Économiste et curieux par nature (oui je cumule les défauts), c’est tout naturellement que j’ai été intéressé par un article du Monde intitulé très sobrement « L’Union monétaire en danger, l’euro attaqué« . En gros la thèse de l’article est très simple : les Etats européens se sont endettés comme des rats et on ne peux pas rembourser. Par conséquent, le dollar redevient la monnaie refuge et l’euro s’effondre. On est foutus. Et à Jacques Attali l’honneur de clôturer l’article par cette perle : « La crise n’est pas finie« .

Un article de ce type me rend très perplexe, et cela pour 3 raisons (+1, ce qui fera un chiffre carré).

La première est politique. Nous, au Mouvement Démocrate (mais si, vous savez, ce machin qui n’a pas de programme, pas d’idées, pas de réflexion, tout juste un gourou orange, si si je vous le jure …)  ça fait un bail qu’on le dit que la dette contractée pour renflouer le système financier pose des problèmes de remboursement. Jean Peyrelevade en avait fait une démonstration arithmétique d’une simplicité cruelle à l’Université de Rentrée, en septembre dernier. Et le thème de la dette est un thème historique déjà du temps de l’UDF, pour être justes.  Votre modeste serviteur, le 27 septembre, notait que Mélenchon avait quelque mois de retard sur Skeptikos : voici ce que j’écrivais le 27 mai sur ces mêmes pages

Tout est donc réuni, donc, pour que la prochaine crise s’imbrique sans solution de continuité avec celle en cours. Là, pour le coup, les similitudes avec les années 30 serait plus pertinentes, l’embellie de 1930 ayant été de très courte durée.

Prophétique ? Non, tout juste dépositaire de clés de lecture pertinentes. Le Monde a un peu de retard sur Mélenchon et neuf mois sur mon envie d’écrire … pas mal.

La deuxième est économique. Quand on parle de taux de change euro/dollar, quel en est la fourchette « juste » ? Non, je me permet de poser la question parce que j’ai eu entendu à une certaine époque que le « bon » niveau était un euro = un dollar, et parce que à chaque fois que l’euro monte on crie aux drame pour les exportateurs de travailler avec une monnaie surévaluée. Mes amis, il faut choisir : soit l’euro à un dollar et demi est juste et alors, oui, la monnaie européenne s’effondre, soit il était surévalué et alors il ne fait que retrouver un niveau cohérent, ce qui devrait favoriser une reprise. Je veux pas être cassant, mais moi j’ai appris ça en première année d’études supérieurs, c’est pas quelque chose d’inaccessible, même pour des simples commentateurs spécialisés. Et, par ailleurs, il est drôlement bizarre qu’on attribue les déboires comparatifs de l’euro par rapport au dollar, alors que l’article itself note que la dette de la zone euro est bien plus faible que celle américaine. Pardonnez-moi, je trouve les arguments un peu brouillons.

La troisième concerne les agences de notation. Comme d’autres sur le net (désolé je ne me souviens du blog où j’ai lu ça, je ferai un article avec un lien spécifique si je le retrouve) c’est quand même un comble que les agents qui n’avaient pas su alerter les marchés sur la qualité de la dette privée (des banques) s’en prennent à ceux qui, pour ne pas faire couler ces établissements, ont pris en charge la dette cachée en détériorant leur comptes (les Etats). Inconséquence ? Conflit d’intérêt ? Spéculation volontaire ? Je n’ai pas d’éléments pour me faire une opinion tranchée.

Enfin, la plus-une concerne la qualité de l’information. Le 26 septembre, la lecture des journaux après le G20 m’inspirait un billet enragé, bien que presque poli. Le lendemain on connaissait l’estimation de la dette française. Et le premier octobre, toute la presse déroulait le tapis rouge aux propos du futur candidat-président-désigné nous expliquant que la crise allait coûter beaucoup moins que prévu.

Je crains que les Cassandres n’aient raison ce pays est foutu, et ce continent aussi. N’empêche, c’est mon continent et celui de mes enfants : le renoncement n’est pas une option possible.

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Peu d’envie de commenter une actualité toujours aussi digne d’un mauvais épisode de Star Trek.

Peu d’envie également de commenter le document de travail du Mouvement Démocrate en vue du Congrès d’Arras.

