La formule est empruntée à Marie-Laure.

Faire de la politique dans un pays autre que le sien est une expérience particulière. Je crois que ni Nemo, ni Arnaud, ni même Florian me contrediront sur ce point. Dans le sempiternel débat politco-nombriliste sur les alliances, le centrisme, le centredroitisme, le centregauchisme, le démocratisme, l’ailleurisme et j’en passe, j’ai toujours soutenu l’idée qu’il existe un espace politique structuré autour du clivage droite-gauche, qui inclut le « centrisme » historique, si je peux m’exprimer ainsi, et un autre espace qui est en attente de propositions structurantes. Pour vérifier, j’ai voulu me soumettre à un test fait maison : pour qui je voterais dans un autre pays ?

En effet, un socialiste ou un néoconservateur peuvent voter à plus près de manière identique dans de nombreux pays dits « occidentaux ». L’électeur du No Man’s Land, lui, est obligé de faire avec une offre qui ne lui sied pas parfaitement (même loin de là) et de chercher un peu le moins pire. Alors, moi, je ferais quoi ?

En France : bon cela est facile, je vote Mouvement Démocrate même si parfois, comme d’autres, je m’interroge. En 2004, j’ai voté Parti Fédéraliste.

En Italie : cela est facile aussi. J’y vote pour les législatives donc je sais. Parti Démocrate, très à reculons. Si Bersani gagne la présidence du parti, ça sera, comme cela a déjà été, un vote pour un petit parti hors alliances (il s’est rallié depuis et il s’est égaré lourdement, donc il faudra en trouver un autre).

Aux Etats Unis : simple aussi. J’ai fait trois fois (une petite) campagne pour Ralph Nader (2000, 2004, 2008)

Au Royaume Uni : Liberal-Démocrats, avec prudence

En Espagne : CiU ou BNG. Si ailleurs, PSOE (à reculons)

En Allemagne : Grünen

Je connais mal les autres pays pour pouvoir m’exprimer. N’empêche, ça fait un large spectre, signe que l’offre politique me représente mal.

Ça doit être pour ça que j’en fais, peut-être.

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Triste journée

Hadopi, approuvée dans un fauteuil : que c’est beau le doigt sur la couture du pantalon

Barroso, reconduit dans un fauteuil : que c’est beau de tuer ce qui reste de l’Europe.

Au moins mon équipe de foot a arraché le nul dans un match qu’elle aurait largement mérité de perdre : que c’est beau un match de m….

Bon, je vais me coucher.

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Le Parti Démocrate Européen (PDE) a fait savoir, jeudi 10 septembre, que ses députées européens, dont font partie les députés européens du Mouvement Démocrate, ne soutiendront pas le programme de José Manuel Barroso, actuel président de la Commission Européenne. (Lire la suite)

L’Europe a besoin d’une réponse forte face à la crise et aux nouveaux défis économiques, sociaux et environnementaux et la présidence de M. Barroso ne l’apporte pas. La situation exigeait un plan européen face à la crise, un vrai régulateur pour surveiller les marchés financiers, une politique économique plus forte, un modèle social, une Union Européenne plus forte dans le monde. Aucune de ces priorités n’a été prise en compte dans le programme de M. Barroso.

C’est pourquoi les députés adhérant au Parti Démocrate Européen ne soutiendront pas José Manuel Barroso.

Le PDE est d’ailleurs déterminé à relancer le débat sur la procédure de nomination du Président de la commission qui à l’avenir devrait être élu directement par les citoyens européens sur la base d’un programme politique clairement défini et présenté lors des élections européennes.

Les députés européens, membres du Parti Démocrate Européen, ont également affirmé leur engagement à défendre les priorités démocrates et à travailler en étroite concertation au sein des groupes parlementaires auxquels ils appartiennent.

Enfin, le PDE a nommé Gérard Deprez, ancien Président de la commission des libertés publiques au Parlement européen, Délégué Général du PDE.

(Source : mouvementdemocrate.fr)

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Titre un brin provocateur qui fait suite à la célèbre chaîne.

