Aujourd’hui c’est jour de vote (si c’est pas encore fait, filez voter, vous lirez plus tard) : une excellente journée pour une réflexion générale (et synthétique) sur l’approche au fait politique qui est la mienne.
J’ai commencé à m’intéresser à la politique probablement trop tôt : déjà en dernière année de collège je « théorisais » (noter les guillemets) une formation politique qui n’était pas à droite (occupée à l’époque par le MSI), pas à gauche (occupée par le PCI), ni même au centre (les partis de gouvernement, en premier lieu la DC) mais bien « là haut », c’est-à-dire une force rompant avec une conception linéaire de la politique. A ma décharge, j’invoque le fait d’avoir vécu mon enfance dans une période traversée par des bouleversements importants. Je suis né en 1970, presque au milieu des barricades. En 1978 les Brigades Rouges tuaient Aldo Moro. En 1979 le Pape Jean-Paul I mourait dans des circonstances jamais élucidées et Karol Woitila devenait Jean-Paul II. Dans la foulée, en 1980, c’est la grande grêve de Gdansk et la naissance de Solidarnosc, conduite par un certain Lech Walesa. La même année, presque dans les mêmes jours, des terroristes (pas clair de quel bord) fesaient sauter un train à la gare de Bologne. Brejinev conduisait toujours l’Union Soviétique. Bref. De cette intuition, je n’ai jamais trouvé des raisons de dévier. Pire, j’en ai trouvé de nombreuses pour la conforter. Ayant mené ma première campagne électorale (déjà européenne) en 1989 (au profit du PLI, membre du LDR dont le président de groupe n’était autre que Valéry Giscard d’Estaing), je passe parfois pour un jeune vieux de la politique. D’ailleurs, je dois encore comprendre si c’est un compliment ou de la moquerie.
Si à l’époque j’avais décidé de soutenir le PLI, c’est que je pensais que, dans la situation spécifique de ces temps là (c’est l’année du démantelement du Rideau de Fer en Hongrie et du Mur de Berlin) seul un parti suffisamment petit avait les moyens de se remettre en cause assez profondément pour relire l’espace politique du nouveau millénaire qui allait s’ouvrir. Ce que je n’imagianais pas à 19 ans c’est que même un très petit parti peut être une simple et formidable machine à clientèles finalisée à la réélection de tel ou tel « baron ». J’ai du l’apprendre vite. C’est peut-être ça ce qu’on appelle l’expérience, j’en sais trop rien. Et tout cas, je ne nierai pas que ces vingts ans d’engagement ont été intenses et instructifs. La politique, telle que je la fais en tout cas, c’est quelque chose qui ne vous laisse pas indemne.
En ces vingts ans j’ai adhérez à deux partis, en deux Etats européens différents, j’en ai co-fondé un (dont l’existence fut malheureusement éphémère pour des raisons financières et politiciennes), j’ai connu et tutoyé trois présidents de parti (je ne compte pas le dernier car je ne le connais pas encore à ce point), plusieurs anciens ministres, un ancien premier ministre (bon il fait partie des trois présidents, ça compte quand même ?), j’ai été fiché par les anciens « RG » italiens (on m’a dit, jamais pu vérifier) en occasion d’une simple distribution de tracts, j’ai été traité de raciste et xénophobe, j’ai été traité de naif pro-immigrationiste, on a essayé de m’acheter, on a essayé de me faire payer le fait de ne pas m’être vendu. Je pourrais continuer. Vingt ans comme ça, c’est difficile à résumer.
En revanche, cela apprend des choses. Je veux en partager trois avec vous.
La première c’est que les hommes changent. Mais pas trop souvent et pas sans une expérience de rupture. Ou alors c’est qu’ils sont fidèles à leur opportunisme (et donc ils ne changent pas). Si je prends mon cas, au fond, je suis encore le préadolescent qui est « ailleurs » qu’à droite ou à gauche. Et, finalement, mon positionnement politique n’a guère changé depuis 1989. Si on se réfère au cadre européen, cela est frappant : « mes » députés étaient au LDR en 1989, à l’ELDR (nouvelle dénomination) en 1994, de 1999 à 2004 j’ai volontairement grillé mon vote, mon parti actuel siège dans l’ADLE (ELDR+PDE). En effet, la seule chose qui a vraiment changé dans mon positionnement politique c’est le regard sur l’économie. En 1989, étudiant en première année d’école de commerce j’avais une vision qui, des années d’études, de recherches et de travail plus tard, n’est plus la mienne. En gros, j’ai vieilli (un peu).
La deuxième c’est que les partis fondés sur des projets sont plus solides que ceux fondés sur des chefs charismatiques. Certes, et j’y reviendrai, le charismatique sait mobiliser les foules, ce qui facilite la récolte des voix. Cependant, l’Histoire nous montre qu’elle n’est pas arrivée à sa fin, pour reprendre l’image de Fukuyama, et que nous avons de plus en plus besoin de pensée complexe pour faire face à notre monde. Or, le charismatique est foncièrement simpliste, même quand il a une idée complexe en tête. C’est la voie de la hypercommunication et, in fine, de la hyper-impuissance. C’est une impasse, même si c’est une impasse riche en récompenses pour ceux qui l’entreprennent. Aujourd’hui on devrait le savoir : le culte de la personnalité ne mène strictement nulle part.
La troisième c’est qu’aucun projet n’a la moindre chance de se voir recompensé dans une échéance électorale s’il n’est pas incarné par une personne. C’est quelque chose dont on devrait se souvenir quand on parle de « l’égo démesuré » de notre personnel politique. Cette incarnation demande des qualités qui sont, à mon avis, assez rares. Si vous n’êtes pas d’accord, eh bien, vous avez trois ans pour me démentir.
Ce sont trois raisons parmi d’autres qui m’ont jusqu’à présent conduit à fonder mon action politique sur les projets avant tout autre considération. Or il se trouve que le monde cherche un équilibre et que cette instabilité met sous tension l’espace politique éuropéen. Dans le monde « d’avant » c’était simple. Les « rouges » sont ceux derrière le rideau qui ont étouffé le « Printemps de Prague » et pointent leurs missiles de ce côté. Les « noirs » ce sont ceux qui, avec leurs délires, ont détruit l’Europe. Il ne restait pas grand chose. Aujourd’hui, heureusement, les choses sont plus difficiles, les clivages sont multiples. Et aujourd’hui aucune force politique en Europe est encore capable de fournir une réponse pleine et aboutie à ce nouveau défi. C’est une raison de la désaffection des citoyens.
Pour ma part, j’ai toujours choisi et je continue à choisir le potentiel car j’estime que, à défaut de réponses définitives, il y a des approches que sont mieux que d’autres capables d’aboutir positivement. Elles sont des approches complexes, situées à la confluence de plusieurs chemins. Il s’agit d’approches difficiles à expliquer à des personnes trop habituées aux simplismes des gurus. Mais c’est des directions qui est indispensable de prendre, même au risque de s’y perdre.
Enfin, j’entends déjà quelqu’un penser (bruitamment) : mais bon, pour ou contre le chef ?
Laissez-moi dire une chose simple : si vous vous posez la question, c’est qu’on ne se comprend vraiment pas.