Le 21 juin, je présentais une contribution écrite au débat sur le mauvais score des Démocrates aux élections européennes. Au vu de la tournure que prend le débat, il me semble intéressant de partager la réflexion avec vous.
Vous voudrez bien me pardonner d’avoir omis des passages qui n’ont pas vocation à être rendus publics et qui n’altèrent pas le sens du texte.
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Chers collègues Démocrates,
nous sommes appelés à cette occasion pour donner notre sentiment sur le résultat insatisfaisant des élections européennes et pour fournir quelques réflexions tournées vers le futur.
Les élections européennes
Il est très facile de jeter la pierre sur le dos de François Bayrou et de son altercation avec Daniel Cohn-Bendit. Certes, dans un contexte d’abstention massive où les voix pèsent lourd cela n’a pas été négligeable et tous ceux qui ont été au bureaux de vote le savent. Cependant, cela s’est greffé sur des faiblesses plus anciennes et plus profondes qui sont à la fois les raisons d’un niveau faible des Démocrates (11/12 % avant altercation) et qui étaient déjà présentes dans la défaite, certes glorieuse, aux élections présidentielles.
Quand on a la prétention de rompre un duopole de pouvoir aussi bien installé qu’en France, on doit savoir qu’on sera attaqué de tout bord, parfois avec de la mauvaise foi et la provocation. Et on doit préparer les réponses, on doit être solide. Du sommet du parti jusqu’au dernier des militants. En passant par les cadres, élus et barons divers. Or, nous avons été faibles, en 2007, en 2008 et également en 2009, et nous avons perdu par notre faiblesse. Et si nous avons été faibles c’est qu’on n’a pas su être un collectif.
On reproche souvent à François Bayrou d’avoir un style de direction plutôt rude et pas très participatif. Mais sommes nous, à notre niveau, tous blancs comme colombes ? J’étais candidat pour être sur cette liste. Je n’y étais pas et j’avais fait part, discrètement et très en amont de la campagne, de mes perplexités. Elles n’ont pas été prises en compte. Mais faire partie d’un Mouvement politique c’est aussi savoir accepter d’être minoritaire et jouer quand même le jeu à fond. C’est un signe de maturité politique qui nous a fait, collectivement, défaut.
François Bayrou a certainement ses responsabilités : avec dignité les a reconnues. Cependant, penser que le Mouvement peut se construire par le haut c’est, au mieux, faire preuve de naïveté. On ne bâtit pas une maison par le toit, même si c’est ce qu’on voit de loin. Et la base de tout Mouvement politique, ce sont ses militants. Est-que [omissis] on a toujours respecté le vote des militants ? Est-qu’on a accepté les orientations indiquées par les représentants des militants ? Est qu’on a su être solidaires les uns des autres et travailler pour construire une relation de confiance durable entre le citoyen et le Mouvement ? Si nous pouvons répondre avec un oui sincère à toutes ces questions, alors on n’a rien à nous reprocher.
Le fait est que cette relation de confiance durable entre Mouvement et citoyens ne s’est pas construite. A mon avis, il y a deux raisons qui nous ont empêché de réussir. Premièrement, nombre d’entre nous ont mis du temps à comprendre que l’époque où l’UDF apportait la nécessaire intelligence aux voix du RPR est révolue. Et si c’est révolu, c’est d’abord parce que le RPR l’a décidé, en 2002, et l’a confirmé en 2007. Le RPR ne veut pas d’alliés mais des assujettis. L’ « ouverture » sarkozyenne en est la meilleure démonstration : qu’est qu’il y a de « centriste » et de « gauche » dans la politique de la Majorité Présidentielle ? Quel rôle politique pour les différents satellites ? On ne peut pas s’allier avec quelqu’un qui rêve de te tuer, sinon en conditions de force. C’est une vérité élémentaire [omissis] finalement évidente à tous.
Ensuite, il y a un vrai problème de compréhension de l’espace politique. Mon sentiment est qu’il y a, aujourd’hui, deux espaces politiques distinctes en compétition entre eux. Le premier, héritage du XIXème et du XXème siècle, est structuré par l’opposition, manichéenne à mes yeux mais certainement ressentie comme fondamentale par d’autres, entre la droite et la gauche. Je ne veux pas porter de jugement sur cet espace. Il existe et il a sa dignité. Il a également ses partis pour le représenter.
Je revendique le droit de ne pas m’y reconnaître. Et mon sentiment est que je suis loin d’être le seul. Les millions de voix qui, dans un cadre de mobilisation massive de l’électorat, se sont portés sur François Bayrou au premier tour de l’élection présidentielle en 2007, expriment, à mon avis, la demande de ce nouvel espace politique de trouver un représentation valable. Avec tout le respect que j’ai pour la plus grande partie des personnes le composant, je pense que c’est un message que l’appareil de l’UDF transporté au Mouvement Démocrate n’a pas su écouter. Ainsi, cette fois dans un cadre de mobilisation très faible, le message a été hurlé par le vote d’Europe Écologie. Qui est, même si je peux me tromper, bien différent politiquement du vote « Vert» à Dominique Voynet ou à Noël Mamère.
Cet espace politique est, je le crois, l’espace politique du XXIème siècle. Mais il n’est pas structuré. D’où la difficulté pour une structure partisane de l’interpréter dans sa globalité. D’où également une certaine infidélité électorale. De ce manque de structuration aussi l’exigence de se pencher sur les sujets de fond, de faire émerger les différences et donner des éléments pour donner forme aux projets de société alternatifs qui sont demandés avec force par cette partie de nos concitoyens.
Cela me paraît d’autant plus pertinent que le « gadin » du MoDem peut être lu comme la victoire de la stratégie défensive du PS. Tous connaissent le traumatisme socialiste de 2002 et le rappel, presque obsessionnel, au vote utile en 2007 quand, pour éviter un nouveau « cauchemar» , le PS avait dû (et réussi à) siphonner tous ses alliés. A partir des écologistes. Depuis, il nous servent tous les jours la même soupe : Bayrou l’imposture de droite. Car ils pensaient que, le Béarnais liquidé, les brebis seraient rentrées docilement au bercail. Grave erreur. Finalement, cet électorat voit maintenant Bayrou comme un réactionnaire de droite donc, ils votent Europe Écologie. Chapeau.
Les échéances à venir
Bernard Poignant a déclaré récemment : « Il ne manque pas de citoyens compétents et intelligents pour diriger le pays en dehors du PS. Si un parti, comme structure d’organisation, ne répond pas à ce pour quoi il est fait, il peut mourir, au moins s’étioler, agoniser lentement. » Je crois que son propos s’applique parfaitement à notre Mouvement. Notre mission est de donner voix à cet espace politique, majoritaire, susceptible de se reconnaitre dans une proposition démocrate, qui considère l’argent au service de l’homme et pas le contraire. Or cela ne sera pas possible sans un enracinement profond sur le territoire.
L’analyse des résultats par commune nous montrent que avoir des élus n’est pas, de soi-même, une garantie de résultat. Ce qui est important est l’enracinement. [omissis].
Je crois que nous devons être capables de tirer les leçons de ce scrutin et travailler à un enracinement harmonieux du Mouvement Démocrate [omissis] : cela implique probablement un renouvellement plus radical des attitudes qui ont été les nôtres évitant que les résistances de la structure nuisent à la cohésion entre les militants et avec l’électorat.