Archive: Articles de Fond

Enfin, c’est fini. Sauf pour Jean qui se bat comme un beau diable pour faire le stricte maximum. J’aime bien Jean Lassalle, homme à la profondeur de pensée réelle au delà du personnage médiatique. N’ayant strictement aucun relais en Aquitaine, je ne peux rien faire d’utile pour lui. Si j’avais pu, je l’aurai fait fort volontiers.

Pour les autres, c’est fini. Et il y a une atmosphère un peu paradoxale de voir des gens se complimenter pour l’excellent travail fait alors que les scores sont franchement minables. Je pense avec amitié et respect réels à Bruno Joncour. Dans une terre qui reste relativement difficile telle les Côtes d’Armor chères à quelque blogueur illustre de gauche, il frôle les 10%. Et j’imagine son désarroi en voyant le score de l’Ille et Vilaine, où le MoDem avait quand même réussi à élire un député contre l’UMP en 2007. Qui s’empressa illico presto de montrer tous les états d’âme de ce monde avant de quitter le parti l’ayant fait élire pour rejoindre le lymbe des centristes disparus quelque part. Et je ne veux même pas penser à sa stupeur en découvrant le score Finistérien : 3,61 %. Et il y en a qui se lancent des fleurs pour ce score stratosphérique qui place les « centristes » (en 29 le fait que la liste n’était pas MoDem a été clairement revendiqué) comme la sixième force du département derrière le PS, l’UMP, EE (qui va se maintenir, il parait), la liste personnelle du Maire de Carhaix, Christian Troadec et le Front National.

Or, pardonnez-moi, mais se faire dépasser par le FN en Finistère … c’est un vrai exploit. Même sur la ville de notre tête de liste départementale, Quimper, où elle est conseillère municipale d’opposition en plus d’être conseillère régionale sortante, on plafonne à 5,01%. Le FN, devant d’une éclaboussure (5,07%).

Bref, un peu d’autocritique ne ferait pas de mal. Mais là je rêve. De toute manière c’est la faute aux autres, et de toute manière on aurait fait moins bien d’une autre manière, et de toute manière on a été formidables. Bref. Ça fait 3,61 %. What else, dirait l’autre.

Évacué le factuel, passons aux choses sérieuses. D’un point de vue politique, je ne peux pas dire d’avoir été surpris. Bien au contraire, je me suis battu, évidemment sans succès, pour que l’on prenne une approche moins intellectuelle (je connais plein de gens qui avaient voté pour Bayrou qui du centrisme s’en tamponnent) et plus adhérent à la réalité des électeurs démocrates. Déjà aux européennes j’avais prôné une approche centré sur les citoyens et leur degré de liberté. Les citoyens ont trouvé manifestement qu’on ne parlait pas de leur quotidien. Ce fut une veste et une abstention énorme. A l’occasion des régionales, j’ai fait, déjà le mois d’octobre, des propositions en ce sens, réadaptant la clé d’interprétation de réalité à l’échelon régional. Je crois que là encore, l’abstention aussi massive me donne raison à nouveau.

Et je remarque que, quand une équipe m’a fait confiance du point du vue du programme et de la conduite de la campagne, on a crée la surprise. D’ailleurs, si Alain fait plus de 13% dans sa commune, je pense que cette histoire l’a aidé. En tout cas l’a aidé à être candidat dans des (relatives) bonnes conditions. Certes, l’ampleur de la déconfiture, je l’avoue, a dépassé mes pronostiques. Cela n’est qu’une motivation supplémentaire pour me remettre, une dernière fois, au service du collectif. Car mes prochaines élections seraient en 2014 et, comme j’ai déjà dit, je vais arrêter l’engagement militant fin 2011.

En revanche, humainement, cela a été très très dur. De nombreuses déceptions humaines. Et quelques bonnes surprise également, qui restent à  confirmer dans la durée. Le temps se chargera d’un bilan plus complet. Une dernière bataille à combattre. Une bataille à gagner. Parce que c’est nécessaire.

