Il y a un mois environ j’écrivais un billet intitulé « La fin d’internet ? » dans lequel je m’interrogeais sur l’impact des dispositions « Hadopi » sur l’usage et la pratique de la Toile. Dans ce billet, un peu sombre, telle était ma conclusion :
Avec le mouchard de l’Hadopi on franchit un palier inquiétant. Le choix est entre être présumé coupable (aucun internaute “ordinaire” est réellement capable de protéger son IP) ou l’installation (in)volontaire du mouchard. Incontrolable, car assujetti à une caution d’Etat. Je dois admettre que, bien que internet fasse pleinement partie de mon monde, je réflechirai à m’en passer, sauf pour utilisations strictement professionnelles ou publiques.
Les régimes totalitaires (y inclus les Nazistes, il me fallait bien un point Godwin) l’ont rêvé : l’homme de verre, sans secrets, transparent. Celui qui ne cache rien. Celui qui n’a rien à cacher. Celui qui n’a rien. Les “démocraties numériques” sont en train de le faire.
Depuis, un mois est passé, le Parlement Européen s’est exprimé, l’Assemblée a revoté. Et les choses sont plus clairement établies. Or, il se pourrait que le Président Sarkozy ait fait un très mauvais calcul en forçant la main de la manière que tout le monde a vu. Mais cela dépendra du courage des forces politiques hostiles au projet. Esquissons un calendrier de politique fiction.
Mai 2009 – Adoption d’Hadopi. Cette disposition concerne 32 millions d’internautes en France (50% de la population, environ 65% du corps électoral).
Janvier 2010 – Le « mouchard » est mis sur le marché. [variante : il fonctionne uniquement sous Windows - les administrations utilisant Linux pour des soucis de budget et de sécurisation font l'objet de piratage d'IP]. La loi LOOPSI est approuvée.
Mars 2010 – premières coupures. parmi celles-ci des personnes âgés s’étant fait installer une box pour voir leurs petits enfants sur Skype. « Mamie-Pirate » fait la Une dans la presse et aux JT
Mai 2010 – une conseillère municipale UMP est prise dans le filet : son ordinateur a été infecté par une attaque virale et il se connecte sans que l’usager en ait conscience à des sites illégaux. La situation de cette femme élevant seule ces enfants et engagée dans la vie politique met l’électorat, même de droite, en émoi.
Juin 2010 – les « bugs » (normaux dans l’informatique) et les « hacks » se multiplient. Les députés de l’opposition présentent (avec 4 millions de signatures) un référendum selon l’art. 11 de la Constitution pour abroger « Hadopi ».
Septembre 2010 – face aux sondages catastrophiques, la majorité décide de discuter la proposition de loi référendaire au sein du Parlement. La proposition d’abroger Hadopi est rejetée [variante 1 : Hadopi est abrogée par le Parlement, c'est le CPE de Sarkozy, sa mjorité le lache] [variante 2 : le référendum abroge la loi, le Président est désavoué, sa majorité le lache]
Automne 2010 – les dossiers de justice, en France et face à la Cour de Justice Européenne, s’accumulent.
Février 2011 - Un deuxième référendum est déposé pour l’abrogation de la loi LOOPSI.
Mai 2011 – Sous préssion du Président, le Parlement débat la proposition et la refuse. Pour la deuxième fois les Français sont privés de référendum.
Juin 2011 – la précampagne présidentielle est lancée ….
C’est juste une fiction. Le pouvoir ne sera jamais autiste à ce point … ou bien si ?