J’arrête les frais
18 fév
George Bernard Shaw, devenu célèbre pour son sens de la formule, disait : Some people see things as they are and say why. I dream things that never were and say why not? D’ailleurs, le concept a fait mouche dans la culture populaire, si tant que un refrain presque identique peut être entendu dans le récent ouvrage d’une chanteuse francophone bien connue.
Moi, je suis un peu de ces gens là. C’est ma grande force, et c’est ma grande faiblesse, également. Je ne sais pas jouer petit bras, je ne sais pas m’asseoir dans le confort de la routine. Cela m’ennuie. Infiniment. La gestion de l’ aujourd’hui me fatigue, la construction, forcément sans fin, du lendemain, me passionne. D’ailleurs, c’est pour ça que je ne sais pas rester loin de la politique : elle, seule, offre des instruments suffisamment puissants et larges pour offrir un terrain de jeu à mon esprit. Et encore, je dois avouer que la politique ne me suffit même pas.
Quand j’ai pris ma carte au Mouvement Démocrate, je l’ai fait car j’ai perçu dans cette démarche une opportunité pour construire quelque chose de juste, de bon, de valeur. Presque trois ans après, c’est un goût d’inaccompli qui reste en bouche. Je ne reviendrai pas sur l’historique de ce jeune mouvement politique, il y a suffisamment de sources déjà disponibles pour en rajouter une couche.
Là, ce sont les proverbiales gouttes qui font déborder la proverbiale vase. Malgré moi, et malgré l’estime que je continue à avoir pour François Bayrou, je suis obligé de constater que, aujourd’hui, je me reconnais très peu dans les positions politiques portées au niveau national, par exemple par le moyen du livre orange, et encore moins dans les propositions censées constituer le fil de la campagne régionale. Je ne me reconnais aucunement dans le fonctionnement du parti, dans le parcours qui conduit aux décisions, dans les décisions elles-mêmes.
Qu’on soit justes : ce n’est pas la « faute » au MoDem. Le parti ne peut pas être tenu pour responsable du décalage qu’un de ses membres (bien que les faits me donnent raison fort souvent) ressent. C’est à l’adhérent d’en tirer les conséquences.
Ce soir, mon sentiment est simplement de ne pas être dans le bon timing. Pour un politique, avoir raison trop tôt, c’est une faute. Je crois que je suis fautif. Depuis longtemps. Dans la situation actuelle, extrêmement morose pour le système politique dans son ensemble avant même que pour mon parti, j’aurais voulu apporter ma contribution à cette restructuration de l’espace politique que je considère comme indispensable. D’après ce que je peux voir, mon parti n’est pas prêt.
C’est dommage, car la réalité se rappellera à nous très violemment. Nous avons une droite de conflit, victime du culte de la personnalité, incohérente et incapable d’offrir à la France une quelconque perspective de rebond malgré une mainmise durable sur l’Elysée. Nous avons aussi une gauche de petits et grands barons, victime d’un complexe de supériorité intellectuelle frôlant la mauvaise foi pathologique, prive de vision globale et par conséquent obligée de trop en faire en petite chamaillerie. Nous avons aussi les nouveaux enchanteurs de vert vêtus, portant, en tout cas pour la plus grande partie d’entre eux, une vision du monde très mécanique, déshumanisée, qui a eu le temps de vieillir avant de s’imposer. Toutes ces forces, et a fortiori les extrêmes, font une politique de la peur. Si les peurs chevauchées par les uns et les autres sont différentes, aucun de ces acteurs, c’est en tout cas mon avis, n’offre une perspective constructive et positive. La recherche du coupable à punir, rien d’autre. Nous bons, vous méchants. Nous jaunes, vous violets. Nous OM, vous PSG. Écartelé par ces sirènes, l’électeur, tel un nouvel Ulysse, risque de naufrager sur les rochers du renoncement et, in fine, le risque que le conflit, normalement canalisé par la dialectique politique, puisse exploser de façon violente n’est pas négligeable.
De même, je fais le choix de ne pas me lancer seul dans une opération de renouvellement du parti qui passerait, dans les conditions actuelles, fort probablement par des épreuves de force que je pourrais gagner mais pas sans déchets. La politique pour une personne, fut-il moi même, au détriment d’un collectif, ce n’est pas ma conception de l’engagement.
Par conséquent, tout en gardant ma carte car je sais bien que l’avenir peut réserver des surprises, je choisi de me mettre en retrait du Movement Démocrate et de renoncer à la plus grande partie de mes fonctions. Ainsi, ce billet est transmis aux instances compétentes et il a valeur de démission des charges suivantes :
- Conseiller Départemental 29
- Animateur de la commission économie 29
- Membre de la commission économie nationale
En revanche, je souhaite rester membre de la conférence nationale, notamment en considération du fait que, la liste finistérienne ayant été incomplète, il n’y aurait personne pour prendre ma place. Donc ma démission serait inutile. Et, bien entendu, mes compétences restent à disposition du parti, si ce dernier a envie d’en profiter et si les conditions de cette éventuelle mise à disposition sont cohérentes avec mes convictions profondes.