Voter !

En toute logique

Nota : tous les pourcentages cités sont tirés de sources de presse, je m’excuse par l’avance d’éventuels erreurs que je corrigerai le cas échéant avec les données officielles, une fois celles-ci disponibles.

Après la veste des européennes, le veston des régionales.

Le MoDem, pardon, les listes soutenues par le MoDem, à 4% nationalement, selon les estimations.

Une seule région où le maintien est possible : l’Aquitaine, avec peu de marge. En Bretagne, où la liste conduite par Bruno Joncour ambitionnait les 10%, on sauve tous juste les meubles financiers : avec 5,36%, cinquième force derrière le Front National, on sera remboursés. Heureusement, le piètre résultat finistérien (3,61 %) n’a pas induit de dégâts plus conséquents. Et malgré tout, il se peut que cela soit un des meilleurs scores au niveau national.

Même si l’ampleur des dégâts est supérieur à ce que j’avais prévu (j’estimais autour de 7/8 pour la Bretagne), le résultat n’est guère étonnant. Quand on a peur d’assumer son identité, les électeurs regardent ailleurs. Et cela malgré les qualités reconnues de Bruno.

Dans mon canton, Bayrou avait récolté, au présidentielles, 2784 voix. Il n’en reste plus que 308. Et encore, mon canton est un canton avec un score honorable, nettement supérieur à la moyenne départementale. Peut-être nous y avons aussi la commune avec le score plus élevé du département (13,13 %) avec Plougourvest, bourgade du blogueur-candidat (en 8ème position) Alain Somme. Je regarderai les tableaux dans la presse demain pour en être sûr. En tout cas, bravo à lui pour s’être décarcassé avec intelligence et générosité.

Que faire de ce résultat ? Écouter, enfin, l’électorat ça ne serait pas une mauvaise chose.

Et l’électorat dit, c’est mon opinion, qu’un MoDem toujours tiraillé entre petits groupes de petits pouvoir, toujours en train de jouer à qui est plus centriste, plus orange, plus vert, toujours incapable d’être cohérent avec lui-même, et bien, le MoDem n’est pas crédible.

Aujourd’hui commence le raide chemin qui va nous conduire aux élections présidentielles, les seules où François Bayrou peut mettre dans la balance tout le poids de sa personnalité, de sa culture et de ses intuitions. J’étonnerai quelques lecteurs mais François Bayrou peut devenir Président en 2012, bien que cela ne soit pas probable.

Nous connaissons d’ores et déjà les arguments qui vont être déployés contre sa campagne. Il est seul. Pas de programme. Incapable d’avoir une majorité. Obsédé par le pouvoir. Un  illuminé. On a déjà vu, et on a déjà vu combien ces arguments peuvent faire prise durablement sur l’électorat.

A nous de les déjouer dès à présent. Et il y a un seul moyen pour le faire. Fonder, enfin, le Mouvement Démocrate au niveau de son idéologie. Fonder enfin ce parti qui sache parler différent aux électeurs non seulement dans la forme mais dans la substance.

Face aux dirigismes bleu, rouges, roses, vertes et autres couleurs fantaisistes, les Démocrates doivent incarner la force de la liberté. C’est par ce chemin, par l’invention de l’humanisme du XXIème siècle, que les Démocrates permettront, je le souhaite, de dépasser les clivages archaïques qui continuent à structurer l’espace politique français avec le résultat mirobolant de conduire la majorité absolue du corps citoyen à s’exclure de la vie politique, de la participation aux décisions collectives.

Je l’ai dit de nombreuses fois, y inclus sur ces mêmes pages. Le centrisme n’a plus de pertinence politique. L’écologisme est une impasse. La dictature des marchés, pas mieux. Des étatismes de droite et de gauche, on taira par pitié humaine.