Lisez cette citation :  « La théorie de l’optimum trouve son prolongement dans la théorie du bien-être pour laquelle l’Etat corrige la distribution des revenus, compense les effets externes et produit les biens collectifs »

Assez moderne et, somme toute, assez de gauche, selon le mètre actuel.

Elle est de Vilfredo Pareto économiste européen ante-littéram (italien né à Paris, mort en Suisse), c’est d’ailleurs l’inventeur, pour ainsi dire le la « loi » du 20-80.

Cependant, ce sont les travaux de Pareto qui ont imposé au monde politique la supposée évidence des modèles de concurrence. Et autrement que « libre et non fausée » : carrément « parfaite », s’il vous plaît.

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Economie : de mardi à lundi #2

Un petit sommaire des billets de la dernière semaine en matière d’économie:

Economie : pourquoi les spéculateurs financiers ne sont pas immoraux
Economie : cycle de Doha et aide alimentaire. Quand l’inutile fait des dégats.
Economie : des articles intéressants
G8 de L’Aquila : un cadre de ruines pour une pensée en ruine
Economie d’un tag ou tag d’économie ?
Projet Europe 2009 : 5) Pour une économie responsable
Projet Europe 2009 : 4) Pour un modèle européen du développement
Travail dominical – acte 4
Un nouvel économiste ?

Bonne (re)lecture

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Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 4 a été publié pour la première fois le 22 juillet 2008. Je le reprends ici dans le cadre des articles économiques de juillet en laissant la formulation d’origine.

Si le travail sur la consolidation d’une « identité européenne », via le partage de valeurs fondamentales, est un enjeu vital, ces valeurs doivent se traduire en actions concrètes, visibles et efficaces de mise en œuvre. Il nous semble que, depuis sa création, « l’Europe » s’est donné une mission spécifique pour traduire en actes ses principes : le développement. Nous estimons que c’est une mission à perpétuer. Cependant, on dérogerait à notre devoir de personnes engagées en politique si on ne remettait pas en question certains paradigmes et définitions. En un mot, une certaine théorie du développement.

Dans les années 50, sous l’impulsion des théories économiques dominantes (approche néoclassique, keynésienne et marxiste), on a pu croire dans l’identité parfaite entre développement et développement économique ainsi que dans l’existence de modèles « universels », de recettes absolues pour « progresser » sur la bonne voie. Peu importent les conditions de départ, on pouvait se reposer sur des théories « scientifiques », mondialement acceptées. D’ailleurs, les conditions dans lesquelles la réflexion avait lieu n’étaient pas propices à la nuance : un contient détruit, marqué par l’insuffisance alimentaire, contraint à « choisir son camp » dans la Guerre Froide naissante.

Les accords firent rentrer l’Europe occidentale dans la sphère d’influence américaine, ce qui signifia, entre autre, l’OTAN, le Plan Marshall et les théories économiques d’importation américaine. D’ailleurs, il s’agit d’une influence qui ne s’est jamais tarie : Keynes et son multiplicateur des investissements, puis Laffer et sa courbe relative à l’imposition fiscale, Galbraith et son analyse des jeux de pouvoir, enfin les « néo-libéraux », ont exercé une influence indéniable sur le comportement de l’Europe.

En même temps, L’Europe, notamment le « couple franco-allemand », n’a jamais cessé de produire des concepts autonomes liés au développement, notamment en ce qui concerne les solidarités et plus en général une approche humaniste à la société. Ces concepts, portés plutôt par des philosophes, des sociologues et des courants politiques et religieux, n’ont jamais trouvé un réel terrain d’entente avec l’économie. Ainsi, par la recherche d’un équilibre entre deux tendances contradictoires, l’Europe a développé un modèle spécifique, et efficace, de développement sans pour autant se l’approprier complètement.

