Dans son discours de clôture de l’UR 2009, François Bayrou donnait rendez-vous au congrès d’Arras avec cette phrase : « Nous allons écrire, cet automne, cet aggiornamento de notre programme pour la France« . Je veux le croire. C’est donc avec une attention particulière que j’ai lues les propositions du militant Bayrou (ce sont ses mots). En l’état, elles me laissent un peu perplexe mais je penses qu’elles sont amenées à évoluer.

Pour ma part, le seul moyen que je connais pour faire avancer les choses c’est de contribuer, avec mes limites, à stimuler le débat. Au lendemain du premier tour j’avais laissé un message via le site de campagne de Bayrou un message dont je n’ai stupidement pas gardé copie. En gros je « lui » disais : « Il vous manque une seule chose pour gagner : une doctrine économique pertinente ». J’avais peut-être été optimiste. En tout cas quand j’entends dire que les « modèle du XXIème siècle » personne ne sait à quoi ça ressemble, je me dis que l’économie va avoir un rôle structurant dans le débat et que c’est de mon devoir d’intellectuel, avant même que celui de militant politique, de m’y engager dès maintenant.

D’ici peu il y a les régionales : ça tombe bien, l’expérience bretonne est éclatante. Quel est le programme économique de la Région, à guide PS, Verts, PCF et régionalistes « de gauche » ? Et bien, c’est une politique de l’offre, ou si vous voulez une politique de droite modérée.

Economie et emploi (www.bretagne.fr)

Soutenir les projets des entreprises

Le soutien aux filières

La matière grise au service de la compétitivité

Promouvoir une économie sociale et solidaire

Favoriser la qualité dans l’agriculture et l’agroalimentaire

Soutenir un plan pour la pêche et l’aquaculture

Renforcer l’attractivité économique de la Bretagne

Certes, une politique mise en place avec des moyens de gauche (mécanismes administratifs versus mécanismes de marché). Mais, au fond ? Depuis des années, en France je pense qu’on peut prendre le tournant de 1983, dans la matière économique, la droite fait la droite, la gauche fait la droite et le centre, privé d’espace de médiation, est obligé de mâtiner à la marge.

Il y a, bien sur, les propositions tirées d’une interprétation rigide des approches écologiques sur socle de lecture partielle et déterministe de Marx : anticapitalistes, altermondialistes et décroissants. Je ne crois pas que cela soit à la hauteur des enjeux. Je ne crois pas que la référence à l’économie sociale de marché, dont on oublie souvent qu’il s’agit d’un modèle déjà tombé en crise, le soit non plus.

Concentrons-nous sur la substance, pour parler avec Aristote, à la place de s’étouffer sur des questions de forme.

Quelle est la mission de l’économie, pourvu qu’elle en ait une ? Quel est son vrai rôle dans la société que nous désirons ?

Les modèles, cela n’est qu’outil, instrument. Certes nécessaire et pratique mais jamais une fin en soi.

Voter !

Honteux ou Hontox ?

Sans commentaire. Sauf les vôtres, bien sur.

Voter !

Dans son discours de clôture de l’Université de Rentrée du Mouvement Démocrate, François Bayrou a souhaité lancer la préparation du Congrès d’Arras notamment en portant « comme militant » (sic) douze propositions. Cher François, de militant à militant, voici ce que j’en pense à chaud (et même à tiède). Mais d’abord un rappel des propositions.

L’alternance doit donner à la France un projet de société fondé sur la solidarité que j’ai expliquée entre concitoyens et entre générations.

Il n’y a pas de solidarité sans liberté, les citoyens doivent être protégé dans leur liberté individuelle et leur liberté collective.

Le principe de solidarité suppose que les efforts soient équitablement répartis, demander à chacun en fonction de ses moyens, notamment par la progressivité effective de la fiscalité.

Le principe de solidarité exige de protéger et de restaurer, quand il le faut, pour le transmettre le patrimoine écologique terre, eau, atmosphère, climat, biodiversité.

Le principe de solidarité exige de donner la première place dans l’action publique aux devoirs d’éducation en moyen et en exigences.

Une société n’est viable que si elle permet authentiquement la mobilité sociale, l’accession aux situations de reconnaissance, d’influence et de responsabilité, les parcours de réussite, quel que soit le milieu social et culturel d’origine.

Le pouvoir n’est pas une domination, il ne peut pas être un monopole. Les institutions doivent garantir à tous les citoyens une vraie représentation et un authentique et équilibre des pouvoirs. L’impartialité est un impératif catégorique de l’État républicain.

Il n’y a pas de justice s’il n’y a pas d’indépendance de la justice.