Nous n’avons même pas à tirer un trait sur le passé : les électeurs s’en sont chargé à notre place.

Maintenant, inventons la politique de demain, pour mettre l’État au services des citoyens, pour accompagner le développement de notre civilisation, pour contribuer à l’élargissement continu de l’espace de liberté.

Voter !

Le cri

La politique en France, telle qu’elle est faite aujourd’hui, est irréaliste, surréaliste, irresponsable, irréelle, détachée du temps et des contingences, verbeuse, et pour cela dramatique. Laissez passer les élections et le poids de la réalité, comme la force de la pesanteur, lui remettra les pieds sur terre. Et alors là, fini de rire et de rêver. Le retour au réel que nous préparons, et qui suivra l’élection, sera à bien des égards triste et douloureux.

Chute de l’excellent article d’aujourd’hui de Jean-Michel Aphatie sur son blog.

Voter !

En ce lundi matin, juste un questionnement à partager, sans prétention d’y apporter une réponse : les ci-dits « leaders d’opinion », ça compte combien ? Quelque chose, sans aucun doute, mais sont ils réellement aussi « leaders » qu’ils le prétendent ?

En 2008 nous avons fait campagne pour les cantonales avec seulement 4 listes, ce qui est relativement peu (UMP, PS, MoDem, FN). La sortante socialiste ne se représentait pas et la nouvelle candidate était relativement peu connue. Le candidats UMP, Maire de la ville centre (50% des électeurs du canton), était également candidat à sa succession à la Mairie contre la candidate PS (cumul des candidatures pour pallier au manque de notoriété, un classique). Pour la Mairie, seuls UMP et PS étaient en lice, nous ayant choisi de nous concentrer sur les cantonales et ne pas éparpiller l’énergie d’une équipe très hétérogène et, à l’époque, encore en devenir.

Le candidat de l’UMP gagna la ville 55-45. Un score important. Dans sa campagne cantonales, il avait le soutien de six Maires sortants du canton (qui en compte huit, donc un seul lui manquait) avec tant de photo et déclarations dans les documents de campagne. De même, le président départemental du MoDem de l’époque, depuis passé à l’Alliance Centriste, lui affichait son soutien dans la presse malgré la présence d’une candidature démocrate que lui même avait consenti. Enfin, notre canton est en grande majorité agricole et les Maires sont souvent nettement plus à droite qu’à gauche (souvent, pas tout à fait toujours).

Si ces relais avaient été efficaces, il aurait du passer dans un carrosse au premier tour … eh bien non. Avec un MoDem à 16% (avec des candidats à la première grosse expérience) et un FN frôlant les 4%, il fut obligé de repiquer au deuxième tour. Où, avec la tenue du MoDem (à presque 14%) et un électorat FN fortement abstentionniste, il continua à ne pas dépasser la barre des 50% (48,18). En effet, l’écart de deuxième tour entre UMP et PS (10%) est drôlement proche de l’écart du duel sur la ville centre.

Mais ces leaders d’opinion, étaient-ils en vacances ?

ps : je ne pourrai pas y être car retenu pour des raisons professionnelles, mais la liste « soutenue par le MoDem » tient réunion publique sur ce canton ce soir à 18h30, espace Yves Quéguiner. Si vous êtes électeurs oranges, allez-y : les candidats apprécieront votre soutien. Si vous êtes électeurs indécis ou si vous envisagez de vous abstenir, allez-y. Au pire, vous ferez votre choix en connaissance de cause.

Voter !

Petit scoop qui fera plaisir à mes ennemis (peu) démocrates : je me prépare à abandonner mes activités politiques stricto sensu.