Ce n’est donc pas tout à fait du hasard, si le principal « social-économiste » contemporain, prix Nobel de surcroit, n’est pas européen : Amartya Sen. Et pourtant, beaucoup de Sen a été appliqué avant la lettre en « Europe ». Aujourd’hui, l’Union peut et doit franchir un cap : s’approprier ses expériences, l’expérience de ses membres et de l’Union en tant que telle. De part ces expériences, nous savons maintenant que le mot « développement » et même la locution « développement économique » indiquent des concepts qui mutent avec la situation de départ : développement en France ce n’est pas développement en Afrique subsaharienne. Par conséquent, nous savons qu’il n’existe pas d’approches « universels » au développement mais que la pertinence doit être recherchée au niveau des territoires.

En réalité, nous pouvons à présent définir le « développement » comme le chemin qu’un certain territoire entame pour réaliser ses propres objectifs. Par conséquent, à cultures différentes peuvent correspondre concepts de développement très éloignés l’un de l’autre et même contradictoires, selon la nature des objectifs choisis par ces « construit sociaux » qui sont les territoires.
En reliant ces connaissances, on peut identifier des priorités pour faire en sorte que l’Europe puisse assumer son ambition d’être référence dans l’aide au développement.

Tout d’abord, il conviendrait d’investir dans la recherche fondamentale dans le domaine de l’économie : si nous sommes conscients des limites des théories acceptés, nous devons nous doter d’instruments plus pertinents. La deuxième guerre mondiale nous a obligés à « choisir un camp », le début du vingt-unième siècle nous offre l’opportunité de « bâtir notre camp ». C’est vrai pour la doctrine politique, c’est vrai également pour l’économie.

Deuxièmement, il est nécessaire d’intégrer l’idée que les actions vouées au développement des pays de l’Union peuvent être absolument différentes par rapport aux actions d’aide aux autres pays : situations différentes peuvent demander des actions différentes. D’ailleurs, une ambition pour l’Union pourrait être de devenir un vrai laboratoire des politiques de développement sur un territoire relativement aisé : c’est un énorme chantier qui permettrait d’affronter et de déminer les craintes des populations « riches » ainsi que d’analyser en profondeur l’impact d’une économie parfaitement globalisée sur les modèles de développement et notamment de croissance.

Enfin, mais pas moins important, reconnaître le caractère non-universel des modèles de développement, nous permettra d’intégrer une valeur typiquement européenne, la tolérance, le respect de l’autre, dans les programmes d’aide. Car nous pouvons reconnaître que le projet de développement reste propriété du territoire qui le porte et que cette propriété est, en elle-même, une valeur économique et de société.

Voter !

Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 3 a été publié pour la première fois le 15 juillet 2008. Je le reprends ici en laissant la formulation d’origine.

Compte tenu des considérations développées dans les « concepts clé » précédents, il apparaît évident comme un des enjeux de la prochaine législature européenne, peut-être le principal, sera de définir une nouvelle identité de l’Union pour les décennies à venir.

Il est sous les yeux de tous qu’une simple « Europe marché » ne satisfait pas les Européens. A l’extrême opposé, on doit aussi admettre qu’ils ne sont pas non plus prêts à donner un chèque en blanc à une entité perçue comme trop « administrative », opaque et « technocratique ».

Dans ce contexte, il est notre opinion que la priorité doit être donnée à l’approfondissement de l’Union, c’est-à-dire à la définition d’un modèle partagé qui est plus que le « modèle social » européen et qui doit avoir l’ambition d’être un vrai modèle de société.

Il serait présomptueux de notre part de pouvoir le définir comme ça, sur un bout de papier électronique. En revanche, il est de notre devoir de proposer à la réflexion collective un parcours qui est à la fois méthode et mise en action d’une vision de fond.

Tout d’abord, l’équipe qui m’accompagne et moi sommes convaincus que des histoires et des cultures différentes ne peuvent se rencontrer que sur le terrain des attitudes concrètes. Si vous permettez une trivialité, aller chipoter sur les origines de ces attitudes est complètement inutile. Donc politiquement stupide. Et pourtant, on voit ça « tous les jours ».

