Berlusconi agressé
14 déc
Je voulais faire un billet la dessous. Et après je suis passé chez Toréador. Impossible de faire un meilleur billet. Lisez donc le sien.
14 déc
Je voulais faire un billet la dessous. Et après je suis passé chez Toréador. Impossible de faire un meilleur billet. Lisez donc le sien.
Messine. Zancle si vous êtes passionnés d’histoire classique. Et la côté nord-est de la Sicile. C’est un pan entier de mon enfance qui défile au jt et dans les journaux ces jours ci : la pluie, une très grosse pluie, a tué des dizaines de personnes. La Nature, cette méchante.
Photos prises par un habitant de Giampilieri
Scaletta Zanclea (la photo 3 montre la nationale reliant Messine à Catane, il me semble)
A Scaletta je m’arrêtais gamin avec mon père acheter du poulpe vivant et du petit thon blanc pêché à la ligne … avant de m’arrêter à Itala Marina acheter un excellent cannolo. Tiens, la pâtisserie était dans une cuvette coincée entre la montagne et la voie ferré : disparue ? Ce 30 km de côte sicilienne je les ai arpentés sans aucun doute plusieurs milliers de fois. J’y étais pas plus loin que le 14 août de cette année. Cette côté je la voyait de la terrasse de mon immeuble quand je réglais l’antenne télé. Et à chaque fois que je sortais de la ville en voiture. C’est une partie de mon chez-moi de pluri-émigré qui a été couvert de boue. Et c’est probablement une cinquantaine de personnes qui ont péri et qui n’y étaient pas forcément pour quelque chose. Tiens, comme Domenico.
Pour autant, cette tragédie n’a rien d’imprévisible : déjà en 2007 la montagne avait prévenu.
Pourtant, c’est une jolie bourgade … où il y a également une école maternelle (asilo en italien) dont 16 gamins manquaient à l’appel selon le Corriere …
Et la Nature, n’y est pas pour grande chose non plus. Dans ces régions de méditerranée il fait souvent beau. Mais aussi chaud et humide. Autant le climat y est, en moyenne, paisible, autant des phénomènes brefs et violents ne sont pas rares. J’ai un souvenir du lycée. De la fenêtre derrière le prof on voyait la mer, car le lycée est en hauteur. Et une trombe d’air, une mini tornade se constituer au centre du détroit, aspirer l’eau de surface et créer une unique colonne tourbillonnante d’eau et de vent. Un quart d’heure d’enfer. Pas plus. Mais des dégâts assez impressionnants.
Dans ce petit morceaux de Grande Grèce, j’y ait vécu 18 ans. J’y suis retourné très régulièrement pendant au moins une quinzaine d’années. Je ne suis pas surpris de la pluie. Plus grave, je ne suis pas surpris du désastre. Et je n’ai aucun espoir que quiconque en tire les leçons.
On continuera à incendier la montagne pour permettre aux « amis des amis » de construire, de bétonner, on continuera à négliger la montagne car les écureuils ne votent pas et on continuera à s’essuyer des larmes hypocrites sur les vies d’une multitudes sacrifié aux intérêts de quelqu’un.
Autre carte postale d’Italie, sombre malgré le soleil épatant qui est si normal dans l’été au 38° parallèle. Et autre expérience marquante de mon parcours.
En effet, je ne sais plus si j’en ai déjà parlé, rien ne me vouait à l’économie (ni à la politique d’ailleurs) : je me voyais plutôt dans l’étude des étoiles variables RR Lyrae. Cependant, les craintes du chômage dans ma ville (35% à l’époque) poussèrent mes parent à m’envoyer à Milan. Cette image, fixée dans ma mémoire d’enfant me fit choisir le développement territorial comme branche.
Ça devait être un des moteurs du développement économique du « Mezzogiorno » : un établissement chimique qui devait employer plus de 1000 personnes. L’Etat italien mis lourdement la main à la poche : environ 150 millions d’éuros (trois-cent milliards de lires) au début des années soixante-dix.