Petit hic : ce n’est absolument pas pour tout de suite. Car, avant de reprendre le rôle qui me sied le mieux, celui d’un producteur d’idées capable de dialoguer avec le monde politique, j’ai un travail à faire. Un travail qui demande une implication directe et personnelle en première ligne de ma part. Mes lecteurs les plus anciens, qui sont devenus de vrais amis malgré les kilomètres qui nous séparent, savent que j’ai une façon assez particulière de mener mes combats : là où le comportement politicien est souvent fait de coulisses, de grands bluffs et de petits chantages, je préfères avancer à visage découvert. Paradoxalement, afficher la couleur permet de mieux se protéger et aussi de concentrer l’énergie sur l’essentiel.

J’estime, avec toute l’incertitude qu’il faut accorder à une prévision, que décembre 2011 marquera la fin de mon « job ». Car, il s’agit d’un travail qui ne peut être mené correctement qu’en fin de cycle électoral. Dès janvier 2012, rien de nouveau ne pourra être construit : la campagne présidentielle, qui va démarrer le 22 mars et qui, en réalité, n’a jamais connue de véritable arrêt, va s’intensifier. Dans la foulée les législatives et, cette fois, une vraie échéance de mi-mandat en 2014 qui va voir municipales, européennes et nouvelles élections territoriales (si je ne me mêle pas les pinceaux) en même temps. Calendrier trop encombré pour éviter que les ambitions diverses (et légitimes au demeurant) ne phagocytent l’espace de travail. Construire, c’est maintenant. Car le 22, et pour certains endroits le 15, sera déjà le temps des questionnements. J’ai mes réponses. Discutables. Personnelles. Mais également robustes, je crois. Les garder pour moi serait stérile. Libre à mes collègues de suivre ou pas, en tout ou en partie.

Première étape, l’écriture d’un texte, relativement court, en guise de testament (ou manifeste, ça dépend des points de vue) politique. Le titre provisoire est : La route de la liberté.

Clin d’œil à l’ouvrage probablement le plus connu, bien que certainement pas le plus abouti, de Friedrich Hayek (La route de la servitude), ce titre résume toute ma vision politique. Tout est question de liberté. Mais la liberté, avant même d’être un droit et très loin d’être un état naturel, c’est une conquête issue d’un combat de tous les jours. La route de la liberté, est un chemin pierreux de montagne. Jean Lassalle, à qui je souhaite le meilleur pour son difficile combat en Aquitaine, apprécierait, je crois.

Cependant, ce texte, je ne peux pas l’écrire seul. Mon français ne me satisfait pas, compte tenu de l’exigence de précision, de synthèse et de lisibilité du texte à produire.

En toute humilité je cherche donc une plume. Qui aura comme seule rémunération le plaisir d’avoir joué un rôle dans ce parcours. Ce qui revient, de ma part, à partager l’intégralité des bénéfices que je vais tirer de l’opération.

Voter !

Les aléas des liens mi-virtuels mi-réels dans la blogosphère font que c’est en passant par la Porte d’Italie que j’ai découvert un blogueur breton, costarmoricain pour la précision, engagé politiquement sur un autre bord que le mien, nettement plus rose, virant rouge. Il tient un carnet de notes.

En période de campagne électorale, souvent, chacun ne fait qu’encenser son poulain. Il est grand, il est beau, il est intelligent, le poulain. Normal, on le soutiendrait pas, autrement.

Sauf que l’on oublie un détail extrêmement important : dans un système politique comme celui français, le nombre de gens qu’on arrive à convaincre est toujours infiniment plus petit de ceux qui restent pas convaincus. Et ce n’est pas l’artifice du deuxième tour qui peux faire oublier la réalité : combien votent tout juste pour le moindre mal, dans un deuxième tour ? Demandez aux gens de gauche en ce qui concerne 2002. Demandez aux électeurs de Bayrou en 2007 qui n’ont pas pu faire confiance à l’égérie de la « bravitude ». Aucun jugement, juste le constat.

Comprendre le regard des autres, il est essentiel, en politique. En tout cas, dans ma façon de concevoir la politique.

