Délusion italienne

C’était dans l’air, maintenant c’est une réalité. Le Parti Démocrate italien a choisi son nouveau numéro un : Pierluigi Bersani.

Voté par la majorité absolue des inscrits et par la majorité absolue des sympathisants au cours de primaires (bien que des journalistes aient montré des failles dans le procédures car ils ont pu voter plusieurs fois et même dans le même bureau de vote), il est sans doute légitime.

Cependant, je trouve que ce choix représente un recul inquiétant.

Le Parti Démocrate était né de la fusion des Démocrates de Gauche (que pour simplicité on assimilera au PS) et des centristes à tendance humaniste et démocrate de la Marguerite (une espèce d’aile gauche du MoDem, mais c’est un gros raccourci). L’idée étant de structurer une offre politique « démocrate » (Walter Veltroni, initiateur du projet a toujours été un fan de Kennedy) à vocation majoritaire, capable à la fois d’offrir une alternative au berlusconisme et de ne pas être soumise au chantage de la gauche radicale dans une logique d’alliances à tout prix.

Pour mémoire, s’il est vrai que Prodi gagna deux fois les élections (et trois défaites, mais Prodi n’était pas candidat) il est autant vrai que pour 2 fois il tomba bien avant la conclusion de la législature.

Avec Bersani, à en croire ses arguments de campagne, la vocation majoritaire est abandonnée et on revient à la saison des alliances. De même, avec Bersani l’équilibre du parti revient clairement dans le giron de la gauche : ce sont les héritiers des DS (à son tour héritier du PCI) qui ont été sacrés. Ceux mêmes qui, ce n’est qu’un avis personnel, ont sabordé la présidence Veltroni par crainte de perdre des rentes de position importantes (et quand on connaît les soutiens de Bersani … bref, passons à autre chose avant de se choper une plainte pour diffamation). Ceux-mêmes qui ont tout fait afin que les députés européens du PD siègent dans l’ancien PSE, maintenant S&D, avec par conséquence l’affaiblissement du PDE et, indirectement, le glissement de l’ADLE sur les positions de l’ELDR.

En somme, ce n’est pas une bonne journée pour ceux qui, comme moi, se cassent la voix à crier le besoin de donner structuration et représentation à l’espace politique qui existe hors des clivages du XXème siècle.

Certes, on me dira, avec les primaires les électeurs se sont exprimés et Bersani a été jugé le meilleur. Certes, mais combien de gens ont voté à ces primaires ? Soyons généreux, disons trois millions de personnes. Ce qui est beaucoup. Sauf que, si aux prochaines élections le PD ne touche que trois millions de voix cela risque fort de faire un pourcentage à un seul chiffre.

Comme j’ai eu occasion de dire ailleurs, j’ai été un électeur du Parti Démocrate. Aujourd’hui je m’interroge sans beaucoup d’espoir sur le futur politique de celui qui reste, malgré tout, mon pays.

Voter !

Aujourd’hui les Démocrates français réunissent leur Conseil National.

Demain les Démocrates italiens votent avec un système de primaires « élargies » pour leur chef de file.

Dans les deux pays, ces initiatives courageuses et à haut risque ont tenté (et tentent) d’apporter une réponse solide à l’évolution politique de nos contrées, avec le dépassement des clivages du XIXème et XXème siècle pour donner représentation à l’espace du XXIème.

Dans les deux pays, la défense de rentes de position (pas forcément ni prioritairement en haut lieu) a freiné et freine les deux mouvements.

En Italie, il y en a qui regarde avec nostalgie à l’Union. Certes, gagnante. Mais aussi incapable d’offrir un gouvernement un tant soit peu stable au pays et aux citoyens. L’éternelle question, « des élus, pour quoi faire » est dans ce cas d’une pertinence cruelle.

En France, la situation ne me parait pas très différente.

Le weekend du tournant ? J’aimerais le croire.

Alors ce soir ça sera match de hand.

Quoi ? Je passe du coq à l’âne ?

Vraiment ?

Bon weekend (peut-être) démocrate à tous

Voter !

