Berlusconi agressé

Je voulais faire un billet la dessous. Et après je suis passé chez Toréador. Impossible de faire un meilleur billet. Lisez donc le sien.

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Voila, le premier jet de mon article sur un nouvel indicateur de développement est prêt et désormais envoyé pour validation du fond, avant de procéder à l’étoffer et peaufiner en vue d’une possible publication. L’article est un peu long et technique, sans doute trop pour le reproduire ici. Néanmoins j’avais promis à quelque collègue de ouèbe de partager des éléments de réflexion que voici.

Tout d’abord une considération générale : les indicateurs existants ont tendance à être des indicateurs de résultat (ex. PIB mais aussi la pléthore d’indicateurs que vous pouvez trouver décrits simplement sur NoPIB). Je crois que c’est une limite car, en imposant un résultat objectif on impose également, de manière implicite, un modèle de développement spécifique. Ce qui me pose un grand problème éthique (négation de liberté) et peut porter dans le mur (incapacité de remise en question). Le PIB ou autre indicateur de résultat, la différence est mince du point de vue de la logique.

Pour éviter ce problème, j’ai donc cherché à positionner la réflexion en amont : mon opinion est que tout développement (selon la définition que j’en donne et que vous pouvez retrouver ici ou ici) a pour effet d’élargir les possibilités de développement. Donc il peut être mesuré de manière indirecte.

En choisissant cet angle, je suis amené à épouser la vision de A.Sen sur la liberté positive et plus précisément le concept de capabilité. L’idée de l’indicateur est simple : les moyens sont importants mais également la possibilité de les utiliser (liberté) : un indicateur composite permet donc de mesurer la Valeur de l’Espace de Développement et sa variation (bien que cela soit techniquement imprécis), la Création d’Espace de Développement.

La formule pour le calcul de la VED est la suivante : VED = CMS * ITL où

CMS exprime l’ensemble des moyens disponibles auprès des acteurs territoriaux sous forme de parité de pouvoir d’achat (c’est une valeur en $)

ITL est un paramètre compris entre 0 et 1 qui exprime le degré de liberté effective existante sur le territoire choisi. Notamment ITL = ITLE * ITLF où les deux catégories représentent les deux libertés prises en compte par l’indicateur : la liberté d’être et la liberté de faire.

A parité de rapports de pouvoir d’achat, la CED = VED(t) – VED(t-1). On a création d’espace de développement (et donc développement) en présence de l’augmentation des moyens, de la liberté d’être et de la liberté de faire. Si les variations sont discordantes (ex. moyens en hausse, libertés en baisse) l’indicateur réagira selon l’importance relative des dynamiques. Ainsi, une faible réduction de moyens en présence d’une grande amélioration des libertés (et vice-versa) produira l’augmentation de la VED, donc une CED positive.

Enfin une considération. Bien que ce ne fût pas mon idée de départ, cet indicateur se configure comme une évolution de l’IDH : si quelqu’un avec des bon contacts avec le PNUD leur passe mon numéro de téléphone ……

Bon d’accord, c’était pour dire … (merdouille, on ne peut plus faire de blagues par ici …)

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L’Aquila, Italie centrale. Le 6 avril elle rassemblait à ça :

Un champ de ruines dans lequel beaucoup de gens ont péri.

Soucieux de l’image et avec l’élégance qui lui est propre, Berlusconi décida illico de déplacer le G8, qui devait se tenir à Rome La Maddalena dans la ville meurtrie. Pour une fois, je partage cette décision. Rien mieux de la désolation d’une ville qui reste à reconstruire ne pouvait être meilleur décor pour un « sommet » dont le nom est bien moqueur.

J’ai sous les yeux le document phare émis par le G14 : Promoting the Global Agenda (Promouvoir l’Agenda Globale). Si j’avais été très dubitatif sur le G20, alors là, quant à discours creux et recettes réchauffées, je suis gâté.