L’économie ne doit pas assurer seulement la production de biens au plus bas coût, elle doit aussi assurer l’équilibre de la société par l’abondance du travail et la limitation des disparités de revenus. La protection des citoyens dans leur travail et leur épargne exige la régulation notamment des marchés financiers et de l’univers bancaire.

La liberté d’entreprendre et la liberté d’entreprise sont les piliers d’une économie vivante. Les petites entreprises ont droit à une protection particulière.

L’Europe est un moyen précieux de notre influence dans le monde et du progrès de nos sociétés. L’Europe doit considérer que sa mission est de protéger l’intégrité des sociétés européennes et de leurs avancées sociales et pas seulement l’efficacité des marchés.

La France défend un ordre mondial fondé sur l’équilibre de la puissance, l’égale dignité des peuples et leur co-responsabilité dans leur obligation de développement.

Mon cher François, tout ça est bien beau mais il présente deux défauts de taille, au moins à mes yeux. D’ailleurs les deux sont intimement liés.

Tu aimes la langue française, les beaux discours, l’élégance de l’écrit : c’est quelque chose que j’ai toujours apprécié dans ton personnage et que, je crois, parle aussi de la vérité de l’homme au delà de l’apparence du politicien. Cependant, cela te conduit à parler trop, à être inutilement prolixe. Et, dans le cas présent, à te concentrer sur les apparences de la réalité plutôt que sur son essence.

Tu as dit que le clivage est entre ce qui acceptent d’en prendre pour dix ans de cette majorité et de ce Président et ceux qui pensent, comme toi, que cela serait grave.  Mais pourquoi tu l’estimes « grave » ? Certes, la réponse détaillée est dans tes livres mais je crois qu’il y en a une, synthétique et pertinente qui fait que moi et toi, nous sommes militants dans le même parti.

Nous croyons à la liberté de l’homme. Et à sa responsabilité. Toi le catholique et moi le mécréant, nous arrivons exactement au même point et c’est ça aussi la magie de l’esprit humain.

Mais, qu’est c’est la liberté ? Je sais que tu n’as pas le temps de feuilleter le blogs pour le plaisir, pourtant c’est une question qui a donnée des débats passionnés. Personnellement, je pense qu’on nie la liberté en deux occasions : quand on met des interdits, a fortiori arbitraires, et quand on ne donne pas les moyens et les opportunités de faire.

Tu évoques le mode de scrutin : il est une évidence que le mode actuel affecte la liberté d’avoir des opinions politiques hétérodoxes et de participer à la vie de la collectivité à certains citoyens. Travaillons pour améliorer la liberté de nos concitoyens.

Tu évoques la progressivité de l’impôt et la solidarité : est-qu’un pauvre ou un handicapé ont le même espace de choix de vie qu’un riche ou qu’une personne en parfaite santé ? Travaillons pour améliorer la liberté de nos concitoyens.

Je pourrais continuer longtemps mais je sais que tu es pressé.

La devise de la France est Liberté, Egalité, Fraternité. Réinterpréter la Liberté, en assurer l’accès égal à tous les citoyens dans le respect de la différence de chacun, voilà en une seule ligne un projet de société novateur.

N’acceptons pas d’être esclaves de l’Etat. N’acceptons pas d’être esclaves des marchés. N’acceptons pas d’être esclaves de la « sagesse conventionnelle ».

Soyons Libres.

Avec amitié et respect.

Voter !

Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 4 a été publié pour la première fois le 22 juillet 2008. Je le reprends ici dans le cadre des articles économiques de juillet en laissant la formulation d’origine.

Si le travail sur la consolidation d’une « identité européenne », via le partage de valeurs fondamentales, est un enjeu vital, ces valeurs doivent se traduire en actions concrètes, visibles et efficaces de mise en œuvre. Il nous semble que, depuis sa création, « l’Europe » s’est donné une mission spécifique pour traduire en actes ses principes : le développement. Nous estimons que c’est une mission à perpétuer. Cependant, on dérogerait à notre devoir de personnes engagées en politique si on ne remettait pas en question certains paradigmes et définitions. En un mot, une certaine théorie du développement.

Dans les années 50, sous l’impulsion des théories économiques dominantes (approche néoclassique, keynésienne et marxiste), on a pu croire dans l’identité parfaite entre développement et développement économique ainsi que dans l’existence de modèles « universels », de recettes absolues pour « progresser » sur la bonne voie. Peu importent les conditions de départ, on pouvait se reposer sur des théories « scientifiques », mondialement acceptées. D’ailleurs, les conditions dans lesquelles la réflexion avait lieu n’étaient pas propices à la nuance : un contient détruit, marqué par l’insuffisance alimentaire, contraint à « choisir son camp » dans la Guerre Froide naissante.