La danse de la vie

Les plus futés d’entre vous l’ont bien compris : j’ai retrouvé du travail. Et maintenant me voilà, après 41 jours de chômage et pendant sept mois (et plus si affinité, il parait), cadre des services universitaires de formation professionnelle. Au passage, qui dit cadre dit bien une très large corvéabilité à merci ; qui dit cadre contractuel en milieu universitaire dit aussi salaire d’un technicien moyen. Mais bon, tel est le prix de cet immense luxe qui a été de choisir mon émigration. En revanche, j’ai rarement vu un recrutement aussi rapide : en moins d’une semaine, c’était plié. Bon, c’est vrai que le service était dans l’urgence … et maintenant c’est moi qui rame. Bref, pas beaucoup de temps pour bloguer.

En plus ma proposition d’indice de développement a trouvé un bon écho : je dois étoffer l’article et le proposer à la relecture au plus tard vendredi. La grosse course.

Sans compter que ce soir, à Brest, on se retrouve pour discuter des possibles pistes économiques pour les prochaines régionales, ce qui n’est pas un mince dossier. Surtout quand on a le sentiment que ce travail sera inutile et inexploité. Mais cela est un autre sujet sur lequel je ne veux pas m’étaler ici.

Pour autant les sujets ne manqueraient pas. Le temps, et pour certains l’envie, oui.

Alors pour aujourd’hui je me cantonnerai à vous inviter à Clohars-Carnoët pour un fest-noz solidaire avec la ville de L’Aquila, victime du séisme des Abruzzes (et de l’inconséquence berlusconienne) où les températures sont soudainement devenues hivernales. Moins 1 hier soir, pour exemple. Alors, si vous aimez la Bretagne et l’Italie, ne ratez pas l’occasion de vous amuser et d’être utiles.

october flip 2009

Voter !

Bah oui, c’est important et cela serait même intelligent. Nemo compare un peu un parti à une entreprise. Je ne partage pas la totalité de sa pensée mais c’est une simplification qui peut être utile. Un produit, des VRP … soit.

Et les études de marché ?

Ils se trouve que les partis avec des simples adhérents (pas les militants, plus engagés, ni a fortiori les élus, plus informés, plus à même de faire du décryptage fin et aussi plus intéressés et tactiques) ont un patrimoine exceptionnel en termes de markéting : un panel.

Si « les adhérents » n’adhèrent pas, probablement l’électeur non plus. Combien d’adhérents ont manifesté leur peu d’enthousiasme pour les maux de ventre centro-centristes datant déjà des législatives et poursuivies pendant un moment ? Combien d’adhérents ont voté pour une liste autre que le MoDem aux européennes, notamment Europe Ecologie ? Combien d’adhérents se tuent à crier qu’ils veulent un MoDem fort, indépendant et résolument tourné vers le futur ? Combien sont-ils partis, las de crier dans le désert ?

Certes, ce ne sont que gesticulations d’adhérents, de néophytes, de supporters, de girouettes … c’est ça qu’on entend, n’est pas ? Et, bien entendu, pas qu’au MoDem. Les seuls qui sont bien lotis sont les gens du RPR : il veulent un dieu à adorer (et à brûler sur le bûcher le moment venu), c’est ce qu’ils ont. Un dieu et la foi. Croire, obéir, combattre … ah non, je divague, ça c’est l’Histoire transalpine …

Dommage que ces agitations constituent également la réponse du panel à l’étude de marché.

Études que nombre d’entreprises politiques s’évertuent à ignorer.

Dites, on appelle comment en français bien de chez vous un parti qui choisit de se couper de ses électeurs ?

Voter !

Messine. Zancle si vous êtes passionnés d’histoire classique. Et la côté nord-est de la Sicile. C’est un pan entier de mon enfance qui défile au jt et dans les journaux ces jours ci : la pluie, une très grosse pluie, a tué des dizaines de personnes. La Nature, cette méchante.

Photos prises par un habitant de Giampilieri

Vue par hélicoptère

Scaletta Zanclea (la photo 3 montre la nationale reliant Messine à Catane, il me semble)

A Scaletta je m’arrêtais gamin avec mon père acheter du poulpe vivant et du petit thon blanc pêché à la ligne … avant de m’arrêter à Itala Marina acheter un excellent cannolo. Tiens, la pâtisserie était dans une cuvette coincée entre la montagne et la voie ferré : disparue ? Ce 30 km de côte sicilienne je les ai arpentés sans aucun doute plusieurs milliers de fois. J’y étais pas plus loin que le 14 août de cette année. Cette côté je la voyait de la terrasse de mon immeuble quand je réglais l’antenne télé. Et à chaque fois que je sortais de la ville en voiture. C’est une partie de mon chez-moi de pluri-émigré qui a été couvert de boue. Et c’est probablement une cinquantaine de personnes qui ont péri et qui n’y étaient pas forcément pour quelque chose. Tiens, comme Domenico.