Résultats ? Quels résultats : elle devait produire des bioprotéines mais, déjà pendant la construction, on savait que ces produits étaient cancérigènes. Jamais aucun produit ne sortit de l’usine.
Les fonds furent phagocytés par des entreprises liées à la criminalité organisée. Les six-cent employés furent mis au chômage exceptionnel indemnisé. Parfois pendant quelques décennies.
Et une côte magnifique fut dévastée à jamais.

Si quelqu’un vous dit que le développement est une question de « moyens », crachez lui à la figure : soit il est incompétent, soit il ment.
03 août
Milan (Milano en italien) est une plaque tournante de ma vie.
C’est la ville de mes études.
C’est la ville de ma rencontre (et mon désenchantement) avec le monde de la mode. Et où j’ai croisé quelques top-model à cheval des années 90 … Bref, passons …
C’est la ville où j’ai succombé au virus de la politique.
C’est la ville où j’ai épousé la femme qui partage ma folie de vie.
C’est la ville qui m’a consacré professionnellement, bien qu’elle me soit devenue trop étroite par la suite.
C’est même la ville de mon club de foot.
C’est une ville que j’ai suffisamment aimée pour en guérir. Une ville qui ressemble à un de ces vieux bouquins pédagogiques d’anatomie où à chaque feuillet, à chaque niveau, on découvre une réalité différente.
Une ville intéressante, à déguster avec sobriété réelle et démesure simulée.
En cette période de vacances, cette ville située à 1400 km de chacun de mes « chez-moi », méritait bien un petit hommage.
Et si vous êtes dans les parages, ne ratez pour rien au monde le meilleur cappuccino de la ville (et bien au delà).
Chez « De’ Cherubini », évidemment.
Et une petite vidéo tirée de YouTube pour vous
L’Aquila, Italie centrale. Le 6 avril elle rassemblait à ça :

Un champ de ruines dans lequel beaucoup de gens ont péri.
Soucieux de l’image et avec l’élégance qui lui est propre, Berlusconi décida illico de déplacer le G8, qui devait se tenir à Rome La Maddalena dans la ville meurtrie. Pour une fois, je partage cette décision. Rien mieux de la désolation d’une ville qui reste à reconstruire ne pouvait être meilleur décor pour un « sommet » dont le nom est bien moqueur.
J’ai sous les yeux le document phare émis par le G14 : Promoting the Global Agenda (Promouvoir l’Agenda Globale). Si j’avais été très dubitatif sur le G20, alors là, quant à discours creux et recettes réchauffées, je suis gâté.
Je passe sur l’engagement à reformer les institutions financières internationales (c’est du redit du G20) et autres petites aménités comme le volontarisme affiché (24 fois de « we will », l’équivalent poli du « moi-je » sarkozyste, 11 fois « we are committed » et 5 fois « commitment », bref, beaucoup de « bonnes » intentions …) pour me concentrer sur l’économie et le développement.
Avec tout ce volontarisme et ces rendez-vous « historiques » face à « la pire crise depuis 1929″ on serait en droit de s’attendre à des nouveautés, des remises en cause, de l’impulsion. Eh bien, il faut pas rêver non plus.
La conception même du développement nous a mené dans une impasse (lire ici) ? On s’en fout ! « We share a common vision on development and will mobilise resources to respond to the development emergency and to advance in the achievement of the internationally agreed development goals including the Millennium Development Goals (MDGs) » (§ 1).
Et, bien entendu, penser de se libérer de la dictature de la croissance serait strictement utopique (« We have discussed a global recovery agenda and future sources of growth, both in terms of macroeconomic patterns and of structural issues » – § 4).
Par conséquent, face à une continuité de cette pensée vide (si vous pensez à un cabri criant « croissance, croissance » à chercher avec les dents, alors on partage cette pensée) on ne pouvait qu’aboutir sur des recettes qui ont prouvé leur peu de pertinence : le cycle de Doha et bien entendu son volet agricole (« Supporting open markets and concluding the Doha Round » – § 6 et 7) et, corollaire, le renforcement de l’investissement international (« We consider international investment a major source of growth, employment, innovation and development in our countries » – § 8 )
Quoi ?