Alors, allons-y pour un sujet de fond, à cheval entre l’économie et la politique : les services publiques.

C’est un sujet que je connais extrêmement bien. Mon premier diplôme de fin d’études portait justement sur « l’Economie des Administrations Publiques », en analogie avec l’économie d’entreprise. J’ai été (et je suis) salarié d’Administrations Publiques diverses et variés, avec des missions à responsabilité. J’ai été longtemps considéré, j’estime à juste titre, comme un expert dans le domaine des services publiques aux entreprises et aux entrepreneurs. En tant que consultant senior pour un des plus grand groupes de conseil indépendant au monde, j’ai accompagné, souvent avec succès, des Administrations à améliorer leurs services à égalité de dépense. Bref, pour une fois je parle plus en « pro » qu’en observateur. Désolé pour vous. (Pour les âmes simples, c’est du deuxième degré, hein ?).

Depuis 1989, vingt ans à peine, je suis confronté à un défi intellectuel et technique : mesurer la valeur d’un service public. Lisez bien, pas la valeur marchande, ni celle politique, je dis la valeur. Tout court. En réalité la même question, identique, pourrait être posée également pour les services échangés sur les marchés. Et même sans reprendre la dichotomie marxienne sur la valeur, il serait aisé de montrer que la valeur marchande n’est une bonne approximation que dans des circonstances très aseptisée et peu conformes à la réalité quotidienne. Mais cela serait un autre débat.

Si j’ai été confronté à cette thématique (où les plus grands économistes se sont par ailleurs cassé les dents), c’est que j’ai été amené très tôt à m’occuper de systèmes de contrôle de gestion en milieu hospitalier. L’attitude qui prévaut depuis vingt ans, c’est de se focaliser sur la réduction de la dépense.

Or, cela est purement et simplement débile, si ce n’est pas contrebalancé par une mise dans le contexte. Un seul exemple. Prenons une entreprise qui se donnerait comme objectif unique de réduire ses coûts, toute autre considération étant secondaire. La seule décision rationnelle serait de fermer la boutique. Coûts anéantis. Certes, l’entreprise aussi, mais pérenniser l’entreprise n’était pas, dans l’exemple, un objectif.

Bien entendu, aucune entreprise sérieuse ne se comporte comme ça. La réduction des coûts, dans une structure bien dirigée, est toujours accessoire à la rentabilisation de ces mêmes coûts. Si on peut en tirer profit, on dépense volontiers et ce n’est que au moment où la dépense ne peut peut pas être rentabilisée que le problème de sa réduction sera posée.

Certes, j’entends l’objection : mais le public n’est pas rentable, c’est même un gouffre. C’est sans doute une facette de la réalité, mais une facette très partielle. Car le « public » n’a pas les mêmes contraintes et les mêmes « obligations de service »  qu’une structure privée. La Mairie de Brest ne peut pas se délocaliser … à Paris parce que c’est plus « rentable » (ne fut-il qu’en dépenses de déplacements). L’Hôpital ne peut pas refuser un patient sous prétexte que traiter sa pathologie crée un déséquilibre financier ni un patient qui n’a pas les moyens de payer ses soins (pour les fana du système assurantiel américain, je leur suggère de bien se documenter sur sa piètre performance). Pour tous les biens « publics », c’est à dire à bénéfice non exclusif (qualité de l’air, de l’eau, sécurité, infrastructures, …) le concept de « propriété » et donc d’échange contre un « prix » est discutable.

Le problème reste donc celui de la valeur des services pour les usagers. Or, axer toute action sur la réduction des coûts revient à poser l’hypothèse que, du simple fait du statut de l’organisation productrice, un certain service ne vaudrait rien. Ou, pour être plus précis, que la réduction ad infinitum de la dépense n’entraîne pas de réductions de la valeur du service. Ce qui revient au même. Et qui une connerie manifeste, l’exemple de l’entreprise revenant d’actualité. Et comme c’est quelque chose que je pense vraiment, je ne peut que combattre, au petit niveau qui est le mien, cette entreprise de démolition aveugle des services publics dont la vraie coulpe semble être celle de ne pas constituer un réservoir de voix pour la majorité en place.

