Cette façon faussement à la con de traiter la couverture de la campagne européenne commence à m’agacer passablement. Dernier en date, mais prévisible, le Figaro nous informe que François Bayrou est considéré par 20% du panel OpinionWay comme le « meilleur opposant à Sarkozy« .

Mis à part le fait que, à contrario, 80% ne le pense pas, j’y vois (espèce de gauchiste complotiste que je suis!) une manière de détourner le débat. En effet, comme un certain Berlusconi dans son pays, la sarkozye porte un seul argument de campagne : le culte de son chef. Mais pour que cela soit efficace il est nécessaire de montrer que tous les autres sont dans la haine. Vous osez critiquer ou même simplement émettre des reserves ? Antisarkozyste primaire ! Avec le lot de franc-tireurs qui va avec.

Je n’ai pas lu Abus de Pouvoir (je ne lis jamais les bouquins politiques des « amis », je préfères la discussion). Néanmoins une chose m’a frappé dans les interviews de Bayrou à ce sujet : le journaliste démarrant par un « c’est un beau pamphlet » et Bayrou devant reprendre la main avec un « pas du tout, c’est un livre de projet ». A expliquer, avec un talent certain, que l’opposition n’est pas à Nicolas Sarkozy mais à son projet de société.

Risqué, pour la stratégie umpiste. Alors, comme par hasard, des sondages « para-présidentiels » fleurissent. Sauf que ce n’est pas l’heure de la Présidentielle. Alors, pourquoi le Figaro en parle ? Juste après la sortie d’Abus de pouvoir, d’un nombre important de passages télé réussis et refus de TF1 de l’accueillir à l’antenne, quoi de plus normal d’être en tête de CE sondage ?

Certes, les élections présidentielles en France sont importantes mais je ne voudrais pas qu’on oublie ce pour lequel c’est l’heure : les élections européennes.

Messieurs les journalistes, parlez-nous des candidats des uns et des autres. Des idées des uns et des autres (oui il y en a!). Et si vous voulez vraiment parler des Démocrates, parlez-nous de Sylvie Goulard (tête de liste dans l’Ouest), de Robert Rochefort (Sud-Ouest) ou encore des déclarations « ultralibérales » de Bernard Lehideux (n°2 en IDF) ou même des cadres du MoDem qui ont refusé un poste sûr avec l’UMP pour des positions à l’éligibilité incertaine.

Faites de l’information. Cela serait votre métier.

Voter !

J’ai avancé souvent des perplexités sur les sondages d’OpinionWay, notamment le baromètre des personnalités et la répartition des sondés qui se disent de droite, de gauche, du centre ou sans position. Ce matin, OpinionWay m’a surpris. En bien. De leur premier sondage un peu poussé sur les élections européennes (ici le pdf complet) je retiens surtout une évolution intéressante de la méthodologie : on passe de l’échantillon habituel d’environ 1000 personnes à plus de 5000.

Voici un extrait de la note méthodologique :

Étude réalisée auprès d’un échantillon de 5079 personnes, constitué de 7 échantillons représentatifs de la population âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales de chaque circonscription européenne. Les 7 échantillons ont été constitués selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, après stratification par catégorie d’agglomération et région INSEE. Le nombre d’interviews par région se répartit comme suit : Ile-de-France : 721 personnes / Nord Ouest : 739 personnes / Ouest : 742 personnes / Est : 733 personnes / Sud Ouest : 734 personnes / Sud Est : 744 personnes / Massif Central Centre : 666 personnes

Afin de disposer d’un échantillon national représentatif, lors du traitement des données, chaque circonscription a été ramenée à son poids réel sur la base du nombre d’électeurs inscrits lors de l’élection présidentielle de 2007 : Ile-de-France : 15,9% / Nord Ouest : 15,5% / Ouest : 14,5% / Est : 13,8% / Sud Ouest : 14,5% / Sud Est : 17,9% / Massif Central Centre : 7,9%

OpinionWay rappelle que les résultats doivent être interprétés comme des rapports de force à la date de l’enquête et en aucun cas comme étant prédictifs des résultats le jour du vote. Ils doivent également être lus en tenant compte des marges d’incertitude : par exemple, pour l’intention de vote, plus ou moins 1 à 2 points pour les principales listes, plus ou moins 1 point pour les autres.

Et là, deuxième bonne surprise, les marges d’erreur sont déclarés. C’est un point essentiel quand on ne donne pas une fourchette (comme c’est habitude aux USA) mais un chiffre précis et encore plus quand la presse prétend commenter des hausses et des baisses de 0,5%.

Ainsi, contrairement à ce que vous lirez dans la presse je ne dirais pas que l’UMP et le PS baissent alors que le MoDem monte (tout le monde de 1%). Je me limiterai à constater qu’il y a une confirmation d’un socle important de consensus avant campagne pour le parti du Président (> 25%, chacun anakyse comme il veut) et que, toujours avant campagne, le MoDem semble se positionner de façon assez solide entre 10% et 15% (tous les sondages tombent dans cet intervalle) avec des signaux statistiques faibles de la possibilité de rompre la résistance supérieure.

Je note aussi que le nombre de sondés complétement désintéressés par l’élection est assez faible (12%) et qu’il existe un réservoir important (40%) de gens à mobiliser. Si cette campagne, qui semble néanmoins démarrer enfin, saura parler au quotidien des électeurs on pourrait avoir des surprises sur l’abstention.

Voter !