Dans une économie globalisé, marquée par une finance globalisée le concept même d’ investissement international n’a pas de sens ?
Franchement, c’est ridicule (clic) … grotesque
Les « Aquilani » s’en seraient très bien passés mais aujourd’hui aucune autre ville ne pouvait être meilleur fond de scène pour cette pensée en ruine.
Je vous le signalais hier reprenant un billet de A&C.
Adscriptum apporte une réponse :
« Nicolas Sarkozy a été, dans les années 1980, l’avocat de Silvio Berlusconi. (…) Comme le souligne le Corriere della Sera, il défendait les intérêts de l’empire médiatique du Transalpin dans le long contentieux qui opposait La Cinq, achetée par le Cavaliere, au gouvernement français, puis aux partenaires français de la chaîne de télévision. Le groupe d’avocats dont faisait partie Nicolas Sarkozy pour défendre le magnat italien n’était pas parvenu à dénouer l’affaire. Le litige avait nécessité un arbitrage suisse » (Rue 89 citant Le Temps)
Et en plus le cabinet avait échoué …
Après allez vous surprendre du fait que NS soit fasciné par l’autre !
On avait déjà détecté chez le Président de la République Française et le Premier Ministre italien des proximités saisissantes.
Mais ce n’est rien par rapport à ce qu’on peut apprendre chez Aglio & Cipolla (L’Ail et l’Oignon), à mettre immédiatement dans les flux de lecture de tous qui s’intéressent au « Bel Paese » (Le Beau Pays).
Allez, quelques extraits pour la route :
« Nicolas Sarkozy a fait parti des heureux gagnants à la loterie de Corfou. Objet: le conflit Russo-Géorgien dont Silvio s’attribuait jusque là, seul, la sortie ”triomphale”, comme les promoteurs du site ”Le Nobel de la Paix pour Berlusconi” le soulignent: le Supercavaliere a eu raison de la guerre froide (Silvio a dit aussi un jour de 2004 à Washington que ”le 11 septembre fut une attaque du communisme aux Etats-Unis” et il fut pardonné, en plein quart d’heure de gloire américaine). Bref, voici ce qu’il a déclaré au sujet de cet épisode Russo-Géorgien:
Avocat de Silvio, mamma mia. On peut légitimement douter que le président de la République française ait apprécié d’être également relégué au rang de fantassin, de zouave berlusconien. À moins bien sûr qu’il n’ait pour projet à court terme de fuir Versailles à l’improviste, pour devenir réfugié politique et sur sa lancée… ministre de la Justice en Italie? »
L’Elysée n’a jamais démenti même si on sait bien que Berlusconi est maître dans l’art de dire, dédire et médire tout et son contraire. Vous comprenez, il a tuttalastampadisinistracontro ! (tous les médias de gauche contre)
Et là, on est obligé de repenser à ce morceau : ils cherchent le Sarkozy italien, ils n’ont pas compris que Sarkozy est le Berlusconi français
Et on se dit que même dans le meilleur mensonge, il peut se cacher une part de vérité.
D’accord, c’est de l’intox.
Cependant, permettez-moi une chronologie comparative entre la France et l’Italie. Pourquoi ? Mais parce que, comme je disais ailleurs, la France a décidé, drôle d’idée par ailleurs, de suivre la marche de l’Italie avec au moins dix ans de décalage. Vous n’y croyez pas ? Place au calendrier.
Tout juste une précision de langage : en Italie le « Parti Socialiste » a été plutôt le parti des affaires, l’homologue du PS français devant se rechercher plutôt au Parti Communiste Italien.
