel, voir rationaliste, il connait son poids et ses limites. En conditions d’incertitude, il choisit très souvent de voter « contre », de choisir son ennemi plutôt que son poulain. Sniper redoutable. Déconstructeur à souhait.

Enfin les swear. Blasés, dégoutés, touspourrisés. Ils se réfugient dans l’illusion de l’aventin, dans le rêve lénifiant de ne pas s’être sali les mains avec un bulletin de vote. Naïfs, myopes ou vrais hypocrites, ils créent les conditions pour que une alliance d’intérêt entre les fans et une partie des swing snipers soit mise en place. Quand Berlusconi gagne en 1994 (et suite) en criant haro sur les « communistes coupables des pires dictatures de l’histoire et pères du terrorisme » (je cite par coeur) c’est que les snipers renforcent les fans éblouis par une certaine forme de réussite.

Ainsi, les tributaires du vote « d’opinion », comme il était usage de l’appeler au vingtième siècle, rament. Grave.

C’est dans le fluide de cette campagne presque fantôme, si regardée avec les yeux du citoyen lambda, que les forces telles le Mouvement Démocrate doivent faire preuve de leur capacité à naviguer.

Que la campagne, commence !

Voter !

Je réagis au billet de Frédéric, que je trouve intéressant. Il nous dit, je cite :

Et avec le recul, donc, il me semble évident qu’en termes de stratégie politique, trois chemins sont possibles pour les démocrates :

  • soit devenir majoritaires contre ces deux forces politiques que nous jugeons dangereuses pour le pays (Cf. les accords proposés par F. Bayrou aux écologistes, et rejetés aussitôt par les Verts) ;
  • soit nous associer à une gauche qui accepterait de renoncer à l’irréalisme socialiste (Cf. le projet de « Rassemblement » ou de « parlement de l’alternance » capable d’accoucher d’un projet alternative) ;
  • soit nous associer à une droite qui ferait une conversion à 180°, revenant aux valeurs républicaines et rejetant le sarkozysme, ses réseaux, sa doctrine, sa pratique politique, ses orientations, ses budgets, et j’en passe.

Ces trois chemins seraient tous trois honorables et prometteurs pour le pays. Si nous faisons passer nos valeurs et notre projet démocrate en première priorité, nous n’avons aucune raison d’exclure aucune de ces trois options.

Je crois qu’il a raison et qu’il se trompe en même temps. Car il voit juste mais il ne va pas au bout de l’analyse.

Est que le chemin 3, est faisable ? Tout d’abord, cela implique de considérer le sarkozysme comme un accident de l’histoire. C’est possible, mais je n’y parierais pas mes sous. Plus simple, la « droite » veut gagner, ce qui est parfaitement légitime au demeurant. Ce qui implique qu’elle ne changera pas de « logiciel » jusqu’au moment où un autre se montrerait plus efficace. En clair, pour que l’association avec la droite puisse devenir une option acceptable pour la droite, il sera nécessaire, pour les démocrates, d’avoir fait la preuve de leur efficacité électorale. A combien de xx,x% on pourra considérer que la preuve est faite ? Ce qu’on a l’habitude d’appeler « le centre » n’a pas résisté au mauvais score des présidentielles 2002, avec l’aspiration de gros bataillons para-centristes par l’UMP naissante (où leur poids reste faible, Raffarin en sait quelque chose). Donc 6% c’est peu. Mais le score de 2007 n’a pas suffit à enrayer les glissements. Au contraire, le groupe à Morin est parti armes et bagages, ainsi qu’un député breton pourtant élu sous l’étiquette UDF-MODEM contre le candidat de l’UMP. Donc 18,5 % n’est pas assez.

La « preuve de l’efficacité électorale » se positionne, à mon avis, dans la capacité de faire jeu égal avec les « grands » partis : rien à espérer si on n’est pas capables de se positionner durablement et de manière stable au delà des 20 % avec pointes au delà des 25. Si on n’est pas capables de ça, mieux abandonner toute velléité d’indépendance. Ce qui explique mon agacement profond vis à vis de tout ceux qui considèrent 10% comme un « bon » score (et même moins, à en juger par la composition des listes ici et là).

