Bien bien … Nelly me taggue dans la chaîne « hérétique » consistant à choisir de quatre à six auteurs relativement anciens, de préférence français, et d’imaginer quel positionnement politique serait le leur s’ils vivaient de nos jours. Alors là, merci! Non parceque, bien que j’aime quelques auteurs français, je les connais absolument trop mal pour répondre avec un peu de sens à l’excercice. Il me sera donc permis de remonter un peu plus haut dans le temps, pour retrouver des auteurs, essentiellement des phylosophes, qui font partie du patrimoine culturel commun aux Européens.
Erasme de Rotterdam : l’auteur de « L’éloge de la folie » ne peut être positionné ailleurs que … avec nous. Si on y pense, nous sommes tous des fous, au sens erasmien : un parti qui base sa force sur sa faiblesse, qui préfère casser le jeu plutôt que caser les pions qui ose penser (et parfois dire) que entre deux mains (droite et gauche, bien sur) c’est important qu’il y ait un cerveau (qui fonctionne). Erasme et J.F.Kahn, sacré couple.
Epicure : il serait, à l’évidence, sarkozyste. Il aimerait profondement le manque de programmation, la recherche de la satisfaction immédiate du besoin, la marchandisation de l’esprit. Il nous expliquerait que l’acceptation de l’inexistence du futur est le signe du vrai sage et que la projection au délà de notre décès, évènement ô combien certain, n’induit qu’angoisse stérile et, in fine, complétement inutile.
Protagoras : « L’homme est la mesure de toutes les choses. De celles qui sont, puisque elles sont, de celles qui ne sont pas, puisque elles ne sont pas. » A vue de nez, je pense qu’il serait plutôt un intellectuel engagé mais pas inféodé à un parti. Sans doute proche des libéraux classiques (l’homme « mesure » rappelle de façon étrange une certaine interprétation de l’utilitarisme benthamien, notamment celle de Smith et, encore plus, celle des marginalistes à la Marshall) mais incapable de s’accomoder du poids structurant de la grande entreprise il aurait pû se rapprocher du MoDem, bien que l’homme « mesure » n’est pas pleinement compatible avec l’humanisme auquel Bayrou se réfère constamment, ou même des « sociaux-libéraux » présents au PS. En définitive, je le vois plutôt comme un intellectuel jouant les empêcheurs de tourner en rond dans tout le spectre centrale de l’espace politique.
Sénèque : à l’insu de son plein grè, il serait socialiste. Il y retrouverait (mieux, il croirait y retrouver) ce goût pour l’analyse des phénomènes qui anime, historiquement, les partis de gauche, ce sens du sacrifice individuel au service d’une cause plus collective, cette couleur tragique et malgré tout lucide de l’engagement, cette capacité de lever la voix même quand toutes les oreilles sont bouchées.
Qui taguer maintenant ? Aller, deux libéraux (Rubin et Falconhill) et deux démocrates (Le Crapaud et KaG).