Beaucoup sursauteront mais, à titre d’exemple, il nous semble d’une oisiveté absolue de savoir si la solidarité est une valeur chrétienne ou si elle puise ses origines dans les comportements ancestraux liés aux cultes agraires. Ce qui est important, est que la solidarité est une valeur européenne. Partagée par les Européens. Qui fait partie de l’identité profonde, même si non exclusive, de notre culture commune. Attitudes concrètes, valeurs appliquées.

De la même manière, un excès de fierté nationale, certes légitime, ne peut que nuire au processus : toujours à titre d’exemple, la laïcité des institutions, tradition française s’il y en a, est une valeur dans laquelle beaucoup d’Européens peuvent se reconnaître. Cependant il y a plus qu’une nuance entre se reconnaître dans une valeur portée par la France et une valeur imposée par la France.

Bien sur, le travail sur les valeurs n’est pas quelque chose de nouveau. Pourtant, l’élargissement, les perspectives d’élargissement ultérieur, la multiplication des migrations intra-européennes, la multiplication des exceptions et clauses particulières, le comportement opportuniste de nombreux Etats, sans oublier la mauvaise conjoncture économique qui vient renforcer un certain pessimisme diffus, sont tous des éléments qui font que ces valeurs ne sont plus visibles, concrètement, au quotidien, pour les Européens.

Pour combler ce manque, et c’est le deuxième point essentiel, il est important que « l’Europe » soit irréprochable dans l’application de ses valeurs. Pour revenir à la solidarité, il ne sert à rien de la crier haut et fort sur les toits et après pester car on exige un « juste retour ».

De même, il est indispensable que l’Union soit capable de rendre effectives ses politiques. Pourquoi les aides structurels ont donné des résultats inégaux ? Pourquoi la liberté de circulation des personnes est encore trop souvent entravée par des résistances administratives injustifiées ? Pourquoi de larges pans des objectifs du Traité de Maastricht n’ont pas encore été réalisés ?

Si « l’Europe » veut poursuivre une politique, elle doit être capable de la rendre effective. Cela est d’autant plus vrai, que la subsidiarité avec les Etats est une « subsidiarité circulaire » : les Etats décident (au sein de l’Union) et après décident de se conformer ou pas. C’est un peu aberrant.

D’ailleurs, il est assez intéressant de remarquer que dans ce travail de fond les décisions doivent, pour le moment, être prises à l’unanimité des Etats : c’est, par paradoxe, une bonne chose. En effet, on peut aisément noter comme le passage de l’unanimité, certes difficile à obtenir à 27, à la double majorité a été perçue comme une perte sèche de souveraineté nationale, d’où les craintes habilement suscités dans les populations par les démagogues de tout poil.

En effet, les Européens ne demandent pas à l’Europe de prendre des décisions plus rapidement mais, tout simplement, de prendre des bonnes décisions, qui conviennent à tout le monde.

Mais si à court terme cela peut être fonctionnel à un travail bien mené, à long terme c’est un système inadapté à la gestion. Or, nous avons en Europe une chance inouïe : le Parlement est élu à la proportionnelle. Par conséquent il est doublement représentatif, des citoyens de chaque Etat et des Européens dans leur ensemble.

Dans une proposition de nouveau Traité, qui se rendra de toute manière nécessaire si les électeurs irlandais seront respectés, il serait intéressant de renforcer fortement le rôle du Parlement tout en prévoyant une modification des majorités requises.

Notre proposition est que tous les actes à caractère normatif de l’Union soient validés uniquement par le Parlement, avec une double majorité : la majorité du Parlement dans son ensemble, couplée de l’expression majoritairement favorable à l’acte en question de toutes les représentations nationales.

Parallèlement, pour certaines matières spécifiques, à définir, on pourrait envisager le recours à des référendums européens, suivant la même règle.

Cela permettrait, à notre avis, d’avancer considérablement dans la construction démocratique de l’Union.

Car s’il existe bien une valeur typiquement et proprement européenne, qui ressemble sans exceptions les 27 Etats et les centaines de millions de, laissez-nous le dire, citoyens de l’Union, alors il s’agit de la liberté responsable, autrement dit, de la démocratie.