En économiste, je pense que toute richesse doit être utilisée de manière intelligente, donc productive : en détruire plus que celle qu’on crée amène vite dans le mur. Cependant, tout n’est pas mesurable à l’aune de la monnaie. Combien ça vaut le fait de regarder son enfant et de savoir que, raisonnablement, il va mourir après nous ? C’est un luxe qui est loin d’être partagé sur la planète Terre. C’est de la valeur. A laquelle le coût correspondant devrait être comparé.

Le billet se fait long et je n’ai qu’effleuré le sujet de façon désordonnée … alors une provocation finale. Il paraît que la Chine c’est un pays très bon pour les affaires, que la croissance y est bonne, que la compétitivité y est élevée. Aux yeux de certains c’est sans doute un modèle de gouvernance à suivre, peut être à partir de son code du travail.

Mais est que nous, nous aimerions vivre à la chinoise ?

L’établissement d’un système de services publics, quand cela répond à un besoin réel et donc créant de la valeur, c’est autant une manifestation de liberté, collective, autant que celle, individuelle, de monter son activité.

Désolé de vous décevoir, le titre n’était pas un appeau à trolls.

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Le G7, puis G8, puis G14, puis finalement G20 s’est définitivement transformé en mascarade, si jamais il a été quelque chose de sérieux.

En effet, il suffit de lire les premiers paragraphes de la déclaration des leaders (disponible ici, en anglais) pour abandonner toute velléité de lecture. A fortiori celle d’y trouver une quelque raison d’optimisme. Jugez par vous mêmes.

2. When we last gathered in April, we confronted the greatest challenge to the world economy in our generation.

3. Global output was contracting at pace not seen since the 1930s. Trade was plummeting. Jobs were disappearing rapidly. Our people worried that the world was on the edge of a depression.

4. At that time, our countries agreed to do everything necessary to ensure recovery, to repair our financial systems and to maintain the global flow of capital.

5. It worked.

2. Quand on s’est réunis la dernière fois, en Avril, nous étions face au plus grand défi pour l’économie mondiale de notre époque

3. La production globale se contractait de manière inconnue en temps de paix depuis les années 30. Le commerce était en train de s’effondrer. Les emplois disparaissaient rapidement. Nos peuples étaient inquiets de voir le monde sur le bord de la récession.

4. A cette époque, nos pays se sont accordés pour faire tout le nécessaire pour assurer le redressement, pour réparer le système financier et pour stabiliser le flux global de capitaux

5. Ça a marché

J’avoue qu’à cette ligne j’ai arrêté la lecture.

No, dear Leaders, it worked definetely not !

Les emplois disparaissaient rapidement ? Non, il disparaissent encore et encore ! Après les restrictions de l’offre, maintenant c’est la demande de crédit à être en baisse. La déflation frappe gentiment à notre porte. Le système financier n’a aucunement été réparé mais simplement mis sous perfusion par des gouvernements qui ne sont même pas respectés par les institutions qu’ils « sauvent ». Et la prochaine crise pourrait être impossible à jongler.

J’ai un conseil pour ces « lid-ers » : si vous voulez « redresser » la crédibilité du système économique (et la votre) …

arrêtez de dire des salades !

Pour un billet plus équilibré, je vous conseille celui de Hashtable.

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Economie : de mardi à lundi #2

Un petit sommaire des billets de la dernière semaine en matière d’économie:

Economie : pourquoi les spéculateurs financiers ne sont pas immoraux
Economie : cycle de Doha et aide alimentaire. Quand l’inutile fait des dégats.
Economie : des articles intéressants
G8 de L’Aquila : un cadre de ruines pour une pensée en ruine
Economie d’un tag ou tag d’économie ?
Projet Europe 2009 : 5) Pour une économie responsable
Projet Europe 2009 : 4) Pour un modèle européen du développement
Travail dominical – acte 4
Un nouvel économiste ?

Bonne (re)lecture

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L’Aquila, Italie centrale. Le 6 avril elle rassemblait à ça :

Un champ de ruines dans lequel beaucoup de gens ont péri.

Soucieux de l’image et avec l’élégance qui lui est propre, Berlusconi décida illico de déplacer le G8, qui devait se tenir à Rome La Maddalena dans la ville meurtrie. Pour une fois, je partage cette décision. Rien mieux de la désolation d’une ville qui reste à reconstruire ne pouvait être meilleur décor pour un « sommet » dont le nom est bien moqueur.

