Economie : de mardi à lundi #2

Un petit sommaire des billets de la dernière semaine en matière d’économie:

Economie : pourquoi les spéculateurs financiers ne sont pas immoraux
Economie : cycle de Doha et aide alimentaire. Quand l’inutile fait des dégats.
Economie : des articles intéressants
G8 de L’Aquila : un cadre de ruines pour une pensée en ruine
Economie d’un tag ou tag d’économie ?
Projet Europe 2009 : 5) Pour une économie responsable
Projet Europe 2009 : 4) Pour un modèle européen du développement
Travail dominical – acte 4
Un nouvel économiste ?

Bonne (re)lecture

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Je reviens sur les décisions prises par le G8+5+1 de l’Aquila il y a quelque jour pour mettre en relation deux éléments, apparemment sans liens mais en réalité strictement imbriqués : l’engagement à faire aboutir le cycle de Doha en matière de libéralisation des échanges mondiaux et l’aide alimentaire de 20 milliards de dollars promis aux pays pauvres.

Voyons pourquoi les deux choses sont liées.

Le besoin alimentaire de survie est fonction de la population. La capacité de production alimentaire, notamment agricole, est fonction de la disponibilité de surfaces cultivables, de l’existence d’espèces comestibles adaptées aux différentes conditions (terrain, climat, parasites)  et de la productivité du travail agricole (y inclus les moyens techniques). Si, à l’échelle d’un espace (à la limite, de la planète) ce marché était à l’équilibre, la production serait égale à la consommation et il n’y aurait pas d’excédent sinon dans un but d’assurance (stock).

Cependant, si on considère des sous-espaces, on s’aperçoit que cet équilibre n’est pas vrai à n’importe quelle échelle. Pour exemple, une ville ne peut pas être autosuffisante en production agricole : elle importe à partir de la campagne et par ce biais elle invente le marché agricole.

Ce système ne tient qu’à deux conditions : que la ville produise suffisamment de richesses pour payer et que la production des campagnes soit excédentaire.

Or, dans la réalité ces deux conditions ne sont pas réunies : en effet, le territoires non autonomes en biens alimentaires ne peuvent pas payer. Ce qui semble justifier l’aide. Le problème étant de trouver des moyens de paiement, on suppose que la facilitation du commerce international permettra d’avoir accès au marchés solvables et doc de sortir de l’indigence. D’où le lien entre Doha et l’aide alimentaire (et en réalité aussi avec l’investissement international).

C’est un raisonnement myope et biaisé.

On oublie un détail extrêmement important. La plus grande partie de cette demande agricole non solvable est constituée … de paysans. Le seul moyen pour eux d’être suffisamment riches serait d’avoir une production suffisamment grande pour pouvoir la revendre. Or, de deux cas un seul. Soit ces paysans produisent du nourricier et donc, s’ils sont excédentaires, ils n’ont aucun besoin d’en acheter à l’extérieur,  soit ils produisent de l’intermédiaire non consommable directement (ex. canne à sucre) dans l’espoir de gagner suffisamment pour payer la nourriture.

Dans ce deuxième cas, la recherche du rendement maximal est plus qu’un impératif : la monoculture s’implante avec tous les risques qui vont avec, y inclus l’excès d’offre et l’effondrement des cours. C’est une voie fragile et risquée. Par conséquent, la logique voudrait que l’agriculture nourricière soit favorisée. Cependant, dans le court terme, cette agriculture ne peut pas être compétitive avec celle des pays développés laquelle profite d’un apport technologique et d’investissements considérables, qui plus est partiellement subventionnés. Ainsi, favoriser l’ouverture des marchés agricoles (un volet de Doha) ne fait que contribuer à perpétuer la dépendance alimentaire des pays pauvres. Et, par conséquent,  le besoin d’aide alimentaire.