Les accords firent rentrer l’Europe occidentale dans la sphère d’influence américaine, ce qui signifia, entre autre, l’OTAN, le Plan Marshall et les théories économiques d’importation américaine. D’ailleurs, il s’agit d’une influence qui ne s’est jamais tarie : Keynes et son multiplicateur des investissements, puis Laffer et sa courbe relative à l’imposition fiscale, Galbraith et son analyse des jeux de pouvoir, enfin les « néo-libéraux », ont exercé une influence indéniable sur le comportement de l’Europe.

En même temps, L’Europe, notamment le « couple franco-allemand », n’a jamais cessé de produire des concepts autonomes liés au développement, notamment en ce qui concerne les solidarités et plus en général une approche humaniste à la société. Ces concepts, portés plutôt par des philosophes, des sociologues et des courants politiques et religieux, n’ont jamais trouvé un réel terrain d’entente avec l’économie. Ainsi, par la recherche d’un équilibre entre deux tendances contradictoires, l’Europe a développé un modèle spécifique, et efficace, de développement sans pour autant se l’approprier complètement.

Ce n’est donc pas tout à fait du hasard, si le principal « social-économiste » contemporain, prix Nobel de surcroit, n’est pas européen : Amartya Sen. Et pourtant, beaucoup de Sen a été appliqué avant la lettre en « Europe ». Aujourd’hui, l’Union peut et doit franchir un cap : s’approprier ses expériences, l’expérience de ses membres et de l’Union en tant que telle. De part ces expériences, nous savons maintenant que le mot « développement » et même la locution « développement économique » indiquent des concepts qui mutent avec la situation de départ : développement en France ce n’est pas développement en Afrique subsaharienne. Par conséquent, nous savons qu’il n’existe pas d’approches « universels » au développement mais que la pertinence doit être recherchée au niveau des territoires.

En réalité, nous pouvons à présent définir le « développement » comme le chemin qu’un certain territoire entame pour réaliser ses propres objectifs. Par conséquent, à cultures différentes peuvent correspondre concepts de développement très éloignés l’un de l’autre et même contradictoires, selon la nature des objectifs choisis par ces « construit sociaux » qui sont les territoires.
En reliant ces connaissances, on peut identifier des priorités pour faire en sorte que l’Europe puisse assumer son ambition d’être référence dans l’aide au développement.

Tout d’abord, il conviendrait d’investir dans la recherche fondamentale dans le domaine de l’économie : si nous sommes conscients des limites des théories acceptés, nous devons nous doter d’instruments plus pertinents. La deuxième guerre mondiale nous a obligés à « choisir un camp », le début du vingt-unième siècle nous offre l’opportunité de « bâtir notre camp ». C’est vrai pour la doctrine politique, c’est vrai également pour l’économie.

Deuxièmement, il est nécessaire d’intégrer l’idée que les actions vouées au développement des pays de l’Union peuvent être absolument différentes par rapport aux actions d’aide aux autres pays : situations différentes peuvent demander des actions différentes. D’ailleurs, une ambition pour l’Union pourrait être de devenir un vrai laboratoire des politiques de développement sur un territoire relativement aisé : c’est un énorme chantier qui permettrait d’affronter et de déminer les craintes des populations « riches » ainsi que d’analyser en profondeur l’impact d’une économie parfaitement globalisée sur les modèles de développement et notamment de croissance.

Enfin, mais pas moins important, reconnaître le caractère non-universel des modèles de développement, nous permettra d’intégrer une valeur typiquement européenne, la tolérance, le respect de l’autre, dans les programmes d’aide. Car nous pouvons reconnaître que le projet de développement reste propriété du territoire qui le porte et que cette propriété est, en elle-même, une valeur économique et de société.

Voter !

Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 2 a été publié pour la première fois le 8 juillet 2008. Je le reprends ici en laissant la formulation d’origine.


Le diagnostic qu’on vient de poser nous porte face à une question fondamentale : qui est-il « l’Européen » ? Cette question n’est en rien oisive : la panne de l’Europe peut en effet s’expliquer par le changement des contours de ce concept.

En 1957, à l’adoption du Traité de Rome, l’Européen en tant que tel n’existe pas. Par conséquent, il est parfaitement normal que la construction européenne s’appuie sur les institutions étatiques et que la dimension des coopérations internationales est prédominante par rapport à un parcours hypothétique de convergence politique profonde.