Bien. En 2009 Manuel Valls souhaite que le PS change de nom. En 1991, le PCI, sous l’impulsion de Achille Occhetto, décide d’abandonner les références au communisme et change de nom pour adopter celui de « Parti des Démocrates de Gauche » (PDS en italien). Les « durs et purs » quittent le parti pour défendre des positions plus radicales mais ouvertes à des pactes de gouvernement (un Front de Gauche avec 15 ans d’avance). Manuel Valls trouve que le mot « parti » enferme la proposition politique dans quelque chose d’étroit et lui préfère le mot « mouvement« . Sans enfoncer le clou rappelant que cette distinction entre « parti » et « mouvement » était un cheval de bataille de la Ligue du Nord dès l’acte de sa création en 1991 (tiens, encore) au point que dans ses statuts on utilisait jamais le mot de « parti », cette réflexion a existé également au sein du PDS : en 1998 le mot « parti » est abandonné et la force politique prend le nom plus large de « Démocrates de Gauche » (DS). En effet, à cette époque, pratiquement aucune force de l’échiquier politique n’arbore le nom de parti. Je cite en vrac : Forza Italia, Alliance Nationale, Ligue du Nord, Démocrates de Gauche, Centre Chrétien-Démocrate, Marguerite, Démocratie Européenne, Réfondation Communiste, les Verts, Fiamma Tricolore, Liste Di Pietro, Liste Bonino … Voyez-vous des « partis » là dedans ? Et pourtant ça couvre un spectre politique très (mais alors très très) large. Manuel Valls se déclare favorable à une ouverture vers les Démocrates et vers la société civile. Je suis épatté par sa capacité de vision innovante : en effet c’est le projet de Romano Prodi de 1995 (l’Olivier). Par ailleurs, ce projet (le seul capable de mettre Berlusconi à l’opposition sur les derniers 15 années) a toujours capoté « grâce » aux alliés de la gauche radicale. Pour autant il me semble que le PS (français) ne puisse pas laisser tomber le PCF, ni Mélenchon et son « Die Linke à la française ».
Le constat de l’incapacité de cette alliance à tenir le rênes du Pays (deux victoires at aucune législature portée à terme) conduira à la création (ô combien complexe et difficile) du Parti Démocrate par la fusion des socio-démocrates modérés et des démocrates de la Marguerite (co-fondateurs du PDE). La litigiosité, la volonté hégémonique et le complexe de supériorité intellectuelle existant dans l’aile « gauche » de ce parti ont empêché jusqu’à présent le succès de l’opération, conduisant aux démissions de Walter Veltroni (ex PCI) de la Présidence du Parti. Son successeur par intérim, Dario Franceschini (ex Marguerite) semble avoir réussi à stopper pour l’instant l’hémorragie de suffrages.
Si je me permets ce rappel historique à Manuel Valls c’est que l’histoire de nos voisins nous apprends deux choses : qu’il existe un espace politique majoritaire susceptible de se reconnaitre dans une proposition démocrate, qui considère l’argent au service de l’homme et pas le contraire et que cette proposition, au delà des Alpes, n’a été crédible que quand elle a été portée par un homme du « centre » (Prodi, Franceschini).
Manuel Valls demande, dans les faits, la création d’un Parti Démocrate à la française mais préfère parler de Mouvement. J’ai un scoop pour lui : le Mouvement Démocrate, existe déjà.
11 juin
Non, ce n’est pas de l’ « Aide aux Salariés en Difficulté en Entreprise » dont je vais vous parler. Mais de la nouvelle « Alliance des Socialistes et des Démocrates Européens » : selon Dario Franceschini, c’est dans ce nouveau groupe que les 21 (22 si Lisbonne passe) députés européens du Parti Démocrate vont siéger.
Article de Repubblica (en italien).
08 juin
Debora Serracchiani était une figure presque inconnue du Partito Democratico jusqu’en mars dernier. Candidate aux élections européennes, elle bat Berlusconi (oui, yes, dem’s can!) : dans le système italien il n’y a pas de liste bloquée, il faut exprimer une ou plusieurs « préférences ». Elle fait six fois le score de sa tête de liste et 9000 préférences plus du Premier Ministre. Et pourtant, elle n’y va pas avec le dos de la cuillière quand il faut. Debora Serracchiani, c’est ça (en italien)
Ça parle à quelqu’un ?