Venons au chemin 2. C’est un peu la démarche Cohn-Bendit, il me semble. Et il me semble qu’avoir fait peur au PS dans une élection ponctuelle, n’a pas changé grand chose chez le grand éléphant rose. Là encore, 16 % n’est pas assez. Là encore vaut le discours fait pour la droite. C’est le PS qui en veut ainsi.

Désolé d’être dur, mais cette envie (qui n’est pas forcément de Fréderic) de rêver d’alliances me semble la réédition politique du garçon boutonneux qui veut sortir avec la plus belle fille de l’école, qui passe ses journées et ses nuits à imaginer quel cadeau lui faire et à combien il sera magnifique de se promener main dans la main. Sauf que la fille se fout éperdument de lui.

Le chemin 3 demande de 20 à 25. Le chemin 2 demande de 20 à 25. Où les prendre, ces 25% ? Que l’on veuille ou non, que cela nous plaise ou non, il nous reste que le chemin 1 : devenir majoritaires.

C’est d’ailleurs ce que je m’échine à dire à mes amis oranges avant même d’avoir pris ma carte (les bonnes mémoires se rappelleront d’une réunion à Landerneau en 2007 …) ainsi que sur la toile, dès mes timides débuts bloguesques.

Enfin, je ne crois pas qu’il soit trop tard pour entreprendre cette voie. Mais cela implique la capacité de changer radicalement de braquet : disposons-nous d’un matériel humain suffisamment costaud pour se taper Tourmalet, Galibier, Ventoux et autres Gavia (fallait bien une touche d’Italie) ? N’étant pas dopé aux médias ni aux réseaux divers ?

En toute franchise, c’est loin d’être prouvé par l’histoire, mais si on ne prends pas le risque on ne le saura jamais.

(Ici une image d’amateur du « Gavia », et la montée fait 20% par endroit …)

Voter !

Prémisse qui devrait être inutile : le nom des leaders politiques pris pour référence sont à considérer comme des avatars de positions idéologiques plus générales et non comme des références strictes à la personne citée.

Jean-Luc Benhamias, ancien responsable des Verts, ayant intégré le MoDem, pour lequel il a été élu député européen, depuis quelque temps déjà, est à l’origine d’un nouveau sujet, Ecologie et Démocratie, auquel on pourra adhérer après les régionales.

La démarche étant très récente, il est difficile d’en cerner le caractère authentique : tactique ? de fond ? N’ayant pas plus d’éléments, il me semble judicieux de prendre la deuxième hypothèse. D’ailleurs, si cela devait être une pure manœuvre politicienne, elle n’aurait aucun intérêt au fins de cette série de billets. Donc, posons l’hypothèse que c’est du fond. Est-que ce fond est intéressant ? Est-qu’il montre le potentiel pour dépasser faiblesses et limites des autres approches déjà passés en revue ?

Sur papier, je suis sceptique. Je recopie du site officiel :

Ouverte à tous ceux pour qui écologie et démocratie sont indissociables, cette fédération vise l’accélération de la mise en place des mesures indispensables à l’émergence d’une société responsable.

- « Ecologie et démocratie » participe en France et en Europe à toutes les initiatives qui œuvrent à la construction d’une force démocrate, écologique et sociale dont le Mouvement Démocrate (MoDem) est le principal référent en France et le Parti Démocrate Européen en Europe.
- « Ecologie et démocratie » débat avec toutes les formations se revendiquant de l’écologie politique en France et en Europe.
- « Ecologie et démocratie » est ouverte aux discussions avec tous les démocrates, laïcs et républicains et soutient en ce sens l’initiative du Rassemblement initiée à Marseille et Dijon autour de Vincent Peillon, Marielle De Sarnez, Daniel Cohn-Bendit, Christiane Taubira, Robert Hue, François Rebsamen et Jean-Luc Bennahmias.

On y trouve trois choses, dans ce passage éclaircissant. Sans hiérarchie entre les points, on peut commencer par citer le rappel très « Brundtland » du « rassemblement » pour construire une force « démocrate, écologique et sociale » ayant comme interlocuteurs privilégiés ceux issus de « l’écologie politique ». En cela, la différenciation avec la démarche « à la Cohn-Bendit » est faible, la distance avec une approche « à la Lepage », infime.