Je passe sur l’engagement à reformer les institutions financières internationales (c’est du redit du G20) et autres petites aménités comme le volontarisme affiché (24 fois de « we will », l’équivalent poli du « moi-je » sarkozyste, 11 fois « we are committed » et 5 fois « commitment », bref, beaucoup de « bonnes » intentions …) pour me concentrer sur l’économie et le développement.

Avec tout ce volontarisme et ces rendez-vous « historiques » face à « la pire crise depuis 1929″ on serait en droit de s’attendre à des nouveautés, des remises en cause, de l’impulsion. Eh bien, il faut pas rêver non plus.

La conception même du développement nous a mené dans une impasse (lire ici) ? On s’en fout ! « We share a common vision on development and will mobilise resources to respond to the development emergency and to advance in the achievement of the internationally agreed development goals including the Millennium Development Goals (MDGs) » (§ 1).

Et, bien entendu, penser de se libérer de la dictature de la croissance serait strictement utopique (« We have discussed a global recovery agenda and future sources of growth, both in terms of macroeconomic patterns and of structural issues » – § 4).

Par conséquent, face à une continuité de cette pensée vide (si vous pensez à un cabri criant « croissance, croissance » à chercher avec les dents, alors on partage cette pensée) on ne pouvait qu’aboutir sur des recettes qui ont prouvé leur peu de pertinence : le cycle de Doha et bien entendu son volet agricole (« Supporting open markets and concluding the Doha Round » – § 6 et 7) et, corollaire, le renforcement de l’investissement international (« We consider international investment a major source of growth, employment, innovation and development in our countries » – § 8 )

Quoi ?

Dans une économie globalisé, marquée par une finance globalisée le concept même d’ investissement international n’a pas de sens ?

Franchement, c’est ridicule (clic) … grotesque

Les « Aquilani » s’en seraient très bien passés mais aujourd’hui aucune autre ville ne pouvait être meilleur fond de scène pour cette pensée en ruine.

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Je vous le signalais hier reprenant un billet de A&C.

Adscriptum apporte une réponse :

« Nicolas Sarkozy a été, dans les années 1980, l’avocat de Silvio Berlusconi. (…) Comme le souligne le Corriere della Sera, il défendait les intérêts de l’empire médiatique du Transalpin dans le long contentieux qui opposait La Cinq, achetée par le Cavaliere, au gouvernement français, puis aux partenaires français de la chaîne de télévision. Le groupe d’avocats dont faisait partie Nicolas Sarkozy pour défendre le magnat italien n’était pas parvenu à dénouer l’affaire. Le litige avait nécessité un arbitrage suisse » (Rue 89 citant Le Temps)

Et en plus le cabinet avait échoué …

Après allez vous surprendre du fait que NS soit fasciné par l’autre !

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On avait déjà détecté chez le Président de la République Française et le Premier Ministre italien des proximités saisissantes.

Mais ce n’est rien par rapport à ce qu’on peut apprendre chez Aglio & Cipolla (L’Ail et l’Oignon), à mettre immédiatement dans les flux de lecture de tous qui s’intéressent au « Bel Paese » (Le Beau Pays).

Allez, quelques extraits pour la route :

« Nicolas Sarkozy a fait parti des heureux gagnants à la loterie de Corfou. Objet: le conflit Russo-Géorgien dont Silvio s’attribuait jusque là, seul, la sortie ”triomphale”, comme les promoteurs du site ”Le Nobel de la Paix pour Berlusconi” le soulignent: le Supercavaliere a eu raison de la guerre froide (Silvio a dit aussi un jour de 2004 à Washington que ”le 11 septembre fut une attaque du communisme aux Etats-Unis” et il fut pardonné, en plein quart d’heure de gloire américaine). Bref, voici ce qu’il a déclaré au sujet de cet épisode Russo-Géorgien:

Silvio Berlusconi: ”Heureusement j’ai envoyé là-bas le bon Sarkozy, car il y a des années il était mon avocat, et il s’est rendu à Moscou comme médiateur pendant que j’étais au téléphone avec Poutine pour remettre les choses en place” (juin 2009)