Voter !

Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 2 a été publié pour la première fois le 8 juillet 2008. Je le reprends ici en laissant la formulation d’origine.


Le diagnostic qu’on vient de poser nous porte face à une question fondamentale : qui est-il « l’Européen » ? Cette question n’est en rien oisive : la panne de l’Europe peut en effet s’expliquer par le changement des contours de ce concept.

En 1957, à l’adoption du Traité de Rome, l’Européen en tant que tel n’existe pas. Par conséquent, il est parfaitement normal que la construction européenne s’appuie sur les institutions étatiques et que la dimension des coopérations internationales est prédominante par rapport à un parcours hypothétique de convergence politique profonde.

D’ailleurs, en 1957, l’Europe n’impacte l’expérience quotidienne des citoyens lambda que de façon indirecte, notamment via la politique agricole et, à partir des années 70, des fonds de développement régional.

Aujourd’hui la situation est profondément différente. En effet, cette « expérience directe » de l’Europe est devenue, au fur est à mesure, quotidienne : l’instauration de l’espace Schengen, l’adoption de l’euro, l’harmonisation effective des parcours de la formation supérieure (réforme LMD en France) et une amélioration considérable du niveau de vie moyen, au moins dans l’ancienne « Europe des 15 », font que le citoyen lambda s’affranchit de plus en plus de son Etat d’origine.

Quand on écoute les gens, on s’aperçoit vite que pratiquement tout le monde a un proche, un ami ou quelqu’un qu’il connaît qui vit da manière stable dans un autre pays européen. Aujourd’hui on se déplace à l’étranger, en Europe, pour des choses aussi banales que faire de l’essence, acheter des cigarettes ou encore du vin. On y va pour un simple week-end « fish and chips ».

La réalité est que, dans les comportements concrets, les européens vivent leurs déplacements et leurs choix de vie « internationaux » comme des simples arbitrages entre « régions de vie ». Quelle différence entre le Breton qui montait à Paris et le jeune français qui choisit de faire ses études à Londres ou à Barcelone ? Strictement aucune, si on prend le point de vue de la personne.

D’ailleurs, tout comme le Breton dont ont vient de parler se sent (souvent) très français ET très breton (ET très léonard, pour exemple), l’identité d’européen se rajoute sans se substituer à celle de ressortissant d’un certain Etat. Cependant, l’émergence de cette nouvelle identité modifie les contours de la « Nation », car l’identité plus vaste tend à contenir la plus étroite.

« L’Européen » est donc un citoyen en devenir, élément fondateur, en puissance, d’une Nation Européenne, elle-même en devenir. De même, il est porteur d’un besoin d’accompagnement de son devenir, besoin qui reste, à présent, sans réponse.

L’Europe, telle qu’elle est aujourd’hui, est inadaptée à comprendre cette évolution. A fortiori elle est complètement incapable de la prendre en compte et de la gouverner. Elle est à la fois, en panne et incapable de s’en sortir.

En effet, à présent, il y a décalage entre ce que l’Europe est (les traités) et ce qui les Européens voudraient qu’elle soit : que ce n’est étonnant que les « nonistes de gauche » aient attaqué le TCE sur la « concurrence libre et non faussée » alors qu’elle fait partie du génome de la CEE depuis le Traité de Rome !

Que faire ? A notre avis, un approche démocrate ne peut que partir des peuples : si décalage il y a, et on a montré qu’il y en a, c’est aux institutions de s’adapter pour répondre aux évolutions sociétales, pour les gouverner et pour en déminer les possibles dérives. Un système qui se couperait de façon permanente de la représentativité de ses citoyens est voué à la monarchie traditionnelle ou à la dictature : c’est un scénario qui nous répugne.

Voter !

Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 1 a été publié pour la première fois le 1er juillet 2008. Je le reprends ici en laissant la formulation d’origine.