De même, il y a l’appel à une « société responsable », rappel implicite au volontarisme de l’action des minorités éclairées assez contradictoire avec le rappel à la démocratie, affichée dès le « label ».

Enfin, l’ancrage strictement « modémiste » de la proposition. Ce dernier élément pourrait avoir un quelque intérêt si le MoDem s’avérait capable de dépasser le stade de « mouvement centriste » (cf Anticentrisme). Ce qui ne semble pas, à mon regret, être réellement d’actualité. En effet, et en l’état, il me semble que le fond original soit relativement modeste, impression renforcée par l’affichage comme « valeurs fondateurs » de « simples » mesures de programme (parfois intéressantes, au demeurant).

Ainsi, le sentiment que l’hypothèse de départ n’est pas bonne et qu’on est en présence d’un mouvement tactique pour ne pas découvrir le « flanc vert des oranges », alors que le PS peut phagocyter la dynamique verte et euroécologiste et que l’UMP dispose de solides relais médiatiques et de quelque personnalité sincèrement impliquée (Morizet, Juppé, plus sceptique sur Borloo). Dans ce cas, rien de nouveau sur l’échiquier.

Fautes d’éléments plus concrets, je me réserve, sceptiquement, le jugement.

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Prémisse qui devrait être inutile : le nom des leaders politiques pris pour référence sont à considérer comme des avatars de positions idéologiques plus générales et non comme des références strictes à la personne citée.

Avec Corinne Lepage et son « Cap21″, on aborde la thématique écologique sous un angle intéressant : il n’est pas question de « sauver la planète » mais de « sauver la vie de l’homme sur la planète ». Le principe me plaît et l’astronome manqué que je suis pense naturellement aux cycles de vie des planètes. La Terre est née bien avant l’homme et elle, probablement, lui survivra longtemps. La Terre est un organisme vivant qui abrite un certain nombre de symbiontes, dont l’homme. Si celui persiste à se comporter en parasite, l’organisme principal le dégagera pour assurer sa survie.

A partir de cette prémisse, on comprend aisément le fait que j’ai regardé avec beaucoup de intérêt et de sympathie à la démarche. Cependant, Corinne (j’espère qu’elle ne m’en voudra pas de la tutoyer) fait, à mon avis, la même erreur que François Bayrou avec son idée de « centralité ». En effet, elle n’a de cesse d’appeler à un rassemblement « écologique, social et démocrate » et de préconiser une « écolonomie sociale de marché ». L’idée étant que mettre côte à côte des gens « plutôt écolo », « plutôt sociaux », « plutôt écono » serait une garantie de prise en compte globale des problèmes.

La démarche, de mon point de vue, présente deux faiblesses très fortes, qui se renforcent l’une l’autre. Tout d’abord, pour que cela puisse fonctionner, chacune des personnes composant les « pétales » du trèfle du durable devrait être capable de placer le débat sur ce qui rassemble plutôt que sur ce qui divise. Cela est sans compter sur le fait que la différenciation des disciplines tend à mettre en exergue  les différences. Et même au delà de cet aspect de réalisme, le procédé conduit nécessairement à la recherche d’un compromis « a minima », à la stérilisation des diversités de vision pour ne garder ce qui serait « durable-compatible ». D’ailleurs, il serait injuste de faire porter le poids de cette faiblesse à Cap21 : elle est bien présente dès la formulation du concept de « durable » que le mouvement écologiste ne fait qu’interpréter, de manière assez fidèle par ailleurs, ce que l’image ici bas montre avec clarté. Je l’ai appelé « Lepage » pour coller au national mais j’aurais dû l’appeler « l’approche Brundtland ».

Or, il m’est avis que, pour offrir une perspective politique réelle à nos sociétés, on ne peut pas bâtir par soustraction : le vrai défi ce n’est pas de trouver ce microespace où environnement, économie et social convergent mais de donner un sens propre, indépendant, autonome à ce « durable » pour le rendre capable d’être inclusif, de constituer un cadre dans lequel tout un chacun pourrait s’y retrouver.