J’ai sous les yeux le document phare émis par le G14 : Promoting the Global Agenda (Promouvoir l’Agenda Globale). Si j’avais été très dubitatif sur le G20, alors là, quant à discours creux et recettes réchauffées, je suis gâté.

Je passe sur l’engagement à reformer les institutions financières internationales (c’est du redit du G20) et autres petites aménités comme le volontarisme affiché (24 fois de « we will », l’équivalent poli du « moi-je » sarkozyste, 11 fois « we are committed » et 5 fois « commitment », bref, beaucoup de « bonnes » intentions …) pour me concentrer sur l’économie et le développement.

Avec tout ce volontarisme et ces rendez-vous « historiques » face à « la pire crise depuis 1929″ on serait en droit de s’attendre à des nouveautés, des remises en cause, de l’impulsion. Eh bien, il faut pas rêver non plus.

La conception même du développement nous a mené dans une impasse (lire ici) ? On s’en fout ! « We share a common vision on development and will mobilise resources to respond to the development emergency and to advance in the achievement of the internationally agreed development goals including the Millennium Development Goals (MDGs) » (§ 1).

Et, bien entendu, penser de se libérer de la dictature de la croissance serait strictement utopique (« We have discussed a global recovery agenda and future sources of growth, both in terms of macroeconomic patterns and of structural issues » – § 4).

Par conséquent, face à une continuité de cette pensée vide (si vous pensez à un cabri criant « croissance, croissance » à chercher avec les dents, alors on partage cette pensée) on ne pouvait qu’aboutir sur des recettes qui ont prouvé leur peu de pertinence : le cycle de Doha et bien entendu son volet agricole (« Supporting open markets and concluding the Doha Round » – § 6 et 7) et, corollaire, le renforcement de l’investissement international (« We consider international investment a major source of growth, employment, innovation and development in our countries » – § 8 )

Quoi ?

Dans une économie globalisé, marquée par une finance globalisée le concept même d’ investissement international n’a pas de sens ?

Franchement, c’est ridicule (clic) … grotesque

Les « Aquilani » s’en seraient très bien passés mais aujourd’hui aucune autre ville ne pouvait être meilleur fond de scène pour cette pensée en ruine.

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J’ai souvent écrit sur la crise économique qui occupe l’actualité et notre quotidien depuis désormais deux ans, notamment pour défendre l’idée que, au fond, la gravité de cette crise avait peu d’exceptionnel et que les références à 1929 étaient abusives. En revanche, j’ai eu occasion de manifester mon insatisfaction la plus complète par rapport au G20 et de dire combien, selon la grille d’interprétation qui m’est propre, le diagnostique de la crise était erroné, donc trompeur. Ainsi, je me disais qu’on allait sortir de la crise pour des raisons de respiration de l’économie (si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, les trous n’arrivent pas en Australie non plus …) et qu’il fallait travailler pour anticiper la prochaine crise, probablement encore plus grave, induite par des réactions assez hystériques des responsables économiques. Pour cela, je comptais sur la vraisemblable période de calme relatif, dont j’estimais la durée à trois ans environ.

Aujourd’hui je suis extrêmement inquiet.

En effet, avant la crise, on pouvait détecter trois mouvements sur les marchés des biens, de la monnaie et de l’investissement financier pour lesquels il y avait peu d’explications rationnelles, bien que certaines pistes aient été avancée à l’époque. Ces trois éléments qu’on a vu apparaitre en même temps étaient (en 2007) :

1. La hausse des cours de l’euro, alors qu’on considérait que l’Europe allait être frappée durement par la crise ;
2. La hausse des cours du pétrole (en dollars et en euros), alors qu’on anticipait une baisse de la demande mondiale ;
3. Le développement de fonds spéculatifs sur les matières alimentaires, alors que les programmes de bio-carburants était remis en cause

Or, il se trouve que ces trois « témoins » se rallument à nouveau.

1. L’euro côtait le 3 mars 1,25 dollars. La monnaie unique côte ces jours-ci autour de 1,40 dollars : 12% de hausse sur moins de deux mois. C’est très rapide. Et c’est relativement étonnant quant aux fondamentaux macro-économiques (si quelqu’un a des explications solides, je suis preneur). En l’état, je dois penser que c’est de la spéculation monétaire.