Pour autant, cette tragédie n’a rien d’imprévisible : déjà en 2007 la montagne avait prévenu.

Giampilieri en 2007

Pourtant, c’est une jolie bourgade … où il y a également une école maternelle (asilo en italien) dont 16 gamins manquaient à l’appel selon le Corriere

Et la Nature, n’y est pas pour grande chose non plus. Dans ces régions de méditerranée il fait souvent beau. Mais aussi chaud et humide. Autant le climat y est, en moyenne, paisible, autant des phénomènes brefs et violents ne sont pas rares. J’ai un souvenir du lycée. De la fenêtre derrière le prof on voyait la mer, car le lycée est en hauteur. Et une trombe d’air, une mini tornade se constituer au centre du détroit, aspirer l’eau de surface et créer une unique colonne tourbillonnante d’eau et de vent. Un quart d’heure d’enfer. Pas plus. Mais des dégâts assez impressionnants.

Dans ce petit morceaux de Grande Grèce, j’y ait vécu 18 ans. J’y suis retourné très régulièrement pendant au moins une quinzaine d’années. Je ne suis pas surpris de la pluie. Plus grave, je ne suis pas surpris du désastre. Et je n’ai aucun espoir que quiconque en tire les leçons.

On continuera à incendier la montagne pour permettre aux « amis des amis » de construire, de bétonner, on continuera à négliger la montagne car les écureuils ne votent pas et on continuera à s’essuyer des larmes hypocrites sur les vies d’une multitudes sacrifié aux intérêts de quelqu’un.

Voter !

Musique du dimanche

Il parait qu’il y en a qui aiment la muzik de la Botte

Vasco Rossi – Vivere (Vivre)

La phrase : Oggi non ho tempo, oggi voglio stare spento

Ligabue : Seduto in riva al fosso (Assis le long du fossé) – Avec vue sur l’Arène de Vérone

La phrase : Questa corsa la lascio fare a voi, che io sto bene qui, seduto in riva al fosso

Fabrizio De André – Fiume Sand Creek (Rivière Sand Creek)

La phrase : Fu un generale di vent’anni figlio di un temporale

Promis, la prochaine fois j’essaie de trouver des chanteuses ….

Voter !

Crotone, Calabre, Italie.

Domenico, 11 ans.

Un jour, Domenico alla jouer au foot avec son père et des amis. Sur le terrain, il y avait aussi un certain Gabriele Marrazzo, suspecté de liens avec la criminalité organisée, casier judiciaire vierge. Que voulez vous, on ne choisit pas son lieu de naissance et si on devait éviter tous les « suspectés » on ne sortirait jamais de chez soi. Triste, mais c’est parfois vrai.

Ce jour, c’était en juin, quelqu’un tira avec un fusil, en tuant Marrazzo. Mais les petites boules de plomb, firent aussi sept blessés. Cinq d’entre elles touchèrent Domenico au crâne.

Hier, après des mois de coma, Domenico est mort. Le hasard, diront les plus nombreux.

Moi, j’y vois la conséquence un manque de liberté. Dans la région où je suis né, un gamin n’a pas été libre d’aller jouer au foot avec son père. Pas libre de pouvoir grandir. Quelle responsabilité portait-il cet enfant pour être abattu de la sorte ?

Bien sur, on est dans le cas spécifique face à une tragédie relativement rare. Mais cet exemple montre combien la vision traditionnelle de la liberté comme absence de l’interdit est partielle. Et néglige le fait que pour un Domenico mort il y a des dizaine de milliers de gamins, ne fut-il que dans cette petite région d’Italie, qui ne sont pas réellement libres  de grandir sereinement.

Nous qui avons l’ambition de remettre « l’Homme au Centre », pouvons nous oublier cette leçon ?

Voter !

D’accord, c’est de l’intox.

Cependant, permettez-moi une chronologie comparative entre la France et l’Italie. Pourquoi ? Mais parce que, comme je disais ailleurs, la France a décidé, drôle d’idée par ailleurs, de suivre la marche de l’Italie avec au moins dix ans de décalage. Vous n’y croyez pas ? Place au calendrier.