Alors, si Yann, costarmoricain de gauche, avait l’envie de nous restituer un portrait, sans sombrer dans la caricature, de Bruno Joncour, costarmoricain centriste, cela m’intéresserait. S’il le veut, j’essaierai de faire un portrait de Le Drian en retour, bien que j’ai une opinion plus précise des personnalités finistériennes.

Voter !

Premier tour des élections régionales, dimanche 14 mars.

Démarrage de la campagne officielle, aujourd’hui. J’ose espérer que cette campagne saura mobiliser les citoyens et leur donner, tout bêtement, au moins une bonne raison pour se lever du lit, enfiler une paire de chaussures et faire un détour pour les bureaux de vote.

Mon parti, le Mouvement Démocrate, semble aborder l’échéance en situation délicate, à s’en fier aux sondages : 4% au niveau national (entre 2 et 6 si on prend en compte une fourchette d’erreur raisonnable), ce n’est pas folichon. Pas de sondages pour la Bretagne mais même un élu localement connu et implanté comme Olivier Henno en Nord-Pas-de-Calais semble avoir toutes les peines du monde pour faire un score suffisamment important (5% dans les sondages). Seul Jean Lassalle, qui a déjà été capable de gagner la seule triangulaire de France aux législatives 2007 semble faire figure d’exception.

Si j’utilise aussi fréquemment le verbe « sembler », c’est que je sais combien la politique est un jeu dynamique. Le consensus d’aujourd’hui est différent de celui d’hier et sera différent de celui de demain. Et cela devient d’autant plus vrai que le délitement des idéologies du vingtième siècle a laissé place, pour le moment, à un faux pragmatisme nourri du mythe du « concret » qui n’est rien d’autre qu’un court termisme agité dopé à l’incapacité d’imaginer un demain autre que purement reproductif. Au moins en ce qui concerne les « grands partis ».

Dans cette moulinette, grande productrice d’insatisfaction en grande série, les électeurs viennent à se repartir en trois grandes familles : les « fans », les « swing » et les « swear ».

Les fans, constituent le socle théoriquement inébranlable de consensus. C’est la clé de la réussite politique de Berlusconi et, en moindre mesure, de Sarkozy. Des fans, ça ne réfléchit pas. Impulsifs et conditionnés, le cerveaux disponible parfait pour le markéting à vendre la lessive politique. Bien évidemment, des fans il y en a aussi à gauche, parmi les euroécologistes et dans l’électorat démocrate. Mais, résultats docent, moins que chez la minorité dominante.

Les swing, ça a longtemps décidé des élections. Ils lisent les programmes, ils regardent le parcours des personnes, ils se renseignent. Électeur rationnel, voir rationaliste, il connait son poids et ses limites. En conditions d’incertitude, il choisit très souvent de voter « contre », de choisir son ennemi plutôt que son poulain. Sniper redoutable. Déconstructeur à souhait.

Enfin les swear. Blasés, dégoutés, touspourrisés. Ils se réfugient dans l’illusion de l’aventin, dans le rêve lénifiant de ne pas s’être sali les mains avec un bulletin de vote. Naïfs, myopes ou vrais hypocrites, ils créent les conditions pour que une alliance d’intérêt entre les fans et une partie des swing snipers soit mise en place. Quand Berlusconi gagne en 1994 (et suite) en criant haro sur les « communistes coupables des pires dictatures de l’histoire et pères du terrorisme » (je cite par coeur) c’est que les snipers renforcent les fans éblouis par une certaine forme de réussite.

Ainsi, les tributaires du vote « d’opinion », comme il était usage de l’appeler au vingtième siècle, rament. Grave.

C’est dans le fluide de cette campagne presque fantôme, si regardée avec les yeux du citoyen lambda, que les forces telles le Mouvement Démocrate doivent faire preuve de leur capacité à naviguer.

Que la campagne, commence !

Voter !