D’ailleurs, en 1957, l’Europe n’impacte l’expérience quotidienne des citoyens lambda que de façon indirecte, notamment via la politique agricole et, à partir des années 70, des fonds de développement régional.

Aujourd’hui la situation est profondément différente. En effet, cette « expérience directe » de l’Europe est devenue, au fur est à mesure, quotidienne : l’instauration de l’espace Schengen, l’adoption de l’euro, l’harmonisation effective des parcours de la formation supérieure (réforme LMD en France) et une amélioration considérable du niveau de vie moyen, au moins dans l’ancienne « Europe des 15 », font que le citoyen lambda s’affranchit de plus en plus de son Etat d’origine.

Quand on écoute les gens, on s’aperçoit vite que pratiquement tout le monde a un proche, un ami ou quelqu’un qu’il connaît qui vit da manière stable dans un autre pays européen. Aujourd’hui on se déplace à l’étranger, en Europe, pour des choses aussi banales que faire de l’essence, acheter des cigarettes ou encore du vin. On y va pour un simple week-end « fish and chips ».

La réalité est que, dans les comportements concrets, les européens vivent leurs déplacements et leurs choix de vie « internationaux » comme des simples arbitrages entre « régions de vie ». Quelle différence entre le Breton qui montait à Paris et le jeune français qui choisit de faire ses études à Londres ou à Barcelone ? Strictement aucune, si on prend le point de vue de la personne.

D’ailleurs, tout comme le Breton dont ont vient de parler se sent (souvent) très français ET très breton (ET très léonard, pour exemple), l’identité d’européen se rajoute sans se substituer à celle de ressortissant d’un certain Etat. Cependant, l’émergence de cette nouvelle identité modifie les contours de la « Nation », car l’identité plus vaste tend à contenir la plus étroite.

« L’Européen » est donc un citoyen en devenir, élément fondateur, en puissance, d’une Nation Européenne, elle-même en devenir. De même, il est porteur d’un besoin d’accompagnement de son devenir, besoin qui reste, à présent, sans réponse.

L’Europe, telle qu’elle est aujourd’hui, est inadaptée à comprendre cette évolution. A fortiori elle est complètement incapable de la prendre en compte et de la gouverner. Elle est à la fois, en panne et incapable de s’en sortir.

En effet, à présent, il y a décalage entre ce que l’Europe est (les traités) et ce qui les Européens voudraient qu’elle soit : que ce n’est étonnant que les « nonistes de gauche » aient attaqué le TCE sur la « concurrence libre et non faussée » alors qu’elle fait partie du génome de la CEE depuis le Traité de Rome !

Que faire ? A notre avis, un approche démocrate ne peut que partir des peuples : si décalage il y a, et on a montré qu’il y en a, c’est aux institutions de s’adapter pour répondre aux évolutions sociétales, pour les gouverner et pour en déminer les possibles dérives. Un système qui se couperait de façon permanente de la représentativité de ses citoyens est voué à la monarchie traditionnelle ou à la dictature : c’est un scénario qui nous répugne.

Voter !

Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 1 a été publié pour la première fois le 1er juillet 2008. Je le reprends ici en laissant la formulation d’origine.


Le premier concept clé de notre projet pourrait sembler d’une banalité absolue, si les faits ne nous disaient pas qu’on est en présence d’un problème : il est indispensable de créer l’Europe des Européens. Quelques regards à l’histoire de la construction européenne permettra de mieux expliquer cette conviction.

Notre avis est que la logique même du Traité de Rome de 1957 a atteint les limites de ses contradictions internes. En effet, le traité instituant la « Communauté Economique Européenne », présentait une ambivalence de taille : si dans son préambule il est fait état de la détermination partagée par les Six de statuer « les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens », la réalité du traité en est toute autre. Pour s’en rendre compte, il est suffisant de lire les articles 2 et 3 :

Article 2.
La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun et par le rapprochement progressif des politiques économiques des États membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une expansion continue et équilibrée, une stabilité accrue, un relèvement accéléré du niveau de vie et des relations plus étroites entre les États qu’elle réunit.