Tout juste une précision de langage : en Italie le « Parti Socialiste » a été plutôt le parti des affaires, l’homologue du PS français devant se rechercher plutôt au Parti Communiste Italien.

Bien. En 2009 Manuel Valls souhaite que le PS change de nom. En 1991, le PCI, sous l’impulsion de Achille Occhetto, décide d’abandonner les références au communisme et change de nom pour adopter celui de « Parti des Démocrates de Gauche » (PDS en italien). Les « durs et purs » quittent le parti pour défendre des positions plus radicales mais ouvertes à des pactes de gouvernement (un Front de Gauche avec 15 ans d’avance). Manuel Valls trouve que le mot « parti » enferme la proposition politique dans quelque chose d’étroit et lui préfère le mot « mouvement« . Sans enfoncer le clou rappelant que cette distinction entre « parti » et « mouvement » était un cheval de bataille de la Ligue du Nord dès l’acte de sa création en 1991 (tiens, encore) au point que dans ses statuts on utilisait jamais le mot de « parti », cette réflexion a existé également au sein du PDS : en 1998 le mot « parti » est abandonné et la force politique prend le nom plus large de « Démocrates de Gauche » (DS). En effet, à cette époque, pratiquement aucune force de l’échiquier politique n’arbore le nom de parti. Je cite en vrac : Forza Italia, Alliance Nationale, Ligue du Nord, Démocrates de Gauche, Centre Chrétien-Démocrate, Marguerite, Démocratie Européenne, Réfondation Communiste, les Verts, Fiamma Tricolore, Liste Di Pietro, Liste Bonino … Voyez-vous des « partis » là dedans ? Et pourtant ça couvre un spectre politique très (mais alors très très) large. Manuel Valls se déclare favorable à une ouverture vers les Démocrates et vers la société civile. Je suis épatté par sa capacité de vision innovante : en effet c’est le projet de Romano Prodi de 1995 (l’Olivier). Par ailleurs, ce projet (le seul capable de mettre Berlusconi à l’opposition sur les derniers 15 années) a toujours capoté « grâce » aux alliés de la gauche radicale. Pour autant il me semble que le PS (français) ne puisse pas laisser tomber le PCF, ni Mélenchon et son « Die Linke à la française ».

Le constat de l’incapacité de cette alliance à tenir le rênes du Pays (deux victoires at aucune législature portée à terme) conduira à la création (ô combien complexe et difficile) du Parti Démocrate par la fusion des socio-démocrates modérés et des démocrates de la Marguerite (co-fondateurs du PDE).  La litigiosité, la volonté hégémonique et le complexe de supériorité intellectuelle existant dans l’aile « gauche » de ce parti ont empêché jusqu’à présent le succès de l’opération, conduisant aux démissions de Walter Veltroni (ex PCI) de la Présidence du Parti. Son successeur par intérim, Dario Franceschini (ex Marguerite) semble avoir réussi à stopper pour l’instant l’hémorragie de suffrages.

Si je me permets ce rappel historique à Manuel Valls c’est que l’histoire de nos voisins nous apprends deux choses : qu’il existe un espace politique majoritaire susceptible de se reconnaitre dans une proposition démocrate, qui considère l’argent au service de l’homme et pas le contraire et que cette proposition, au delà des Alpes, n’a été crédible que quand elle a été portée par un homme du « centre » (Prodi, Franceschini).

Manuel Valls demande, dans les faits, la création d’un Parti Démocrate à la française mais préfère parler de Mouvement. J’ai un scoop pour lui : le Mouvement Démocrate, existe déjà.

Voter !

Olivier analyse depuis quelque temps le positionnement des différents députés européen, avec un oeil particulier dédié aux députés français. Curieux comme il convient de l’être pour compredre les choses, il met en parallèle le comportement des parlementaires français avec certains de leurs homologues étrangers, dont les italiens. Ainsi il note que la « Gauche Démocrate » (j’aurais plutôt dit les « Démocrates de Gauche ») ont un comprtement assez dispersé et il s’interroge sur les raisons de ce manque de cohésion. Je ne suis pas un expert des DS (composante du PSE en Italie) mais je peux avancer quelques hypothèses.

