Ce matin je parcourais les sites web des agences de com journaux que je lis régulièrement. Parmi ceux-ci, le Figaro. Il se trouve que ce produit éditorial suit, historiquement, une ligne politique marquée par « la droite ». Cependant, quelle droite ?
Dans la représentation linéaire de l’échiquier politique, on assume le Front National comme le parti le plus « à droite » de France. La grandissime majorité des français n’aiment pas, le Figaro non plus. En se déplaçant vers « la gauche » (préparez les antiallergiques pour le Vicomte), De Villiers est tout juste toléré (Président de CG, allié de l’UMP). De même (grand bond en avant) le NC. Les phénomènes comme CNPT (j’aime pas mais cela existe) sont traités avec condescendance. La minorité d’Alternative Libérale simplement ignorée, tout comme les différentes composantes de l’UMP (on ressort tout juste les Radicaux de Borloo où les nouvelles inventions « d’ouverture » comme Gauche Moderne quand il faut contrecarrer une image trop droitière de la majorité) ou Dupont-Aignan. MoDem et PS (y inclus ses alliés) à ridiculiser, tout le reste est opérette avec une exception notable : Besancenot. Là, on bichonne. Quelqu’un est dupe ? Certainement.
Mais revenons à nos moutons (en troupeau derrière le chef). En gros, selon la ligne politique du Figaro, hors de l’UMP, point de salut. Cela serait tout juste un exercice de style si on ne lisait parfois des articles qui interrogent : le dernier en date, celui-ci. En résumé, la campagne de Libertas, regroupement europhobe né de l’expérience référendaire en Irlande et nourri de l’argent de Declan Ganley qui accueille sous sa houlette De Villiers et Nihous (lire plus haut) profite des capacité professionnelles de Edouard Fillias. Rien de particulier si ce n’est que Fillias a été le fondateur de Alternative Libérale, mouvance certes très (néo)libérale mais résolument pro-européenne.
En gros le raccourci que le Figaro propose à ses lecteurs (de droite) est le suivant :
1. Libertas fait son cinéma eurononiste mais ils ne sont même pas capables de monter une campagne de communication -> ils ont besoin d’un libéral pro-éuropéen tout comme De Villier a besoin de l’UMP. C’est pas sérieux, votez UMP.
2. Fillias (lire AL) ce n’est pas sérieux, c’est des gens sans principes qui, pour un paquet de poignon (ah le merveilleux monde de la com’ …) passent outre leur convictions. C’est pas sérieux, votez UMP. Quoi, vous ne le savez pas ? Eh oui, AL présente des listes aux européennes, il faudrait pas perdre des bons députés pour quelque dizaine de voix perdues ici et là …
Peu importe que Fillias clarifie qu’il a «cessé tout engagement politique voici un an et demi» et qu’il travaille «uniquement pour l’Enchanteur [la boîte de com chargée de la campagne], pas pour Libertas», le journaliste glisse cette phrase en apparence anodine «si je devais adopter toutes les opinions politiques de mes clients, je ne m’en sortirais pas ! ». Pas sérieux et sans principes, cqfd.
Libertas, je n’aime pas du tout. Indirectement, c’est aussi à cause de ce groupe que j’ai déménagé le blog (souvenir ici). J’ai plus de respect pour AL, mais je pense qu’ils se trompent profondément d’analyse (et de libéralisme). Naturellement, je voterai Démocrate : c’est mon parti, j’y suis bien (même si tout est loin, très loin, d’être parfait) et, à défaut de faire partie des candidats, nombre de mes suggestion je les ai retrouvés dans les documents programmatiques (sans aucune prétention d’avoir influencé le débat).
Mais la manipulation de l’opinion est une maladie trop grave de la démocratie représentative pour ne pas la dénoncer. Et je le fais d’autant plus volontiers qu’on ne pourra pas m’accuser de pleurer sur les méchants journalistes qui sapent le MoDem … (qui, par ailleurs, est une cible de choix pour les franc-tireurs).
Dans mon métier, cela m’est arrivé (souvent) de travailler avec des élus. Parfois de mon bord, comme on dit, plus souvent portant d’autres opinions politiques. Pour exemple, ici en France, j’ai collaboré avec Patrick Appéré, ancien candidat aux législatives à Brest pour la Gauche Alternative. Bien sur, on a des idées politiques très éloignées. Mais on a fait un (excellent) boulot ensemble. Certes, il peut le vendre électoralement pour essayer d’accroître son consensus. Et alors ? Est-qu’on reprocherait à un médecin du PS de sauver la vie d’un membre du FN ? Bien sur que non. Chacun a son métier et la plus grande partie d’entre nous nécessite de travailler pour vivre (j’ai un doute, est-que le léchage de pompes est également un métier, bref vaste débat)
Je trouve la position d’un Fillias, qui ne fait que respecter son contrat de travail, respectable. Et oui, parfois, le Figaro m’amuse. Pas tout à fait aujourd’hui.