Si on accepte que tout homme a le droit à ne pas être dépendant d’autrui pour sa survie, ce qui est à mon avis une liberté positive fondamentale, on devrait accepter que le secteur agricole n’est pas un secteur comme les autres et qu’il soit soustrait aux logiques communes de concurrence.

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Je reprends ici les cinq chapitres de la contribution que j’avais portée en vue des élections européennes. J’estime, peut-être à tort, qu’il y a dans ces courtes pages des éléments utiles et pertinents. Et même si cela n’était pas l’opinion de mon parti, elles reflètent une partie de ma pensée politique. Le chapitre 4 a été publié pour la première fois le 22 juillet 2008. Je le reprends ici dans le cadre des articles économiques de juillet en laissant la formulation d’origine.

Si le travail sur la consolidation d’une « identité européenne », via le partage de valeurs fondamentales, est un enjeu vital, ces valeurs doivent se traduire en actions concrètes, visibles et efficaces de mise en œuvre. Il nous semble que, depuis sa création, « l’Europe » s’est donné une mission spécifique pour traduire en actes ses principes : le développement. Nous estimons que c’est une mission à perpétuer. Cependant, on dérogerait à notre devoir de personnes engagées en politique si on ne remettait pas en question certains paradigmes et définitions. En un mot, une certaine théorie du développement.

Dans les années 50, sous l’impulsion des théories économiques dominantes (approche néoclassique, keynésienne et marxiste), on a pu croire dans l’identité parfaite entre développement et développement économique ainsi que dans l’existence de modèles « universels », de recettes absolues pour « progresser » sur la bonne voie. Peu importent les conditions de départ, on pouvait se reposer sur des théories « scientifiques », mondialement acceptées. D’ailleurs, les conditions dans lesquelles la réflexion avait lieu n’étaient pas propices à la nuance : un contient détruit, marqué par l’insuffisance alimentaire, contraint à « choisir son camp » dans la Guerre Froide naissante.

Les accords firent rentrer l’Europe occidentale dans la sphère d’influence américaine, ce qui signifia, entre autre, l’OTAN, le Plan Marshall et les théories économiques d’importation américaine. D’ailleurs, il s’agit d’une influence qui ne s’est jamais tarie : Keynes et son multiplicateur des investissements, puis Laffer et sa courbe relative à l’imposition fiscale, Galbraith et son analyse des jeux de pouvoir, enfin les « néo-libéraux », ont exercé une influence indéniable sur le comportement de l’Europe.

En même temps, L’Europe, notamment le « couple franco-allemand », n’a jamais cessé de produire des concepts autonomes liés au développement, notamment en ce qui concerne les solidarités et plus en général une approche humaniste à la société. Ces concepts, portés plutôt par des philosophes, des sociologues et des courants politiques et religieux, n’ont jamais trouvé un réel terrain d’entente avec l’économie. Ainsi, par la recherche d’un équilibre entre deux tendances contradictoires, l’Europe a développé un modèle spécifique, et efficace, de développement sans pour autant se l’approprier complètement.

Ce n’est donc pas tout à fait du hasard, si le principal « social-économiste » contemporain, prix Nobel de surcroit, n’est pas européen : Amartya Sen. Et pourtant, beaucoup de Sen a été appliqué avant la lettre en « Europe ». Aujourd’hui, l’Union peut et doit franchir un cap : s’approprier ses expériences, l’expérience de ses membres et de l’Union en tant que telle. De part ces expériences, nous savons maintenant que le mot « développement » et même la locution « développement économique » indiquent des concepts qui mutent avec la situation de départ : développement en France ce n’est pas développement en Afrique subsaharienne. Par conséquent, nous savons qu’il n’existe pas d’approches « universels » au développement mais que la pertinence doit être recherchée au niveau des territoires.

En réalité, nous pouvons à présent définir le « développement » comme le chemin qu’un certain territoire entame pour réaliser ses propres objectifs. Par conséquent, à cultures différentes peuvent correspondre concepts de développement très éloignés l’un de l’autre et même contradictoires, selon la nature des objectifs choisis par ces « construit sociaux » qui sont les territoires.
En reliant ces connaissances, on peut identifier des priorités pour faire en sorte que l’Europe puisse assumer son ambition d’être référence dans l’aide au développement.