Avocat de Silvio, mamma mia. On peut légitimement douter que le président de la République française ait apprécié d’être également relégué au rang de fantassin, de zouave berlusconien. À moins bien sûr qu’il n’ait pour projet à court terme de fuir Versailles à l’improviste, pour devenir réfugié politique et sur sa lancée… ministre de la Justice en Italie? »

Silvio Berlusconi: ”Je sais, ils cherchent le Sarkozy italien, ils n’ont pas compris que Sarkozy est le Berlusconi français. Il a aussi été mon avocat. Et puis ces soit-disant ”nouveaux hommes” ont la mémoire courte” (mai 2007)

L’Elysée n’a jamais démenti même si on sait bien que Berlusconi est maître dans l’art de dire, dédire et médire tout et son contraire. Vous comprenez, il a tuttalastampadisinistracontro ! (tous les médias de gauche contre)

Et là, on est obligé de repenser à ce morceau : ils cherchent le Sarkozy italien, ils n’ont pas compris que Sarkozy est le Berlusconi français

Et on se dit que même dans le meilleur mensonge, il peut se cacher une part de vérité.

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Il faisait très beau à Brest cet après-midi. On se déplaçait en famille, après avoir passé la matinée à coller des affiches et à discuter avec quelque passant. Certes, François Bayrou était en retard mais le Moulin Blanc nous montrait le meilleur de soi-même : soleil, une chaleur agréable, un petit marin … La bière était bonne, aussi.

(source de la photo : site de la communauté urbaine)

Puis, ce fut le temps des discours. Un mot du Président de la Fédération du Finistère, André Lesven, un mot de Nadine Kersaudy, numéro 5 sur la liste et Maire à Cléden-Cap-Sizun, que beaucoup de touristes connaissent à cause de la magnifique Pointe du Van et de la Baie des Trépassées. Un mot de Sylvie Goulard, un mot de Bruno Joncour. Et le discours de François Bayrou. Un bon discours, désormais rodé au fil des rencontres e des réunions où les thèmes de la campagne étaient bien résumés.

Et là, pafffff !!!

Pour expliquer que les enjeux européens ne peuvent pas être dissociés des enjeux nationaux il demanda quel italien pouvait voter pour l’Europe sans avoir en tête les frasques de Berlusconi

Or il se trouve que je comprends son argument. Mais qu’est que vous voulez, repenser à notre petit « Caïnain » à nous m’a gâché l’après-midi (et je ne savait pas encore de l’accident). Surtout quand je pense que l’autre, qu’on ne peut pas nommer, s’en inspire largement.

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Olivier analyse depuis quelque temps le positionnement des différents députés européen, avec un oeil particulier dédié aux députés français. Curieux comme il convient de l’être pour compredre les choses, il met en parallèle le comportement des parlementaires français avec certains de leurs homologues étrangers, dont les italiens. Ainsi il note que la « Gauche Démocrate » (j’aurais plutôt dit les « Démocrates de Gauche ») ont un comprtement assez dispersé et il s’interroge sur les raisons de ce manque de cohésion. Je ne suis pas un expert des DS (composante du PSE en Italie) mais je peux avancer quelques hypothèses.

Tout d’abord, si on regarde la carte d’Olivier on verra aisément que cette dispersion est valable un peu pour tous les groupes sauf les plus extrêmes. Prenons la droite italienne : on en retrouve quelques éléments avec les UMP, quelques uns dans un « no man’s land » de la droite (un peu comme Cornillet en France) mais la plus grande partie d’entre eux occupe une place plus proche du centre. Dans cet espace, on retrouve également un ancien ministre « socialiste-caviar » (De Michelis), des membres italiens du PSE, le leader historique des radicaux (libertarien, inscrit à l’ADLE au titre de l’ELDR). Le reste des membres italiens du PSE est également proche des députés du MoDem, sur l’aile « gauche », nettement plus que des socialistes français. Dernier , Giulietto Chiesa, répertorié comme démocrate/libéral dans la carte et qui vote pratiquement comme les verts a rejoint le PSE en cours de route. Enfin, pour anectodique qu’il soit, les représentants italiens du groupe de l’Union pour l’Europe des Nations (pas de parlementaires français) votent pour certains avec l’UMP, d’autres on les retrouve dans ce positionnement hybride déjà montré et quelqu’un relativement peu éloigné du FN (plus que le MPF néanmoins).