Je réagis au billet de Frédéric, que je trouve intéressant. Il nous dit, je cite :

Et avec le recul, donc, il me semble évident qu’en termes de stratégie politique, trois chemins sont possibles pour les démocrates :

  • soit devenir majoritaires contre ces deux forces politiques que nous jugeons dangereuses pour le pays (Cf. les accords proposés par F. Bayrou aux écologistes, et rejetés aussitôt par les Verts) ;
  • soit nous associer à une gauche qui accepterait de renoncer à l’irréalisme socialiste (Cf. le projet de « Rassemblement » ou de « parlement de l’alternance » capable d’accoucher d’un projet alternative) ;
  • soit nous associer à une droite qui ferait une conversion à 180°, revenant aux valeurs républicaines et rejetant le sarkozysme, ses réseaux, sa doctrine, sa pratique politique, ses orientations, ses budgets, et j’en passe.

Ces trois chemins seraient tous trois honorables et prometteurs pour le pays. Si nous faisons passer nos valeurs et notre projet démocrate en première priorité, nous n’avons aucune raison d’exclure aucune de ces trois options.

Je crois qu’il a raison et qu’il se trompe en même temps. Car il voit juste mais il ne va pas au bout de l’analyse.

Est que le chemin 3, est faisable ? Tout d’abord, cela implique de considérer le sarkozysme comme un accident de l’histoire. C’est possible, mais je n’y parierais pas mes sous. Plus simple, la « droite » veut gagner, ce qui est parfaitement légitime au demeurant. Ce qui implique qu’elle ne changera pas de « logiciel » jusqu’au moment où un autre se montrerait plus efficace. En clair, pour que l’association avec la droite puisse devenir une option acceptable pour la droite, il sera nécessaire, pour les démocrates, d’avoir fait la preuve de leur efficacité électorale. A combien de xx,x% on pourra considérer que la preuve est faite ? Ce qu’on a l’habitude d’appeler « le centre » n’a pas résisté au mauvais score des présidentielles 2002, avec l’aspiration de gros bataillons para-centristes par l’UMP naissante (où leur poids reste faible, Raffarin en sait quelque chose). Donc 6% c’est peu. Mais le score de 2007 n’a pas suffit à enrayer les glissements. Au contraire, le groupe à Morin est parti armes et bagages, ainsi qu’un député breton pourtant élu sous l’étiquette UDF-MODEM contre le candidat de l’UMP. Donc 18,5 % n’est pas assez.

La « preuve de l’efficacité électorale » se positionne, à mon avis, dans la capacité de faire jeu égal avec les « grands » partis : rien à espérer si on n’est pas capables de se positionner durablement et de manière stable au delà des 20 % avec pointes au delà des 25. Si on n’est pas capables de ça, mieux abandonner toute velléité d’indépendance. Ce qui explique mon agacement profond vis à vis de tout ceux qui considèrent 10% comme un « bon » score (et même moins, à en juger par la composition des listes ici et là).

Venons au chemin 2. C’est un peu la démarche Cohn-Bendit, il me semble. Et il me semble qu’avoir fait peur au PS dans une élection ponctuelle, n’a pas changé grand chose chez le grand éléphant rose. Là encore, 16 % n’est pas assez. Là encore vaut le discours fait pour la droite. C’est le PS qui en veut ainsi.

Désolé d’être dur, mais cette envie (qui n’est pas forcément de Fréderic) de rêver d’alliances me semble la réédition politique du garçon boutonneux qui veut sortir avec la plus belle fille de l’école, qui passe ses journées et ses nuits à imaginer quel cadeau lui faire et à combien il sera magnifique de se promener main dans la main. Sauf que la fille se fout éperdument de lui.

Le chemin 3 demande de 20 à 25. Le chemin 2 demande de 20 à 25. Où les prendre, ces 25% ? Que l’on veuille ou non, que cela nous plaise ou non, il nous reste que le chemin 1 : devenir majoritaires.

C’est d’ailleurs ce que je m’échine à dire à mes amis oranges avant même d’avoir pris ma carte (les bonnes mémoires se rappelleront d’une réunion à Landerneau en 2007 …) ainsi que sur la toile, dès mes timides débuts bloguesques.

