Comme d’autres internautes, pourtant très hostiles à HADOPI, je ne me réjouis pas de la manière dont le rejet de ce texte scélérat s’est concrétisé à l’Assemblée Nationale. Nous élisons (pardon, je m’emporte, les Français élisent) 577 députés réprésentant 577 circonscriptions uninominales. Ainsi, la représentation nationale se fait par territoire, pas forcément par opinion politique. En effet, si une personalité locale quelconque monte son mini parti à l’échelle de la circonscription, il peut très bien être élu alors que des courants importants d’opinion (le MoDem en 2007, mais, pour citer un parti que je n’apprécie aucunement, le FN dans le passé) peuvent ne pas (ou presque) porter de députés. C’est le système français. Ce système est censé permettre un meilleur contact de l’élu national avec le terrain, lien renforcé par le cumul des mandats nationaux et locaux.
J’en déduis que, dans cet Hexagone, la matière de l’usage d’internet ne concerne que 36 circonscriptions sur 577. Cela est décevant à plus d’un titre. (Dans la même veine des beaux billets chez Luc, BGR ou encore BuzzQuotidien)
Mais cette actualité n’est pas le coeur de ce billet. De toute manière, on imagine aisément que le Président Sarkozy (qui ne détermine et ne conduit pas la politique de la Nation – art. 20 Constitution, dont il veille au respect – art. 5) « demandera » au Gouvernement de reproposer le texte de façon moins amateuriste. Par conséquent, un jour ou l’autre cette loi sera votée. Avec son vrai cadeau empoisonné : le mouchard.
Le seul moyen de prouver qu’on n’aura pas téléchargé « illégalement » sera de rendre connus les IP visités (c’est déjà le cas, si vous pensez pouvoir visonner du (censuré) sans vous faire choper, c’est raté ou alors vous n’êtes pas un internaute « ordinaire ») mais également des informations sur les contenus. Ce n’est que mon avis et surement il y aura des personnes expertes (ou moins) pour me dire que je me trompes. Je maintiens, jusque à preuve argumentée du contraire.
Internet est né comme un espace de liberté. Je l’ai vécu. Certes, il était moins rapide et moins joli. Les blog n’y existaient pas, le logiciel « gratuit » était … Microsoft (piratage toléré, voir encouragé par la firme de Richmond). Mais c’était un espace di liberté. Cet espace a été déjà mis à mal par le développement de l’usage commercial de la toile et par la légerté des internautes eux-mêmes. Cela dit, encore aujourd’hui, je peux avoir un profil Facebook et décider de ne pas divulguer des informations : je reste libre de la maîtrise de mon exposition internet. Et si ce qu’on appelle un « logiciel malveillant » ou « espion » veut s’attaquer à mon informatique personnelle, j’ai le droit de m’en défendre.
Avec le mouchard de l’Hadopi on franchit un palier inquiétant. Le choix est entre être présumé coupable (aucun internaute « ordinaire » est réellement capable de protéger son IP) ou l’installation (in)volontaire du mouchard. Incontrolable, car assujetti à une caution d’Etat. Je dois admettre que, bien que internet fasse pleinement partie de mon monde, je réflechirai à m’en passer, sauf pour utilisations strictement professionnelles ou publiques.
Les régimes totalitaires (y inclus les Nazistes, il me fallait bien un point Godwin) l’ont rêvé : l’homme de verre, sans secrets, transparent. Celui qui ne cache rien. Celui qui n’a rien à cacher. Celui qui n’a rien. Les « démocraties numériques » sont en train de le faire.