2. Le cours du pétrole (en dollars) était de 34,57 le 12 février. Le brut côtait hier 62,42 dollars, ce qui fait une hausse de 80%. Si on exprime en euros, le 12 février on peut estimer le cours à 34,57 / 1,29 = 26,8 €. Le 26 mai le cours indicatif peut être retracé en 62,42 / 1,40 = 44,6 €. La hausse est certes plus faible mais cela reste de 66% sur un tiers d’année. Là encore des efforts spéculatifs peuvent être à l’oeuvre.

3. Pour la spéculation sur les matières agricoles, je me permetterai deux considérations. Tout d’abord, regardez ce graphique : c’est la performance d’un fond alternatif sur matières premières à spécialisation agricole. Il est à son maximum. Autre élement, ce type de fonds continuent de se créer, signe d’une attente de performance financière de la part de gestionnaires en mal de rentabilité. Pas plus loin qu’il y a 15 jours, voici le communiqué d’un gérant luxembourgeois :

Pictet annonce le lancement pour le 29 mai prochain du fonds PF(LUX)-Agriculture, qui sera géré par Gertjan van der Geer, gestionnaire d’investissement senior chez Pictet.
Ce fonds axé sur l’agriculture viendra ainsi compléter la palette originale de produits thématiques de Pictet, avec la sélection de secteurs tels que l’eau, le bois, les énergies propres, la sécurité, les biotechnologies, les télécommunications numériques, les génériques ou bien encore les marques haut de gamme. Il offrira aux investisseurs l’accès à des sociétés cotées jouant un rôle prépondérant dans la chaîne de production alimentaire, qui a pour vocation de nourrir une population mondiale appelée à croître de 40% entre 2005 et 2050, selon les estimations de la Banque mondiale (décembre 2007).

Selon Gertjan van de Geer, gestionnaire du fonds, « Pictet est l’un des principaux investisseurs reconnus dans le secteur des produits thématiques et bénéficie d’une longue expérience en matière de gestion de fonds environnementaux. Avec une originalité pour les investisseurs, puisque si ces derniers s’intéressent depuis longtemps aux matières premières agricoles, le domaine de l’agriculture dans son ensemble – de la production et du conditionnement au transport des produits – leur est longtemps resté ignoré. »

« Selon l’approche environnementale de Pictet, le fonds investira dans un secteur bénéficiant de solides facteurs de croissance à long terme, liés à la nécessité d’augmenter les rendements et à améliorer l’efficacité sur le long terme ». Et Gertjan van de Geer d’ajouter: « Près de 70% de la production agricole sont perdus entre le lieu de production et la table du consommateur. Il est dès lors essentiel de réduire cette inefficience afin de répondre à la demande d’une population croissante et d’une classe moyenne en progression . Ainsi, afin d’atteindre cet objectif, nous pensons que le secteur de l’agriculture devra investir dans de nouvelles technologies, processus et moyens de production. »

Le processus d’investissement du fonds PF(LUX)-Agriculture offrira aux investisseurs une forte exposition au secteur de l’agriculture, tout en intégrant des aspects de base en matière d’efficience des ressources, en favorisant par exemple les sociétés qui produisent plus de produits alimentaires avec moins d’intrants. Toutefois, afin d’éviter de participer au phénomène de spéculation sur les prix des produits alimentaires, le fonds n’investira pas dans les matières premières agricoles. Il conservera en outre une approche prudente face aux organismes génétiquement modifies (OGM). Ainsi, les sociétés dont plus de 10% des ventes totales proviennent de ce type de produit seront-elles exclues du portefeuille. Enfin, le fonds sélectionnera les entreprises avec l’aide de la société Ethos, spécialiste de la gouvernance d’entreprise et dont le siège est situé à Genève.

Ce nouveau produit sera par ailleurs inclus dans le portefeuille équipondéré en fonds thématiques maison du PF(LUX)-Global Megatrend Selection, lancé récemment; fonds thématiques qui permettent de bénéficier des mégatendances séculaires découlant de changements structurels (telles l’évolution démographique, du train de vie, des différentes législations ou bien encore la prise de conscience environnementale). Ces mégatendances recèlent en effet un potentiel de forte croissance à long terme, indépendamment des variations ponctuelles ou des mouvements spéculatifs.