Par conséquent, tout comme l’appel à faire travailler ensemble des gens de droite et de gauche garde une portée limitée, ce « rassemblement » tourne facilement au dialogue de sourds. Même si, et c’est que justice de le dire, il y a chez Cap21 aussi des gens de qualité exceptionnelle. Quelqu’un tient aussi un blog que j’aime beaucoup. Mais bâtir une vision politique uniquement sur la qualité individuelle des personnes, c’est supporter les aléas de la statistique. Et comme, en moyenne, nous sommes tous moyens, ce n’est pas très judicieux.

Au pire, une impasse. Au mieux une construction éphémère.

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Prémisse qui devrait être inutile : le nom des leaders politiques pris pour référence sont à considérer comme des avatars de positions idéologiques plus générales et non comme des références strictes à la personne citée.

La démarche « à la DCB » (devrais-je dire à la « EE », d’ailleurs), s’appuie sur idée ancienne mais toujours efficace : la valorisation des corps intermédiaires, notamment les réseaux associatifs et les réseaux spontanés (comme les « réseaux sociaux ») de passionnés thématiques dans une démarche de « rassemblement ». Si l’approche « Duflot » vise la construction d’un monde « souhaitable » (et souhaité), pure approche constructiviste pour utiliser la terminologie d’Hayek, celle « DCB » prône l’émergence d’un monde « possible ». Le passionné de politique (pas de l’actualité politique, nuance) notera une certaine ressemblance avec les démarches « centristes » d’avant 1989 : face à des maximalismes (deux avant 1989, trois maintenant avec l’orthodoxie verte), on s’appuie sur le mythe de la « société civile » opposé à la « société incivile », c’est à dire aux politiciens définis avec un certain mépris « de profession ». Les associations écologistes dans le même rôle des association d’entraide catholique des années 50.

D’ailleurs, Daniel Cohn-Bendit, en homme intelligent et fin connaisseur de la chose politique (le fait qu’il joue et même sur-joue au clown c’est pour mieux cacher son jeu et entretenir une fausse aura « de proximité ») ne s’y est pas trompé. D’abord ciblant le MoDem aux européennes (il y a un passé avant les faits médiatiques, suffit de reprendre les archives des journaux), puis essayant de piloter un rapprochement avec tant de piques au « sectarisme latent » des verts, enfin, face aux mauvais sondages des oranges, la tentative de porter un coup de grâce définitif avec son lot de perspectives laissées miroiter à certains et de petites phrases (les « déchets radioactifs », à titre d’exemple).

Simplifiée par un ancrage qui paraît naturel « aux centre-gauche », en alliance/compétition avec le PS, la posture peut être intéressante, à des fins électoraux. En quelque sorte, je crois qu’il n’est pas abusif de définir EE comme l’UDF du PS. La politique est une question de logique, avant d’être une question de personnes, même si la largissime majorité des personnes impliquées en politique n’ont pas le niveau pour le comprendre.

Cette démarche, à mon avis, représente une double impasse. Premièrement, c’est une démarche faible en termes de structuration de pensée : seule une pensée non structurée peut être assez souple pour accueillir la diversité de vision sectorielles, relativement décousues, émergentes du contexte relativement anarchique du « terrain ». L’environnement comme évidence, comme postulat, comme plus petit ressenti commun dans la fonction de liant faible. Tout le monde s’y sent à l’aise mais on n’a pas d’authentique « vision du monde ». On se limite à reproduire le questionnement des citoyens en lieu de l’interpréter. On renonce à la politique.

D’ailleurs, tenir Eva Joly et José Bové, cela demande une certaine … souplesse intellectuelle.

Ensuite, comme toute démarche de compromis, elle hérite des faiblesses des approches « pures », dans ce cas écologisme orthodoxe et socialisme. Sur le premier je me suis déjà exprimé, sur le second je crois qu’il en est nullement besoin.

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Prémisse qui devrait être inutile : le nom des leaders politiques pris pour référence sont à considérer comme des avatars de positions idéologiques plus générales et non comme des références strictes à la personne citée.