Tout d’abord, si on regarde la carte d’Olivier on verra aisément que cette dispersion est valable un peu pour tous les groupes sauf les plus extrêmes. Prenons la droite italienne : on en retrouve quelques éléments avec les UMP, quelques uns dans un « no man’s land » de la droite (un peu comme Cornillet en France) mais la plus grande partie d’entre eux occupe une place plus proche du centre. Dans cet espace, on retrouve également un ancien ministre « socialiste-caviar » (De Michelis), des membres italiens du PSE, le leader historique des radicaux (libertarien, inscrit à l’ADLE au titre de l’ELDR). Le reste des membres italiens du PSE est également proche des députés du MoDem, sur l’aile « gauche », nettement plus que des socialistes français. Dernier , Giulietto Chiesa, répertorié comme démocrate/libéral dans la carte et qui vote pratiquement comme les verts a rejoint le PSE en cours de route. Enfin, pour anectodique qu’il soit, les représentants italiens du groupe de l’Union pour l’Europe des Nations (pas de parlementaires français) votent pour certains avec l’UMP, d’autres on les retrouve dans ce positionnement hybride déjà montré et quelqu’un relativement peu éloigné du FN (plus que le MPF néanmoins).

La dispersion est donc monnaie courante parmi les parlementaires italien. Ceci dit, en ce qui concerne les membres du PSE cela prend une dimension différente car il sont « à cheval » des deux camps traditionnels. Cela se justifie, je crois, par l’histoire de la « gauche » italienne. Et je crois qu’il y a là dedans quelques enseignements pour le MoDem.

Permettez-moi un brin d’histoire. Quand j’ai commencé à m’engager directement en politique, au début des années 90, on avait une alliance de gouvernement de centre-droit (DC-PSI-PRI-PLI-PSDI) qu’on savait rongée jusqu’à la moëlle par des pratiques de corruption et en face le Parti Communiste Italien, avec des nostalgiques du fascisme (le MSI) qui avaient été tenus à l’écart bien que le système proportionnel pur existant à l’époque leur permettait une petite représentation parlementaire. L’éclatement au grand jour des scandales de corruption et la montée en puissance de la Ligue du Nord, gangant sans alliés, en 1993, la ville de Milan, induit de grands changements dans la structure même de la politique italienne.

Un premier tournant, qui structure encore aujourd’hui la vie politique italienne, en 1994 Berlusconi s’engage directement (le PSI, son allié politique ayant été presque rayé de la carte). Autre élément, considéré presque anectodique à l’époque, le PCI change de nom pour devenir le « Parti Démocrate de la Gauche » (PDS). Berlusconi gagne avec une stratégie d’alliances à géométrie variable (avec la Ligue et contre le MSI devenu AN au nord, avec AN au sud). Dans ce bouleversement, l’ancienne DC, écornée elle aussi par des scandales à répétition, éclate. Une parti rejoint AN, une autre le parti berlusconien, une partie s’allie avec la gauche, une partie reste indépendante.

Dans un système majoritaire Berlusconi gagnera, ce qui n’a pas vraiment changé depuis, à mon plus grand regret. Certes, la Ligue le fera tomber une première fois en janvier 95 et Romano Prodi (auquel Formentini, ancien Maire leghiste de Milan  se ralliera suite au glissement vers l’extrême droite imposé à la Ligue) gagne les élections en 96 mais au prix d’une alliance avec la gauche radicale (le PDS ayant perdu des morceaux sur sa gauche un peu comme le PS avec Mélenchon) qui s’averera intenable. Et Berlusconi gagnera même les élections perdues de 2004 (un demi-million de voix en plus par rapport à Prodi). Le tout avec un argument autant couillon qu’efficace : eux ce sont les communistes, ce sont toujours les mêmes personnes, celles qui croyaient à l’URSS ; moi je suis la liberté. C’est con mais ça marche.

Depuis 94, l’histoire de la gauche (et de plus en plus du « centre ») italienne est celle de chercher une alternative durable au berlusconisme. Cela a forcé des gens d’horizons différents à se mettre ensemble. La naissance du « Partito Démocratico », fusion d’une partie des héritiers de la DC et d’une partie des héritiers du PCI, rentre dans cette logique. Cette compression des identités politiques de chacun est visible dans les votes au PE.

L’Italie a un système politique en recomposition permanente depuis 15 ans. J’espère vivement que l’expérience du PD puisse être couronné de succès. Cependant, ce que j’ai vu c’est que le complexe de supériorité d’une certaine gauche socialiste (en Italie comme en France) empêche le dialogue concret et apaisé des différentes âmes « démocrates ».