Tout d’abord, il conviendrait d’investir dans la recherche fondamentale dans le domaine de l’économie : si nous sommes conscients des limites des théories acceptés, nous devons nous doter d’instruments plus pertinents. La deuxième guerre mondiale nous a obligés à « choisir un camp », le début du vingt-unième siècle nous offre l’opportunité de « bâtir notre camp ». C’est vrai pour la doctrine politique, c’est vrai également pour l’économie.

Deuxièmement, il est nécessaire d’intégrer l’idée que les actions vouées au développement des pays de l’Union peuvent être absolument différentes par rapport aux actions d’aide aux autres pays : situations différentes peuvent demander des actions différentes. D’ailleurs, une ambition pour l’Union pourrait être de devenir un vrai laboratoire des politiques de développement sur un territoire relativement aisé : c’est un énorme chantier qui permettrait d’affronter et de déminer les craintes des populations « riches » ainsi que d’analyser en profondeur l’impact d’une économie parfaitement globalisée sur les modèles de développement et notamment de croissance.

Enfin, mais pas moins important, reconnaître le caractère non-universel des modèles de développement, nous permettra d’intégrer une valeur typiquement européenne, la tolérance, le respect de l’autre, dans les programmes d’aide. Car nous pouvons reconnaître que le projet de développement reste propriété du territoire qui le porte et que cette propriété est, en elle-même, une valeur économique et de société.

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Le thème des « marques territoriales » est un sujet qui m’est cher depuis le tout début de ma carrière professionnelle. Peut-être même avant. C’est vrai que les (bons) aléas de la vie m’ont conduit très tôt à m’occuper des relations entre populations, territoires et retombées économiques. A titre d’exemple, je garderai toujours un bon souvenir de la création de la Bourse Agricole de Mortara (Pavie) dont j’ai été, encore étudiant, le premier vice-Président en 1993 (16 ans après ils aurait pu mettre des pages au moins en anglais mais bon …). Un projet très économe qui a su allier la récupération d’une friche en centre ville (un ancien abattoir) présentant un intérêt architectural et la mise à disposition de services fort utiles pour des entreprises qui représentent un des principaux marchés risicoles mondiaux (de mémoire je crois le troisième mais je devrais vérifier). J’ai pu voir sur place combien une petite action comme celle-ci a eu d’impact dans un territoire qui se percevait en déclin continu et combien cela a contribué à bâtir une image extérieure de territoire sérieux, avec lequel on peux faire du commerce en toute sérénité.

Bien évidemment, il s’agit là d’un micro-exemple qui a nécessité de la réalisation d’autres conditions et micro-opérations cohérentes pour deployer son potentiel. En matière de territoires, cela est très souvent le cas. En effet, le territoire ne maitrise pas les images qu’il renvoi à l’extérieur (et, à vrai dire, à l’intérieur également). Chaque acteur du territoire, de la structure orgaisée jusqu’à l’individu isolé, par son simple comportement, contribue à communiquer. Par conséquent, les bâtisseurs de réputation sont toujours confrontés aux destructeurs de réputation, dans une sorte de compétition dans laquelle le « territoire » n’a pas toujours de possibilité d’intervenir. Je trouve cela passionnant à observer et à comprendre.

C’est donc avec grand plaisir que j’ai participé au travaux de Bretagne Prospective sur le thème « Quelle politique de marque pour la Bretagne ». Le travaux ne sont pas encore terminées mais on avance dans un débat qui met face à face les différentes approches aux marques territoriales.

Par ailleurs, Bretagne Prospective vient de publier une newsletter (disponible ici) où elle me fait l’honneur de reprendre un article que j’ai rédigé sur la base des approches de Simon Anholt. Je tiens à la remercier.

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