Article 3.
Aux fins énoncées à l’article précédent, l’action de la Communauté comporte, dans les conditions et selon les rythmes prévus par le présent traité :
a) l’élimination, entre les États membres, des droits de douane et des restrictions quantitatives à l’entrée et à la sortie des marchandises, ainsi que de toutes autres mesures d’effet équivalent,
b) l’établissement d’un tarif douanier commun et d’une politique commerciale commune envers les États tiers,
c) l’abolition, entre les États membres, des obstacles à la libre circulation des personnes, des services et des capitaux,
d) l’instauration d’une politique commune dans le domaine de l’agriculture,
e) l’instauration d’une politique commune dans le domaine des transports,
f) l’établissement d’un régime assurant que la concurrence n’est pas faussée dans le marché commun,
g) l’application de procédures permettant de coordonner les politiques économiques des États membres et de parer aux déséquilibres dans leurs balances des paiements,
h) le rapprochement des législations nationales dans la mesure nécessaire au fonctionnement du marché commun,
i) la création d’un Fonds social européen, en vue d’améliorer les possibilités d’emploi des travailleurs et de contribuer au relèvement de leur niveau de vie,
j) l’institution d’une Banque européenne d’investissement, destinée à faciliter l’expansion économique de la Communauté par la création de ressources nouvelles,
k) l’association des pays et territoires d’outre-mer, en vue d’accroître les échanges et de poursuivre en commun l’effort de développement économique et social.

Ici, la notion de « peuple » est équivalente à celle d’ensemble de citoyens des Etats. Deuxièmement, le texte est axé sur les dynamiques économiques et toute la convergence législative est subordonnée à ca qui est « nécessaire au fonctionnement du marché commun ». C’est ce que nous appelons l’Europe des Etats.

D’ailleurs, et les faits l’ont montré, en 1957 c’était vraisemblablement la bonne approche, même si on imagine une certaine déception parmi les partisans des « Etats-Unis d’Europe ».

Avec le Traité de Maastricht et ses intégrations dites « de Nice » et « d’Amsterdam », on aurait dû faire un énorme pas en avant. En relisant le texte de 1992, on peut dire que ce fut un raté :

« L’Union se donne pour objectifs:
- de promouvoir un progrès économique et social équilibré et durable, notamment par la création d’un espace sans frontières intérieures, par le renforcement de la cohésion économique et sociale et par l’établissement d’une union économique et monétaire comportant, à terme, une monnaie unique, conformément aux dispositions du présent traité;
- d’affirmer son identité sur la scène internationale, notamment par la mise en œuvre d’une politique étrangère et de sécurité commune, y compris la définition à terme d’une politique de défense commune, qui pourrait conduire, le moment venu, à une défense commune;
- de renforcer la protection des droits et des intérêts des ressortissants de ses États membres par l’instauration d’une citoyenneté de l’Union;
- de développer une coopération étroite dans le domaine de la justice et des affaires intérieures;
- de maintenir intégralement l’acquis communautaire et de le développer afin d’examiner, conformément à la procédure visée à l’article N paragraphe 2, dans quelle mesure les politiques et formes de coopération instaurées par le présent traité devraient être révisées en vue d’assurer l’efficacité des mécanismes et institutions communautaires.

Ce traité, toujours en vigueur, était ambitieux : une monnaie, une citoyenneté, une politique étrangère, de sécurité et de défense, idéalement une justice, européennes. Cependant les Etats, pourtant signataires, ont largement trahi leurs engagements : il est vrai que leur existence même pouvait être menacée.

Ainsi la « seule » partie de ce « Traité sur l’Union » qui aura véritablement abouti, c’est la création de l’Euro.

La monnaie unique est un succès indéniable mais l’incapacité de l’Union à faire respecter les décisions à ses signataires, la multiplication des « géométries variables » et en définitive la démission des Etats de leur rôle dans la construction européenne a fait que l’Europe des Etats se réduise à l’Europe des Banquiers. Or, cette Europe là, ne peut pas mobiliser « les peuples ». Trop abstraite, trop distante, forcément trop technique.

Et pourtant, ce n’a pas été une surprise pour tous ceux qui travaillaient dans les années 90 sur concepts de « petites patries » , comme l’Ecosse, la Catalogne, les Flandres et ainsi de suite.

En effet, dans le préambule du Traité de Maastricht, le mot « peuple » est cité souvent mais toujours au pluriel et avec un possessif devant : les signataires, les Etats, parlent de « leurs peuples ». Comment pouvait-on penser qu’on aboutirait à une citoyenneté européenne sans la reconnaissance d’un ou plusieurs « peuples européens » ? La contradiction était et reste trop forte.

Sauf que les peuples existent, et ils veulent compter : n’ayant, ou ne croyant avoir, aucune opportunité de compter en positif, ils manifestent leur frustration en négatif. Non, non, non. En France. Au Pays-Bas. En Irlande.

Une frustration si forte que les Etats ont maintenant peur de consulter l’électorat.

Une frustration si forte qui met en péril l’existence même de « l’Europe ».

Une frustration qu’il est dangereux de ne pas prendre en compte : d’autres en France ont été sourds aux cris du peuple qui avait faim, on sait tous quelle fin ils ont fait.

Voter !