L’ancien « centre », tant en Italie qu’en France a pris ses responsabilités. Mais on ne peut pas évoluer à la place des autres.

Voter !

Mario Monti a été un personnage important dans mon histoire. En 1988, à peine majeur, j’intégrais la « Bocconi » (un peu le pendant de HEC en Italie) avec un goût amère en bouche : moi, le lycéen passionné d’histoire de la philosophie et de physique qui voulait se dédier à la recherche astronomique venait d’intégrer la plus importante Business School de la botte. Un sésame pour le futur reservé, à l’époque, à 1500 élèves environ sur 32000 postulants. Certes, je gagnais en perspective de carrière et de gains mais j’avais le sentiment de me renier. Avec les mots qui sont les miens aujourd’hui, je ressentais la frustration d’un manque de liberté positive : simplement, je n’avais pas le choix. Les circonstances faisaient que c’était ou ça, ou ça. Ainsi, je suis parti à 1400 km de ma ville natale et de ma famille. Ainsi, j’ai fêté mes 18 ans dans une couchette de train. Dans ce contexte, Monti, qui fut dirécteur, puis président, de la Bocconi avant son longue service en tant que Commissaire Européen avec Jacques Santer et Romani Prodi, fut une découverte. La découverte du fait qu’un bon économiste est celui qui sait voir l’humain derrière l’argent et les structures d’échange. Pour cela, je lui sais gré.

Aujourd’hui il publie une intéressante tribune sur le principal journal italien (ici pour les courageux) qui parle d’Europe, d’économie et de modèles de société. Je ne partage pas chaque mot qu’il dit mais il m’a paru intéressant de vous en offrir une libre traduction en mon mauvais français et de la laisser à la réflexion de chacun.

«Une nouvelle hièrarchie en Europe». Ainsi The Economist, qui depuis 1843 porte les valeurs du libéralisme anglo-saxon, décrit les bouleversements causés par la crise dans la hiérarchie entre les systèmes économiques et sociaux en Europe. Il met en première position le modèle français et en seconde le modèle allemand, deux variantes de l’économie sociale de marché, tout en reconnaissant la chute, au moins temporaire, du modèle anglo-saxon. Ce revirement de situation offre à l’Europe une occasion inespérée de relancer l’intégration sur une base plus solide, précisément à un moment où la crise économique et les réactions des gouvernements nationaux  mettent en danger le marché unique et avec celui l’intégration construite jusqu’ici. L’Italie [la tribune se refère à l'Italie mais elle peut s'appliquer aisément à tout pays, ndS] peut jouer un rôle important en incitant l’Europe dans cette direction. C’est une tâche pour le gouvernement, mais aussi pour l’opinion publique, en particulier si on veut discuter de l’Europe dans la campagne pour les élections européennes.

La crise pousse les pays qui soutiennent le modèle anglo-saxon, comme les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Irlande, à en remettre en cause certains aspects. Ils se demandent s’ils n’ont pas fait trop confiance aux mécanismes de marché et trop peu à la réglementation, s’ils n’ont pas permis une croissance exagérée du secteur financier au détriment de l’industrie manufacturière et s’ils ont consacré suffisamment d’attention aux situations d’inégalité et aux systèmes de protection sociale. Ces pays, comme la Chine d’ailleurs, regardent certains pays européens, comme l’Allemagne et la France qui ont longtemps adopté les modèles d’économie sociale de marché, avec plus de respect. Cependant, les pays anglo-saxons, ne devrait pas se sentir gênés par leur conversion partielle. Ni le pays à l’économie sociale de marché doivent trop s’enorgueillir de la revanche qu’ils sont en train de prendre. Somme toute, dans la décennie précédente, ce furent ces pays à avoir à se déplacer vers les modèles anglo-saxons, par l’introduction de réformes économiques visant à accroître la compétitivité. Et il est nécessaire qu’ils continuent à agir en ce sens.