Enfin, je ne crois pas qu’il soit trop tard pour entreprendre cette voie. Mais cela implique la capacité de changer radicalement de braquet : disposons-nous d’un matériel humain suffisamment costaud pour se taper Tourmalet, Galibier, Ventoux et autres Gavia (fallait bien une touche d’Italie) ? N’étant pas dopé aux médias ni aux réseaux divers ?

En toute franchise, c’est loin d’être prouvé par l’histoire, mais si on ne prends pas le risque on ne le saura jamais.

(Ici une image d’amateur du « Gavia », et la montée fait 20% par endroit …)

Voter !

Prémisse qui devrait être inutile : le nom des leaders politiques pris pour référence sont à considérer comme des avatars de positions idéologiques plus générales et non comme des références strictes à la personne citée.

Jean-Luc Benhamias, ancien responsable des Verts, ayant intégré le MoDem, pour lequel il a été élu député européen, depuis quelque temps déjà, est à l’origine d’un nouveau sujet, Ecologie et Démocratie, auquel on pourra adhérer après les régionales.

La démarche étant très récente, il est difficile d’en cerner le caractère authentique : tactique ? de fond ? N’ayant pas plus d’éléments, il me semble judicieux de prendre la deuxième hypothèse. D’ailleurs, si cela devait être une pure manœuvre politicienne, elle n’aurait aucun intérêt au fins de cette série de billets. Donc, posons l’hypothèse que c’est du fond. Est-que ce fond est intéressant ? Est-qu’il montre le potentiel pour dépasser faiblesses et limites des autres approches déjà passés en revue ?

Sur papier, je suis sceptique. Je recopie du site officiel :

Ouverte à tous ceux pour qui écologie et démocratie sont indissociables, cette fédération vise l’accélération de la mise en place des mesures indispensables à l’émergence d’une société responsable.

- « Ecologie et démocratie » participe en France et en Europe à toutes les initiatives qui œuvrent à la construction d’une force démocrate, écologique et sociale dont le Mouvement Démocrate (MoDem) est le principal référent en France et le Parti Démocrate Européen en Europe.
- « Ecologie et démocratie » débat avec toutes les formations se revendiquant de l’écologie politique en France et en Europe.
- « Ecologie et démocratie » est ouverte aux discussions avec tous les démocrates, laïcs et républicains et soutient en ce sens l’initiative du Rassemblement initiée à Marseille et Dijon autour de Vincent Peillon, Marielle De Sarnez, Daniel Cohn-Bendit, Christiane Taubira, Robert Hue, François Rebsamen et Jean-Luc Bennahmias.

On y trouve trois choses, dans ce passage éclaircissant. Sans hiérarchie entre les points, on peut commencer par citer le rappel très « Brundtland » du « rassemblement » pour construire une force « démocrate, écologique et sociale » ayant comme interlocuteurs privilégiés ceux issus de « l’écologie politique ». En cela, la différenciation avec la démarche « à la Cohn-Bendit » est faible, la distance avec une approche « à la Lepage », infime.

De même, il y a l’appel à une « société responsable », rappel implicite au volontarisme de l’action des minorités éclairées assez contradictoire avec le rappel à la démocratie, affichée dès le « label ».

Enfin, l’ancrage strictement « modémiste » de la proposition. Ce dernier élément pourrait avoir un quelque intérêt si le MoDem s’avérait capable de dépasser le stade de « mouvement centriste » (cf Anticentrisme). Ce qui ne semble pas, à mon regret, être réellement d’actualité. En effet, et en l’état, il me semble que le fond original soit relativement modeste, impression renforcée par l’affichage comme « valeurs fondateurs » de « simples » mesures de programme (parfois intéressantes, au demeurant).

