Ca tangue de partout !
15 fév
Le rideau se lève, musique électro, atmosphère orange.
Dans cette période presque électorale, il est toujours agréable de lire la presse. Prenez, à titre d’exemple, le titre très sobre de celui qui fut le « quotidien de référence » : Défections en chaîne au MoDem. Très sobre, vous en conviendrez. Je me demande si on ne frôlerait pas une pignouferie, par hasard. D’ailleurs, le principe même des chaînes est de taguer les suivants : aller, monsieur X, qui taguez vous pour poursuivre la chaîne des défections ? Bref, pas sérieux. On va gagner l’Aquitaine, faire un score en Bretagne, créer la surprise en Ile de France, saloperie de défaitistes !
Scène deux. Quelqu’un assis dans un fauteuil, dos au public. Sur une télé passent des images de hièrarches nazistes faisant la fête alors que Berlin est presque détruite. Une fiction, probablement. L’homme assis réfléchit à haute voix.
Ces jours-ci, la campagne pour les régionales commence. Ou devrait commencer. Je ferai mon devoir de militant mais le cœur à l’ouvrage, l’enthousiasme n’est pas là. J’ouvre cette magnifique fenêtre sur cour qui est internet et je vois des gens rêver de scores importants, d’indépendance, d’élus. Combien parmi eux ont sorti la tête du guidon, regardé la réalité en face ? On avait une occasion historique de changer le système politique. On n’a pas été à la hauteur. Ça tangue de partout et personne ne tient la barre. La mutinerie règne dans un tourbillon qui aurait ravi Gorgias. Encore heureux, on est en haute mer, peu de risque qu’on se fracasse sur les rochers, bien que des naufrageurs bien intentionnés ont déjà allumés leur lanternes. Et, entretemps, il y en a qui dansent …
Épilogue. Une vieille servante balaye le sol, plein d’assiettes et verres cassés
Regardez-moi ça, quel gâchis ! Je vous le dis, ces gens là n’ont aucun sens du travail, de l’effort. Même pas de la décence. Ils s’en fichent, je vous dis ! Il a fallu de l’argent pour acheter tout ça (montre le bazar au sol), plein de sous ! Sans parler du travail pour les fabriquer, le stocker … le nettoyer, ces assiettes, pardi ! Des couverts en bois, qu’il mériteraient, et bien appuyés sur leur tête de mule … (elle s’assoit) On n’a plus aucune assiette désormais, pensez vous qu’ils vont en acheter ? Bien sur que non, casser, ils aiment mais mettre la main à poche … non, quelqu’un d’autre (fait signe avec l’index vers sa poitrine) devra s’en charger. Je sais, je sais … ils ne méritent pas ça. Mais moi, je veux pas me passer de bouffe pour les priver de jouets … En revanche, les priver de mains … (elle sort agitant son balai comme une épée)
Rideau