Cette convergence des modèles économiques vers un point médian offre à la communauté internationale une occasion politique inattendue, qui permettrait à l’UE et au G20 de faire face aux défis sociaux croissants tout en maintenant l’intégration.  Dans l’UE, chacun des deux groupes de pays a ses inquiètudes. Les pays anglo-saxons, mais aussi les nouveaux États membres, sont en colère, à juste titre, contre le pays à économie sociale de marché – en particulier avec la France, mais aussi avec l’Allemagne et d’autres – parce que ces derniers remettent de plus en plus en cause la réglementation existante du marché unique (y compris celle relative à la concurrence et aux aides d’Etat), sans parler des perspectives de développement futur de ce marché. Les pays à économie sociale de marché se plaignent, à juste titre également, du fait que l’opposition des pays anglo-saxons et des nouveaux États membres à toute forme de coordination de la fiscalité rend plus difficile atteindre des objectifs sociaux à travers de la politique fiscale. Les recettes fiscales, réduites en raison de la concurrence fiscale, souvent, ne permettent pas le financement des programmes sociaux. De plus, les bases d’imposition mobiles – le capital, les grandes entreprises et les professionnels hautement qualifiés ont tendance à s’installer dans des pays avec des régimes fiscaux favorables, conduisant ainsi à une course à la baisse des taux de l’impôt. Au contraire, le travail et les petites entreprises, moins mobile, supportent une charge fiscale croissante.

Pour éviter la frustration dans les deux groupes de pays, et le ressentiment contre «l’Europe» en général et le marché unique en particulier, l’UE devrait saisir l’occasion de promouvoir un compromis. La Commission devrait mettre le Conseil, le Parlement européen et le public devant à une évaluation réaliste – c’est à dire assez préoccupante – des conséquences que la progression du nationalisme économique pourrait avoir sur l’intégration européenne. Elle devrait ensuite proposer un pacte stratégique qui comprend deux éléments : 1) un engagement renouvelé et contraignant sur le marché unique, en particulier par l’adoption de mécanismes renforcés pour assurer le respect de ses règles et de prendre des mesures pour y parvenir, dans des conditions clairement définies, dans les domaines qui font encore défaut ;  2) un engagement à mettre en place une coordination fiscale, même modeste. Il s’agirait de mesures vouées à permettre aux États membres de conserver leur souveraineté fiscale en coopérant sur certaines parties de celui-ci plutôt que d’assurer la pleine harmonisation fiscale, objectif irréaliste et pas nécessaire. Si, toutefois, les Etats préfèreront défendre individuellement le principe de leur souveraineté fiscale, ils verront leur souveraineté continuer à s’effriter du fait d’un concurrence fiscale incontrôlée.

Avec un tel compromis, les pays anglo-saxons et les nouveaux États membres feraient une concession en matière de coordination fiscale (dont ils pourraient par ailleurs avoir besoin, maintenant qu’ils souhaitent donner plus de place aux politiques sociales), mais assureraient l’avenir du marché unique. Les pays à économie sociale de marché, de leur part, devraient certes être soumis aux règles d’un véritable marché unique, mais ils auraient une plus large marge de manoeuvre pour poursuivre les objectifs sociaux sans être obligé de contrevenir aux règles du marché. Les deux groupes se rapprocheraient des pays nordiques, qui combinent le marché et la dimension sociale de manière plus efficace. Enfin, et surtout, le pacte donnerait une nouvelle force aux projet européen aujourd’hui en condition de faiblesse. Un projet qui peut-être à ce moment, aucun des pays considère comme une priorité. Mais tout le monde souffrirait des conséquences graves – ne fut-il qu’au plan économique – si, en l’absence d’un nouvel élan, l’Europe se refermait sur les 27 marchés nationaux. L’UE devrait promouvoir la coordination fiscale au sein du G8 et du G20. La nouvelle sévérité vis à vis de certain paradis fiscaux décidée par le G20, en avril, est importante. Mais elle est uniquement destinée à lutter contre l’évasion fiscale alors que l’élusion se poursuit sur une grande échelle et de manière parfaitement légale car la plupart des Etats se livrent à une concurrence fiscale sans limites. L’obiettivo di una globalizzazione governata e basata sul mercato non può essere raggiunto se la sovranità fiscale dei governi è sempre più erosa dal mercato. Per conseguire i loro obiettivi sociali, i governi devono poter fare un uso efficace dei loro bilanci; in caso contrario, essi faranno abuso del mercato. L’objectif d’une mondialisation gouvernée et fondée sur le marché ne peut pas être atteint si la souveraineté fiscale des gouvernements est de plus en plus érodée par le marché. Pour atteindre leurs objectifs sociaux, les gouvernements doivent pouvoir faire un usage efficace de leurs budgets, sinon, ils vont abuser du marché.

[J'omets la part dédié spécifiquement au rôle que l'Italie pourrait jouer dans ce parcours]

Voter !