Il s’agit, histoire oblige, d’une vision de l’écologisme très structurée et je partage l’avis de Toréador quand il affirme qu’on est en présence d’une idéologie qui se veut globale et qui est susceptible de remplacer, à terme l’idéologie socialiste dans son rôle politique. Cependant, elle reste ce que j’appelle « une impasse ». Et contrairement à Alec, j’estime que c’est impasse est idéologique alors que, avec un peu de maîtrise et de capacité d’anticipation, elle peut trouver un consensus électoral important.

J’aime les paradoxes, alors permettez moi de faire mon Socrate.

Je pense que tout écologiste « orthodoxe » sera d’accord avec moi si je dis que le capitalisme est une impasse, ce dont je suis radicalement convaincu. Par conséquent, se je peut montrer que l’écologisme partage les mêmes défaut de l’idéologie capitaliste, il devrait (noter le conditionnel, la foi ne se discute pas …) convenir qu’il s’agit d’une voie sans issue.

Or, les deux, vise à imposer un modèle de comportement universel, ce qui va à l’encontre de la simple diversité humaine (cf. l’œuvre d’Amartya Sen) : elles sont donc deux idéologies de conflit, qui portent en eux les germes de la théorisation de la domination d’une élite visionnaire sur les masses ignares. Il s’agit de deux visions du mondes potentiellement totalitaires. L’histoire nous apprend que toute approche de ce type s’est heurtée, tôt ou tard, à des formes de rébellion, plus ou moins violentes, par cause de leur incapacité à reconnaitre les besoins politiques.

Les deux, et c’est une conséquence directe de ce qui est plus haut, privilégient le mécanisme à l’humain. La croissance au prix des formes modernes de servage. L’optimisation énergétique des comportements au prix de la réduction de l’homme à un producteur d’entropie.

Les deux, est c’est rédhibitoire dans le regard d’un pyrrhonien comme moi, ne laissent aucune place au doute. Il n’y a que des vérités, que des certitudes. La terre est plate. Elle est au centre de l’univers. Je me suis trompé de millénaire ? Oh que non, hélas ! Ipse dixit, c’est toujours et plus que jamais d’actualité. Et pourtant, elle tourne.

Dans leurs versions « pures », tant le capitalisme que l’écologisme (et on pourrait bien sur élargir au socialisme et toute autre idéologie de domination) représentent des obscurantismes. Et le fait qu’il s’agit d’un obscurantisme à la mode, n’y change rien : même l’Inquisition espagnole fut populaire en son temps.

On me répondra : mais l’écologisme, c’est le durable, tout est pris en compte ! Je ne suis pas d’accord et j’espère que les ayatollah divers me laisseront la liberté de ne pas être, mais alors pas du tout, convaincu.

Ceux qui affirment ça, connaissent, je crois, mal le capitalisme. A l’échelle idéologique il y a un postulat : l’important, c’est le « plus », identifié avec le domaine économique. Tout le reste, n’est pas négligé. Il est tout juste subordonné logiquement à l’économique. Ainsi, le social et l’environnemental sont aspiré dans l’économique. Le « durable », dans cette vision, se fond dans l’économique. Tout comme dans l’ouvrage de Marx, par ailleurs, où la société n’est que superstructure. Une crèche d’entreprise ? C’est bon pour la productivité. Un système de santé performant ? Ça limite les absences. Les algues vertes ? Un problème pour le tourisme et la valeur du foncier.

L’écologisme propose strictement le même chemin, mais à partir de l’environnement, qui devient le pivot de toute la construction intellectuelle. L’équilibre nécessaire entre les trois volets pour parvenir au durable est rompu avant même d’exister. Avec une faiblesse supplémentaire pour l’écologisme : là où le capitalisme laisse l’illusion de la liberté par le biais d’une certaine utilité immédiate, l’écologisme nécessite d’une perspective plus à long terme. Par conséquent, se devant de guider les masses ignares vers des « destins merveilleux et progressifs », il se tourne naturellement vers des mécanismes de planification qui ont fait la preuve de leur échec.

Capitalisme et écologisme sont identiques, dans leur logique, bien qu’appliqués à des objets différents. Ils partagent donc la même nature : il ne sont que des impasses.

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