Le fonds PF(LUX)-Agriculture est proposé aux investisseurs institutionnels, aux banques privées et aux particuliers en Autriche, en Belgique, en Finlande, en France, en Allemagne, en Grèce, en Italie, au Liechtenstein, aux Pays-Bas, à Singapour, en Espagne, en Suède, en Suisse et au Royaume-Uni.

* Selon McKinsey, environ 1,1 milliard de Chinois et d’Indiens rejoindront, entre 2005 et 2025, le niveau de la classe moyenne.

Là encore, la spéculation semble être à l’oeuvre. Les positions du Commissaire Européen Charlie McCreevy sur la régulation des « hedge funds » est elle étrangère à la dynamique ? Le sentiment que les spéculateurs se soit sentis protégés s’insinue, bien qu’on n’ait pas la preuve d’un lobbying effectif visant une régulation franchement molle.

Dans ce contexte de regain de la spéculation financière, des incertitudes sur le système monétaire international s’accumulent. Les décisions de la Chine, du Brésil (et de la Russie?) de se passer du dollar comme monnaie de référence sans qu’il y ait une value étalon de substitution pourrait préconiser des instabilités fortes.

En résumé on est face à :

1. un mauvais diagnostic (donc à des mauvaises solutions préconisées) au niveau du G20
2. des comportements spéculatifs toujours aussi florissants
3. des éléments de « choc des puissances » susceptibles de déstabiliser le marché monétaire mondial

Tout est donc réuni, donc, pour que la prochaine crise s’embrique sans solution de continuité avec celle en cours. Là, pour le coup, les similitudes avec les années 30 serait plus pertinentes, l’embellie de 1930 ayant été de très courte durée.

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J’ai bon tourner et retourner les documents officiels sortis du G20, je vois vraiment, mais vraiment, peu de raisons de s’en réjouir.

Dans les neuf pages, bien espacées, de la déclaration finale, le mot « croissance » revient 17 fois. Tout reste une question de croissance. Sous-entendu, de croissance calculée en termes de PIB par nation. J’estime, comme j’ai déjà eu occasion de dire, que la croyance dans la croissance a été un des moteurs des crises récentes. Les conclusions du G20 restent engluées dans cette croyance, ce qui est pour moi raison d’inquiétude profonde. En effet, les prémisses de la prochaîne crise semblent d’ores et déjà bien établies.

Conformément à cette approche, culturelle avant d’être économique, le G20 réaffirme l’importance de renforcer le commerce mondial, notamment par l’aboutissement du Cycle de Doha. Toute tentation protectionniste est bannie. Le mot « commerce » est cité 16 fois. A mes yeux, une telle foi dans l’ouverture des marchés (le mot « globalisation » n’est cependant jamais cité) est naïve, car elle néglige le paradoxe de l’autarcie globale dont j’esquissais quelques lignes dans l’article en lien.

Le mot « humain » n’est cité qu’une seule fois, dans un paragraphe que la meilleure langue de bois de politicien français n’aurait pas su écrire plus creux. Cela mérite une citation en langue originale : « We recognise the human dimension to the crisis. We commit to support those affected by the crisis by creating employment opportunities and through income support measures. We will build a fair and family-friendly labour market for both women and men. We therefore welcome the reports of the London Jobs Conference and the Rome Social Summit and the key principles they proposed. We will support employment by stimulating growth, investing in education and training, and through active labour market policies, focusing on the most vulnerable. We call upon the ILO, working with other relevant organisations, to assess the actions taken and those required for the future. » On est râvi du fait que les puissants « reconnaissent » la dimension humaine de la crise. Qu’ils « bâtiront » un marché du travail compatible avec la famille, pour les hommes et les femmes. Comment ? Par la croissance, quoi d’autre, ensuite par la formation et les politiques actives du travail.