Le premier concept clé de notre projet pourrait sembler d’une banalité absolue, si les faits ne nous disaient pas qu’on est en présence d’un problème : il est indispensable de créer l’Europe des Européens. Quelques regards à l’histoire de la construction européenne permettra de mieux expliquer cette conviction.

Notre avis est que la logique même du Traité de Rome de 1957 a atteint les limites de ses contradictions internes. En effet, le traité instituant la « Communauté Economique Européenne », présentait une ambivalence de taille : si dans son préambule il est fait état de la détermination partagée par les Six de statuer « les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens », la réalité du traité en est toute autre. Pour s’en rendre compte, il est suffisant de lire les articles 2 et 3 :

Article 2.
La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun et par le rapprochement progressif des politiques économiques des États membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une expansion continue et équilibrée, une stabilité accrue, un relèvement accéléré du niveau de vie et des relations plus étroites entre les États qu’elle réunit.

Article 3.
Aux fins énoncées à l’article précédent, l’action de la Communauté comporte, dans les conditions et selon les rythmes prévus par le présent traité :
a) l’élimination, entre les États membres, des droits de douane et des restrictions quantitatives à l’entrée et à la sortie des marchandises, ainsi que de toutes autres mesures d’effet équivalent,
b) l’établissement d’un tarif douanier commun et d’une politique commerciale commune envers les États tiers,
c) l’abolition, entre les États membres, des obstacles à la libre circulation des personnes, des services et des capitaux,
d) l’instauration d’une politique commune dans le domaine de l’agriculture,
e) l’instauration d’une politique commune dans le domaine des transports,
f) l’établissement d’un régime assurant que la concurrence n’est pas faussée dans le marché commun,
g) l’application de procédures permettant de coordonner les politiques économiques des États membres et de parer aux déséquilibres dans leurs balances des paiements,
h) le rapprochement des législations nationales dans la mesure nécessaire au fonctionnement du marché commun,
i) la création d’un Fonds social européen, en vue d’améliorer les possibilités d’emploi des travailleurs et de contribuer au relèvement de leur niveau de vie,
j) l’institution d’une Banque européenne d’investissement, destinée à faciliter l’expansion économique de la Communauté par la création de ressources nouvelles,
k) l’association des pays et territoires d’outre-mer, en vue d’accroître les échanges et de poursuivre en commun l’effort de développement économique et social.

Ici, la notion de « peuple » est équivalente à celle d’ensemble de citoyens des Etats. Deuxièmement, le texte est axé sur les dynamiques économiques et toute la convergence législative est subordonnée à ca qui est « nécessaire au fonctionnement du marché commun ». C’est ce que nous appelons l’Europe des Etats.

D’ailleurs, et les faits l’ont montré, en 1957 c’était vraisemblablement la bonne approche, même si on imagine une certaine déception parmi les partisans des « Etats-Unis d’Europe ».

Avec le Traité de Maastricht et ses intégrations dites « de Nice » et « d’Amsterdam », on aurait dû faire un énorme pas en avant. En relisant le texte de 1992, on peut dire que ce fut un raté :

« L’Union se donne pour objectifs:
- de promouvoir un progrès économique et social équilibré et durable, notamment par la création d’un espace sans frontières intérieures, par le renforcement de la cohésion économique et sociale et par l’établissement d’une union économique et monétaire comportant, à terme, une monnaie unique, conformément aux dispositions du présent traité;
- d’affirmer son identité sur la scène internationale, notamment par la mise en œuvre d’une politique étrangère et de sécurité commune, y compris la définition à terme d’une politique de défense commune, qui pourrait conduire, le moment venu, à une défense commune;
- de renforcer la protection des droits et des intérêts des ressortissants de ses États membres par l’instauration d’une citoyenneté de l’Union;
- de développer une coopération étroite dans le domaine de la justice et des affaires intérieures;
- de maintenir intégralement l’acquis communautaire et de le développer afin d’examiner, conformément à la procédure visée à l’article N paragraphe 2, dans quelle mesure les politiques et formes de coopération instaurées par le présent traité devraient être révisées en vue d’assurer l’efficacité des mécanismes et institutions communautaires.