Ainsi, le sentiment que l’hypothèse de départ n’est pas bonne et qu’on est en présence d’un mouvement tactique pour ne pas découvrir le « flanc vert des oranges », alors que le PS peut phagocyter la dynamique verte et euroécologiste et que l’UMP dispose de solides relais médiatiques et de quelque personnalité sincèrement impliquée (Morizet, Juppé, plus sceptique sur Borloo). Dans ce cas, rien de nouveau sur l’échiquier.

Fautes d’éléments plus concrets, je me réserve, sceptiquement, le jugement.

Voter !

Prémisse qui devrait être inutile : le nom des leaders politiques pris pour référence sont à considérer comme des avatars de positions idéologiques plus générales et non comme des références strictes à la personne citée.

Avec Corinne Lepage et son « Cap21″, on aborde la thématique écologique sous un angle intéressant : il n’est pas question de « sauver la planète » mais de « sauver la vie de l’homme sur la planète ». Le principe me plaît et l’astronome manqué que je suis pense naturellement aux cycles de vie des planètes. La Terre est née bien avant l’homme et elle, probablement, lui survivra longtemps. La Terre est un organisme vivant qui abrite un certain nombre de symbiontes, dont l’homme. Si celui persiste à se comporter en parasite, l’organisme principal le dégagera pour assurer sa survie.

A partir de cette prémisse, on comprend aisément le fait que j’ai regardé avec beaucoup de intérêt et de sympathie à la démarche. Cependant, Corinne (j’espère qu’elle ne m’en voudra pas de la tutoyer) fait, à mon avis, la même erreur que François Bayrou avec son idée de « centralité ». En effet, elle n’a de cesse d’appeler à un rassemblement « écologique, social et démocrate » et de préconiser une « écolonomie sociale de marché ». L’idée étant que mettre côte à côte des gens « plutôt écolo », « plutôt sociaux », « plutôt écono » serait une garantie de prise en compte globale des problèmes.

La démarche, de mon point de vue, présente deux faiblesses très fortes, qui se renforcent l’une l’autre. Tout d’abord, pour que cela puisse fonctionner, chacune des personnes composant les « pétales » du trèfle du durable devrait être capable de placer le débat sur ce qui rassemble plutôt que sur ce qui divise. Cela est sans compter sur le fait que la différenciation des disciplines tend à mettre en exergue  les différences. Et même au delà de cet aspect de réalisme, le procédé conduit nécessairement à la recherche d’un compromis « a minima », à la stérilisation des diversités de vision pour ne garder ce qui serait « durable-compatible ». D’ailleurs, il serait injuste de faire porter le poids de cette faiblesse à Cap21 : elle est bien présente dès la formulation du concept de « durable » que le mouvement écologiste ne fait qu’interpréter, de manière assez fidèle par ailleurs, ce que l’image ici bas montre avec clarté. Je l’ai appelé « Lepage » pour coller au national mais j’aurais dû l’appeler « l’approche Brundtland ».

Or, il m’est avis que, pour offrir une perspective politique réelle à nos sociétés, on ne peut pas bâtir par soustraction : le vrai défi ce n’est pas de trouver ce microespace où environnement, économie et social convergent mais de donner un sens propre, indépendant, autonome à ce « durable » pour le rendre capable d’être inclusif, de constituer un cadre dans lequel tout un chacun pourrait s’y retrouver.

Par conséquent, tout comme l’appel à faire travailler ensemble des gens de droite et de gauche garde une portée limitée, ce « rassemblement » tourne facilement au dialogue de sourds. Même si, et c’est que justice de le dire, il y a chez Cap21 aussi des gens de qualité exceptionnelle. Quelqu’un tient aussi un blog que j’aime beaucoup. Mais bâtir une vision politique uniquement sur la qualité individuelle des personnes, c’est supporter les aléas de la statistique. Et comme, en moyenne, nous sommes tous moyens, ce n’est pas très judicieux.

Au pire, une impasse. Au mieux une construction éphémère.

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