Si on passe à l’annexe « renforcer le système financier », on y trouve la confirmation des règles comptables dites « Bâle II » (mais on ne disait pas qu’elles avaient favorisé la bulle financière ?) mais surtout le passage dédié aux paradis fiscaux. Contrairement aux commentaires que j’ai pu lire, le G20 n’a pas demandé à l’OCDE d’établir la liste des paradis fiscaux : il se limite à constater que cela a été fait (« We note that the OECD has today published a list of countries assessed by the Global Forum against the international standard for exchange of information. We welcome the new commitments made by a number of jurisdictions and encourage them to proceed swiftly with implementation.« ). L’avancée notable, c’est une menace : « We stand ready to take agreed action against those jurisdictions which do not meet international standards in relation to tax transparency ». D’accord, les « grands » sont prêts à agir contre les paradis fiscaux mais rien n’est prévu de façon automatique, rien n’a été décidé, tout est laissé à l’initiative du FSB (Financial Stability Board).

Je ne dirai pas que ce ce G20 a été inutile. Cependant, hormis quelques phrases choc telle « The era of banking secrecy is over » ce « sommet » n’a pas apporté, à mon avis, de réelles nouveautés dans le système économique mondial.

Avant la crise, l’importance de la croissance était déjà acceptée. La lutte contre les protectionnismes, également (bien que les USA …). L’égalité homme-femme et la compatibilité des conditions du travail avec la vie de famille c’est déjà un débat ancien, bien qu’il n’ait pas abouti. Les paradis fiscaux sont connus depuis très longtemps et des sanctions étaient déjà possibles dans des relations d’Etat à Etat. Par conséquence, il me semble que ce sommet répond plus à une logique d’affichage que de résolution des problèmes. Par ailleurs, dans ce contexte de non remise en cause des paradigmes fondamentaux, même l’étoffement des moyens (du FMI, des Banques Multilatérales de Développement, …) semble relever plus de l’annonce que de l’impact réel.

Autres critiques du G20 :

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009/04/04/g20-ils-ont-sauve-le-systeme-sans-le-changer-veritablement.html

http://www.marianne2.fr/G20-les-Bourses-exultent,-ce-n-est-pas-bon-signe_a177767.html

Et le commentaire de F.Bayrou dans « Le Monde »

http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/04/04/m-bayrou-on-conduit-la-france-vers-un-modele-qui-n-est-pas-le-sien_1176671_823448.html

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Un G20 si je mens

Le Président de la République se déclare « heureux du résultat  » du G20. Il va jusqu’à dire que ce sommet est allé « au-delà de ce que nous pouvions imaginer« . En effet, chaque dirigeant des 20 pays est obligé pour des raisons de crédibilité politique interne de surjouer la satisfaction et de tirer la couverture à soi. Voyez-vous, on va établir une liste des paradis fiscaux (ah bon parce que personne ne les connaissait déjà ?) !

Mon jugement est assez négatif sur ce G20 mais, avant d’en discuter ensemble (si vous voulez), partageons les faits du sommet. Commenter de l’information qui est elle même du commentaire de commentaire (oui, j’ai nommé la presse, bien que des exceptions doivent exister) n’a aucun intérêt hors du café du coin. Partons plutôt des communiqués officiels.

G20 – London Summit (04/09) – Leader’s Statement

G20 – London Summit (04/09) – Declaration on Strenghthening the Financial System

G20 – London Summit (04/09) – Declaration on Delivering Ressources through the International Financial Institutions

C’est de l’anglais très simple et, en tout, ça fait moins de 20 pages à l’écriture bien espacée. C’est pas un grand prix pour connaitre les faits.

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Je sais, c’est gonflé. Et alors ?

Ma proposition se concentre sur le débat concernant les rémunérations des « grands patrons ». Elle est assez simple : appeler un chat un chat. Un PDG d’une société n’est patron de rien. Il est un salarié. Certes, avec une (très) grande autonomie et (en théorie) responsabilité. Mais ils ne sont pas des patrons, juste les plus hauts dirigeants de l’entreprise.

Alors commençons à les appeler pour ce qu’ils sont : nous ne rendrons que justice aux vrais patrons , qui contribuent à construire de la richesse, qui apportent leur créativité et leurs capacité d’anticipation à l’économie (et indirectement à la société), qui prennent des vrais risques. Connaissez-vous des (vrais) patrons avec des parachutes dorés.

Qu’on se comprenne, il n’y a rien de mal à être des gestionnaires, des managers, des techniciens de l’entreprise. Il n’y a rien de mal à être salarié.

Mais ce n’est pas un patron. Pas meilleur ni pire. Différent.

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