La dispersion est donc monnaie courante parmi les parlementaires italien. Ceci dit, en ce qui concerne les membres du PSE cela prend une dimension différente car il sont « à cheval » des deux camps traditionnels. Cela se justifie, je crois, par l’histoire de la « gauche » italienne. Et je crois qu’il y a là dedans quelques enseignements pour le MoDem.

Permettez-moi un brin d’histoire. Quand j’ai commencé à m’engager directement en politique, au début des années 90, on avait une alliance de gouvernement de centre-droit (DC-PSI-PRI-PLI-PSDI) qu’on savait rongée jusqu’à la moëlle par des pratiques de corruption et en face le Parti Communiste Italien, avec des nostalgiques du fascisme (le MSI) qui avaient été tenus à l’écart bien que le système proportionnel pur existant à l’époque leur permettait une petite représentation parlementaire. L’éclatement au grand jour des scandales de corruption et la montée en puissance de la Ligue du Nord, gangant sans alliés, en 1993, la ville de Milan, induit de grands changements dans la structure même de la politique italienne.

Un premier tournant, qui structure encore aujourd’hui la vie politique italienne, en 1994 Berlusconi s’engage directement (le PSI, son allié politique ayant été presque rayé de la carte). Autre élément, considéré presque anectodique à l’époque, le PCI change de nom pour devenir le « Parti Démocrate de la Gauche » (PDS). Berlusconi gagne avec une stratégie d’alliances à géométrie variable (avec la Ligue et contre le MSI devenu AN au nord, avec AN au sud). Dans ce bouleversement, l’ancienne DC, écornée elle aussi par des scandales à répétition, éclate. Une parti rejoint AN, une autre le parti berlusconien, une partie s’allie avec la gauche, une partie reste indépendante.

Dans un système majoritaire Berlusconi gagnera, ce qui n’a pas vraiment changé depuis, à mon plus grand regret. Certes, la Ligue le fera tomber une première fois en janvier 95 et Romano Prodi (auquel Formentini, ancien Maire leghiste de Milan  se ralliera suite au glissement vers l’extrême droite imposé à la Ligue) gagne les élections en 96 mais au prix d’une alliance avec la gauche radicale (le PDS ayant perdu des morceaux sur sa gauche un peu comme le PS avec Mélenchon) qui s’averera intenable. Et Berlusconi gagnera même les élections perdues de 2004 (un demi-million de voix en plus par rapport à Prodi). Le tout avec un argument autant couillon qu’efficace : eux ce sont les communistes, ce sont toujours les mêmes personnes, celles qui croyaient à l’URSS ; moi je suis la liberté. C’est con mais ça marche.

Depuis 94, l’histoire de la gauche (et de plus en plus du « centre ») italienne est celle de chercher une alternative durable au berlusconisme. Cela a forcé des gens d’horizons différents à se mettre ensemble. La naissance du « Partito Démocratico », fusion d’une partie des héritiers de la DC et d’une partie des héritiers du PCI, rentre dans cette logique. Cette compression des identités politiques de chacun est visible dans les votes au PE.

L’Italie a un système politique en recomposition permanente depuis 15 ans. J’espère vivement que l’expérience du PD puisse être couronné de succès. Cependant, ce que j’ai vu c’est que le complexe de supériorité d’une certaine gauche socialiste (en Italie comme en France) empêche le dialogue concret et apaisé des différentes âmes « démocrates ».

L’ancien « centre », tant en Italie qu’en France a pris ses responsabilités. Mais on ne peut pas évoluer à la place des autres.

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