Ce traité, toujours en vigueur, était ambitieux : une monnaie, une citoyenneté, une politique étrangère, de sécurité et de défense, idéalement une justice, européennes. Cependant les Etats, pourtant signataires, ont largement trahi leurs engagements : il est vrai que leur existence même pouvait être menacée.

Ainsi la « seule » partie de ce « Traité sur l’Union » qui aura véritablement abouti, c’est la création de l’Euro.

La monnaie unique est un succès indéniable mais l’incapacité de l’Union à faire respecter les décisions à ses signataires, la multiplication des « géométries variables » et en définitive la démission des Etats de leur rôle dans la construction européenne a fait que l’Europe des Etats se réduise à l’Europe des Banquiers. Or, cette Europe là, ne peut pas mobiliser « les peuples ». Trop abstraite, trop distante, forcément trop technique.

Et pourtant, ce n’a pas été une surprise pour tous ceux qui travaillaient dans les années 90 sur concepts de « petites patries » , comme l’Ecosse, la Catalogne, les Flandres et ainsi de suite.

En effet, dans le préambule du Traité de Maastricht, le mot « peuple » est cité souvent mais toujours au pluriel et avec un possessif devant : les signataires, les Etats, parlent de « leurs peuples ». Comment pouvait-on penser qu’on aboutirait à une citoyenneté européenne sans la reconnaissance d’un ou plusieurs « peuples européens » ? La contradiction était et reste trop forte.

Sauf que les peuples existent, et ils veulent compter : n’ayant, ou ne croyant avoir, aucune opportunité de compter en positif, ils manifestent leur frustration en négatif. Non, non, non. En France. Au Pays-Bas. En Irlande.

Une frustration si forte que les Etats ont maintenant peur de consulter l’électorat.

Une frustration si forte qui met en péril l’existence même de « l’Europe ».

Une frustration qu’il est dangereux de ne pas prendre en compte : d’autres en France ont été sourds aux cris du peuple qui avait faim, on sait tous quelle fin ils ont fait.

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La Suède succède à la République Tchèque à la Présidence du Conseil des Ministres de l’Union à partir d’aujourd’hui. Le peu d’engagement en faveur de la construction européenne et, surtout, la faiblesse politique d’un Premier Ministre sans majorité, on contribué à rendre l’action du Conseil peu limpide. Cet effet « brouillard » a, bien entendu, été accentué par l’échéance électorale du début juin qui a favorisé un effacement ultérieur.

Les élections sont passées, avec des recompositions importantes au niveau des groupes parlementaires européens. La prise de distance des conservateurs britanniques par rapport au PPE, permettant l’identification claire des euroscéptiques, ainsi que l’évolution du groupe du PSE avec un début de recentrage avec l’APSD (qui reste à mon avis un erreur politique mais que je respecte), en sont deux. L’élection de Guy Verhofstadt comme président de l’ADLE, prenant le relais de Graham Watson (que j’apprécie mais qui a donné, après les élections, le sentiment d’un excès de tactique politicienne) en est une autre.

La reconduction (ou pas) de Barroso devra être pilotée d’ici l’automne. Et on sait que Barroso représente un compromis à moins-que-minima. Avoir un pilote dans l’avion ce n’est pas mal.

Les Suédois ont réputation d’être discrets mais efficaces. Et sobres en dépenses, ce qui n’est pas négligeable par ces temps troubles. Je m’attends finalement assez peu de leur semestre tournant (six mois c’est en effet très court) mais après l’agitation et l’absence, l’Europe avait (et a) besoin de retrouver une Présidence du Conseil responsable et respectueuse des institutions.

Un (gros) bémol de style quand même. Eux aussi cèdent à la tentation de parler de « Présidence de l’Union ». Que je sache, elle n’existe pas dans les textes. Un usage claire des mots, surtout quand on doit jongler entre 23 langues (de mémoire), serait sans doute la bienvenue.

Visitez le site web du Semestre suédois à la Présidence

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